Au moins 25 personnes ont été tuées et 272 personnes auraient été blessées lors d'affrontements au Caire. La population s'inquiète de plus en plus quant à la capacité de l'armée à emmener le pays sur la voie de la démocratie, a fait savoir Reuters.
Il s'agit des pires actes de violence depuis la chute d'Hosni Moubarak. Des véhicules blindés ont foncé sur la foule dimanche soir (9 octobre) pour mettre fin à une manifestation organisée par des chrétiens coptes près des bureaux de la chaîne télévisée du Caire. Ils sont descendus dans les rues après avoir accusé des radicaux musulmans de la démolition partielle d'une église dans la province d'Aswan la semaine dernière.
Des vidéos en ligne montrent des corps mutilés et des activistes ont affirmé que certaines personnes avaient été écrasées par des véhicules.
Les tensions entre les musulmans et la minorité des chrétiens coptes montent depuis des années. Leurs relations ont empiré depuis la révolution anti-Moubarak qui a ouvert la voie à une prise de pouvoir par les Salafistes et d'autres groupes islamistes radicaux qui subissaient les actes de répression de l'ancien président.
Les chrétiens représentent 10 % de la population égyptienne qui compte actuellement 80 millions d'habitants.
Selon Stratfor, le site Internet de renseignements, les médias publics ont exacerbé les tensions en accusant les coptes pour les actes de violence. Les médias ont encouragé la population à descendre dans les rues et à défendre l'armée face aux coptes.
Selon ce même site Internet, les actes de violence de ce dimanche représentent un réel tournant : jusqu'à présent, s'attaquer à l'armée semblait impensable et les militaires avaient pu éviter de recourir à de telles démonstrations de force contre les manifestants.
Le premier ministre, Essam Sharaf, qui a fait une apparition à la télévision publique lundi au petit matin, a déclaré que les tentatives du gouvernement de bâtir un Etat moderne et démocratique avaient été entravées pour des questions de sécurité et des accusations de complots contre la démocratie.
« Nous ne céderons pas à ces conspirations malveillantes et nous ne retournerons pas en arrière », a-t-il affirmé avant la réunion du gouvernement intérimaire, qui a demandé une enquête sur ces récents évènements.
Catherine Ashton, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, s'est dit extrêmement inquiète du grand nombre de morts et de blessés au sein de la communauté chrétienne copte suite aux violents affrontements qui ont eu lieu en Egypte.
« La liberté de religion ou de croyance est un droit de l'Homme universel qui doit être préservé pour tous, partout dans le monde. Ce droit doit faire partie intégrante de la transition vers la démocratie pour l'Egypte qui bâtit une société libre et démocratique », a déclaré Mme Ashton.
De nombreux responsables politiques libéraux et égyptiens s'inquiètent de l'influence croissante des Frères musulmans depuis les soulèvements de février. Les élections législatives débuteront le 28 novembre en Egypte.
Un dessin animé met le feu aux poudres en Tunisie
En Tunisie, le premier pays arabe à avoir fait tomber son dictateur en janvier dernier et où les premières élections démocratiques sont prévues pour le 23 octobre, des islamistes ont attaqué une chaîne télévisée qui a diffusé le dessin animé Persepolis, lauréat d’un prix cinématographique.
Persepolis, diffusé vendredi sur la chaîne, est un film d'animation franco-iranien tiré d’une bande dessinée autobiographique dont Marjane Satrapi est l'auteur. Il dépeint les derniers jours du Shah et la révolution islamique de l'Iran en 1979.
Les manifestants se sont fâchés à cause de scènes fantastiques où Dieu est représenté parlant à une jeune fille.
Des fonctionnaires, cités par la BBC, ont déclaré que les activistes avaient tenté de mettre le feu à la chaîne télévisée Nessma après la diffusion du dessin animé qu'ils considèrent comme blasphématoire.
La police aurait en outre affronté d'autres islamistes qui souhaitent lever une interdiction sur le port du niqab par les femmes à l'université.
Toutes ces manifestations surviennent en amont des élections de l'Assemblée constituante. Ce scrutin, qui aura lieu dans deux semaines, sera le premier vote en Tunisie depuis le renversement du président Zine al-Abidine Ben Ali en janvier dernier.
Certains correspondants affirment que depuis que le gouvernement autocratique de Ben Ali a été renversé, des musulmans plus conservateurs se font de plus en plus entendre.




