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Mettre une annonceLa grande revue médicale ‘The Lancet’ souhaite que la future législation sur les substances chimiques (REACH) protège les enfants à naître contre d'éventuels troubles du développement neurologique causés par certaines de ces substances.
Le projet de directive européenne sur les substances chimiques (REACH) entrera au Parlement pour une seconde lecture décisive, le 12 décembre 2006. Il devra ensuite être approuvé par le Conseil des ministres de l'UE avant de devenir loi.
REACH (enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques) propose que les fabricants et les importateurs de substances effectuent des tests de santé et de sécurité sur environ 30 000 des 100 000 substances actuellement sur le marché européen. Ces tests s'étaleraient sur une période de 11 ans, en commençant par les substances chimiques produites ou importées en grandes quantités.
Selon un article
publié aujourd'hui par la grande revue médicale "The Lancet" le 8 novembre 2006, l'exposition à des substances chimiques industrielles telles que les pesticides ou les solvants peut entraîner des troubles du développement neurologique, touchant un enfant sur 6.
L'auteur de cet article, Dr Philippe Grandjean, a toutefois déclaré à EurActiv que le projet de législation européenne (REACH) ne permettrait pas de traiter correctement ce problème. Le projet de loi devrait être voté au Parlement en décembre et pourrait être adopté définitivement avant la fin de l'année.
Dr Grandjean, qui travaille au département de médecine environnementale de l'Université South Denmark, a ajouté : "REACH est incomplet car il ne tient pas compte des troubles du développement neurologique".
Ces troubles cérébraux, qui pourraient, selon lui, être imputables à des substances chimiques, incluent l'autisme, les handicaps d'apprentissage, les déficits sensoriels, les retards mentaux et les troubles anormaux du tonus musculaire (paralysie cérébrale).
Toutefois, il a ajouté que ces mesures préventives étaient actuellement entravées par le niveau trop élevé de preuve requis avant de réguler une substance. La reconnaissance du risque et les programmes de prévention qui ont suivi produisent souvent de bons résultats mais ils n'ont été lancés "qu'après des retards considérables".
Selon Dr Grandjean, en raison de ces retards, il faut adopter une nouvelle approche préventive, qui reconnaisse la "vulnérabilité exceptionnelle du cerveau en développement" lors des tests et des contrôles des substances chimiques.
On estime à 201 le nombre de substances toxiques qui nuisent au développement du cerveau. Cependant, selon le Dr Grandjean, "plus d'un millier de substances sont neurotoxiques dans les études de laboratoire".
"Parmi les substances les plus souvent utilisées dans le commerce, moins de la moitié d'entre elles ont fait l'objet de tests de laboratoire de routine. Les quelque substances reconnues comme toxiques pour le développement neurologique chez l'humain doivent donc être considérées comme la partie visible d'un très gros iceberg".
Il poursuit: "[Les législateurs européens] pourraient peut-être inclure dans REACH une phrase qui étendrait la toxicité au développement neurologique".
L'article de la revue "The Lancet" a retenu 201 substances chimiques connues pour entraîner des effets cliniques neurotoxiques chez l'adulte mais qui, selon le Dr Grandjean, peuvent aussi "nuire au développement cérébral chez l'enfant à des niveaux bien inférieurs". Parmi ces substances figurent les métaux, les composants non-organiques, les solvants organiques et les pesticides.
Le Conseil Européen de l'Industrie Chimique (CEFIC) reconnaît que les substances chimiques "peuvent faire courir un certain risque à la santé humaine comme cela a été démontré pour certains pesticides, pour l'amiante et pour l'arsenic".
Mais il soutient que ces substances sont souvent à des niveaux si faibles il est impossible de dire si elles constituent une menace ou non. Ainsi, selon le CEFIC, "il n'y a pas de preuve convaincante que l'exposition à des substances synthétiques dans l'environnement constitue une cause importante de cancers ou d'autres maladies". De plus, il souligne que "les enfants n'ont jamais mené une vie aussi saine", et ce en partie grâce aux produits chimiques.
Répondant aux critiques, Dr Grandjean a reconnu que "la compréhension de ces troubles du développement neurologique était encore très limitée" et qu'il fallait poursuivre les recherches pour explorer les liens de causalité directs entre exposition et affection. Cependant, pour lui, "le problème est suffisamment sérieux pour qu'on se penche dessus".
Il conclut: "il s'agit d'un cas typique où le principe de précaution devrait s'appliquer".