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En mai 2006, la Commission a présenté un nouveau plan d'action sur la biodiversité, le cinquième depuis la décision, lors du sommet des chefs d'état et de gouvernement en 2001, de mettre un terme à l'érosion de la biodiversité dans l'UE d'ici 2010. Cette dernière initiative a pour principal objectif d'établir clairement les responsabilités en ce qui concerne la mise en oeuvre de la législation existante.
Quatre plans d'action sur la biodiversité ont été déjà adoptés en 2001 dans le cadre de la stratégie européenne en faveur de la biodiversité
, définie en 1998. Ces quatre plans d'action portent sur 1) la protection des ressources naturelles
, 2) l'agriculture
, 3) la pêche
, et 4) la coopération économique et l'aide au développement
en-dehors d'Europe.
A la suite de ces plans d'action, les 15 Etats membres de l'époque ont relancé leurs mesures de protection de la nature. Lors du sommet de Gothenburg en 2001, ils ont décidé d'enrayer l'érosion de la biodiversité dans l'UE d'ici 2010 et de rétablir les habitats et les écosystèmes naturels. En 2002, ils se sont associés à 130 dirigeants dans le monde pour "ralentir le rythme de l'érosion de la biodiversité d'ici 2010".
Aujourd'hui, la protection de la nature et de la biodiversité figure parmi les quatre priorités du sixième programme d'action pour l'environnement sur la période 2002-2012 (voir le LinksDossier sur le 6ème PAE).
Le 22 mai 2006, la Commission européenne a présenté un plan d'action visant à mettre un terme à l'érosion de la biodiversité dans l'UE d'ici 2010. Contrairement aux précédents, ce nouveau plan d'action ne comporte pas de nouvelles législations ambitieuses sur la protection des oiseaux migrateurs et des habitats naturels. Il tente plus modestement d'établir clairement les responsabilités en ce qui concerne la mise en oeuvre des législations déjà définies.
La Commission estime que le contexte politique dans l'UE est déjà largement en place, indique. Natura 2000, un réseau européen de sites protégés, couvre désormais près de 18% du territoire de l'UE des 15 et s'étend à l'UE des 10 et aux mers. La politique agricole commune et la politique commune de la pêche ont été récemment réformées pour tenir compte davantage de la faune et la flore, des espèces végétales et des forêts. Des fonds ont été investis dans la recherche sur la biodiversité.
Cependant, selon la Commission, environ deux tiers des services d'écosystème dans le monde sont en baisse. Dans l'UE, 42% des mammifères, 43% des oiseaux, 45% des papillons, 30% des amphibiens, 45% des reptiles et 52% des poissons d'eau douce sont menacés d'extinction.
Pour tenter de remédier à cette situation, le plan d'action identifie quatre domaines prioritaires :
Biodiversité dans l'UE : les Etats membres doivent davantage s'engager à proposer, désigner, protéger et gérer efficacement les sites protégés dans le cadre du réseau Natura 2000. Le plan propose entre autres d'optimiser le recours aux mesures disponibles dans le cadre de la politique agricole commune et de la politique commune de la pêche et d'améliorer la planification aux niveaux local, régional et national.
L'UE et la biodiversité dans le monde : renforcer la cohérence et les synergies entre le commerce et la coopération pour le développement; encourager une mise en oeuvre plus efficace de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique et les accords proposant des mesures pour enrayer la déforestation tropicale.
Biodiversité et changement climatique : honorer les engagements de Kyoto et mettre en place des objectifs de réduction des émissions au niveau mondial plus ambitieux pour l'après-2012, afin d'empêcher la hausse de la température moyenne annuelle de dépasser de plus de 2°C les niveaux pré-industriels; minimiser les nuisances éventuelles des parcs d'éoliennes ou des cultures énergétiques recommandés pour lutter contre le changement climatique.
La base de la connaissance : renforcer l'espace européen de la recherche, sa dimension internationale, les infrastructures de recherche, le lien entre la science et la politique et permettre de mieux comparer les informations relatives à la biodiversité.
Sur les aspects financiers, la Commission a l'intention d'utiliser les programmes de financement existants comme les fonds pour le développement rural, les fonds structurels et de cohésion, le fonds européen pour la pêche, LIFE+ et le Septième programme-cadre pour la recherche.
Cependant, elle insiste sur le fait que le budget limité de l'UE pour la période 2007-2013 restreint le montant des fonds communautaires disponibles dans le cadre de Natura 2000 et que "les fonds des propres ressources des Etats membres seront indispensables."
Pour la Commission, qui considère la croissance et l'emploi comme prioritaires, le plus dur est de trouver le bon équilibre entre la relance de l'économie européenne et la diminution des impacts négatifs de la croissance.
Elle a même tenté de chiffrer les avantages sur le plan économique des "biens et services de l'écosystème" comme l'air que nous respirons, l'eau, la production alimentaire ou la régulation du climat. Ainsi, la Commission estime ces biens et ces services à environ 26 milliards d'euros par an, soit "près de deux fois la valeur de ce que produisent les humains chaque année".
Cependant, selon les organisations écologistes comme le WWF et le Bureau européen pour l'environnement (BEE), il est "évident" que la Commission Barroso a "relégué au second plan" la protection de l'environnement au profit des objectifs de croissance et d'emploi. (voir EurActiv, 18 mai 2006).
"L'UE doit faire davantage que de donner des informations sur l'érosion de la biodiversité et suivre ce processus; elle doit se pencher sur ses propres politiques destructrices et prendre des mesures drastiques pour les réviser," a déclaré Sebastien Risso de l'Unité européenne de Greenpeace. Pour y parvenir, l'UE doit, selon Greenpeace, se concentrer davantage sur les politiques extérieures, en empêchant par exemple l'importation et la vente de bois, de produits en bois et de poissons de sources illégales et non durables.
La théorie de 'l'empreinte écologique' a pour objectif d'évaluer la superficie de terre nécessaire pour subvenir aux besoins des humains sur la planète. Selon cette approche, il est clair que les économies les plus avancées laissent une 'empreinte' plus importante sur terre que les nations moins développées. De plus, leur impact sur les écosystèmes augmente avec la croissance de l'économie mondiale. Les progrès réalisés en termes d'éco-efficacité sont inévitablement anéantis par l'essor de la population mondiale et la croissance rapide d'économies comme la Chine et l'Inde.
Countdown 2010, une alliance sur la biodiversité lancée par l'Union mondiale pour la nature, partage cette opinion. "Il a fallu cinq ans à la Commission pour lancer cette communication sur la biodiversité. Il ne reste que quatre ans : il est donc clair que nous n'avons pas de temps à perdre. Mettre en oeuvre toutes les mesures de cette feuille de route ambitieuse signifie qu'il faut prendre des mesures tous les dix jours jusqu'en 2010," a déclaré Sebastian Winkler, responsable de l'initiative Countdown 2010. Il considère que "l'action doit l'emporter sur les mots" dans la lutte contre l'érosion de la biodiversité.
En 2006, l'Union mondiale pour la nature (IUCN) a ajouté environ 530 espèces à sa "liste rouge" d'espèces en danger, illustrant ce qu'elle décrit comme une tendance très nette : "L'érosion de la biodiversité s'accentue, au lieu de ralentir." L'IUCN souligne les "conséquences importantes de cette tendance sur la productivité et la résistance des écosystèmes et sur les sources de revenu de milliards de personnes qui en dépendent."