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La crise politique moldave dans l'impasse [FR]

Publié 18 août 2009
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Moldova Romania Russia
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La crise politique dans une Moldavie appauvrie devrait durer encore plusieurs mois, si le Parti communiste (opposition) choisit de bloquer l'élection du président du pays, imposant donc la tenue d'élections anticipées successives lors de la première moitié de 2010, a rapporté hier (17 août) la presse roumaine.

Le Parti communiste (PCRM) ne soutiendra pas Marian Lupu, le candidat des partis pro-européens qui ont gagné ensemble les élections anticipées du 29 juillet, a déclaré lundi un dirigeant du PCRM au quotidien russe Kommersant.

Vladimir Ţurcan, l’un des dirigeants du Parti communiste, a traité M. Lupu de « traître » et de partisan d’une politique nationaliste radicale.

Avant même les élections, les principaux analystes occidentaux ont vu en Marian Lupu, le chef du Parti démocratique, un ex-communiste, un « faiseur de roi » ; M. Lupu est entré en conflit avec le dirigeant communiste Vladimir Voronin et a créé son propre parti d’opposition (EurActiv 28/07/09). 

Selon les rapports de presse, les quatre partis pro-européens, qui ont 53 députés dans le parlement de 101 sièges – soit assez pour former un gouvernement mais trop peu pour forcer l’élection du président de leur choix – ont convenu que M. Lupu soit candidat pour la présidence du pays. A cette fin, il leur faudra le soutien d’au moins huit députés communistes.

Les partis démocrates libéraux, libéraux et démocrates ainsi que l’Alliance Notre Moldavie ont formé une « Alliance pour l’intégration européenne », essayant de tirer la Moldavie d’une impasse politique qui dure depuis des mois, dans un contexte de dure crise économique.

La première session du Parlement, attendue le 28 août, donnera le coup d’envoi de la procédure de formation d’un nouveau gouvernement et d’élection d’un président pour remplacer le dirigeant communiste Vladimir Voronin, qui ne peut se présenter à troisième mandat.

Les dirigeants de l’Alliance pour l’intégration européenne se seraient aussi mis d’accord sur d’autres postes haut placés dans le pays, comme le chef du parti démocrate libéral Vlad Filat est pressenti comme prochain président du parlement, et que le chef du parti libéral Mihai Ghimpu comme premier ministre.

Des scénarios catastrophe

Lors des derniers jours, la presse a rapporté que les communistes pourraient finir par soutenir M. Lupu, de crainte qu’un sondage précoce leur soit préjudiciable. Selon la constitution du pays, deux élections anticipées ne peuvent être organisées la même année, et le scrutin anticipé ne pourrait pas se tenir avant le début de 2010.

Mais les déclarations de Vladimir Ţurcan semblent indiquer que les communistes ont changé leur fusil d’épaule, escomptant que le futur gouvernement réformateur souffre d’un vote punitif après les privations de la période hivernale.  On a vu de semblables rebondissements se produire dans plusieurs pays d’Europe de l’Est dans les premières années de transition, qui avaient ramené les communistes au pouvoir.

Le PCRM a annoncé qu’il se retirerait dans une opposition forte, ce qui le place, dans ces conditions de crise économique, dans une position favorable pour la lutte politique, a déclaré le dirigeant communiste selon des citations.

Les analystes occidentaux s’attendent à ce que l’économie du pays se réduise de 9 pourcent avec l’échéance des paiements. Le pays a un besoin crucial d’un prêt du FMI. Aussi, la situation en Moldavie peut dégénérer du fait des derniers développements de la sécession de la région de la Transnistrie, un « conflit gelé » où la Russie entretient une garnison militaire.

Réactions : 

L’eurodéputé roumain Adrian Severin, qui est aussi vice-président du groupe S&D au Parlement européen, a salué la création de la coalition gouvernementale.

Nous saluons la nouvelle selon laquelle le Parti démocrate, le parti démocrate libéral, le parti libéral et l’Alliance Notre Moldavie – des partis représentés au Parlement moldave – ont formé une coalition gouvernante qui doit expressément obtenir la prospérité et la démocratie en République de Moldavie ainsi que poursuivre l’intégration européenne, a déclaré M. Severin. Il a ajouté qu’une telle coalition peut refléter la diversité d’opinion des citoyens moldaves et peut constituer une large base politique pour légitimer le nouveau gouvernement.

Mais l’eurodéputé roumain a averti qu’en l’absence de soutien européen et sans de perspective d’accession à l’UE, la société moldave ne pourrait réaliser les idéaux de liberté, de sécurité, de prospérité et de démocratie. Nous encourageons toutes les forces politiques à trouver une solution optimale en vue de compléter la coalition, avec une formule qui conviendra au président de la République de Moldavie, a conclu l’eurodéputé roumain.

L’ambassadeur américain en Moldavie, Asif Chaudhry, a qualifié les résultats des élections de signal très positif et de tendance très positive. Dans un entretien à Radio Free Europe/Radio Liberty, M. Chaudhry a affirmé que les Etats-Unis étaient en « mode écoute », tentant de conseiller la Moldavie pour décrocher un prêt du FMI ; la condition du prêt est d’adopter un agenda de réformes.

La Moldavie doit déterminer ce qu’elle compte faire pour se tirer de ses difficultés économiques et de cette période économique, a-t-il dit. Quand l’équipe du FMI a quitté le pays après le premier tour des élections, le gouvernement moldave a dû fixer les prochaines étapes à faire, et ceci en fait partie, toujours d’après lui. Finalement, quoi qu’on fasse, quand la monnaie sonnante et trébuchante fera son apparition dans le pays, alors quiconque se trouve au pouvoir en Moldavie devra trancher quelle est la meilleure manière d’aller de l’avant. De même, les organisations internationales comme le FMI devront examiner et déterminer le meilleur cap à tenir vers davantage de ressources et de sources de financement, a déclaré l’ambassadeur américain.

Contexte : 

Les marchés financiers à travers la planète ont été happés dans le tourbillon de la crise américaine des crédits hypothécaires à risque au début d’août 2007, forçant les banques à réaliser de massives injections de liquide pour garder le système à flot et repousser une possible crise des liquidités.

En septembre 2008, la crise a ravagé l’Europe, incitant les Etats membres à secourir les banques et à aider l’économie à se rétablir de la pire dépression depuis des décennies.

L’eurozone est entrée en récession au second trimestre de 2008 quand le PIB global chuta de 0,3 %. Le déclin fut à son point le plus bas au premier trimestre de 2009, avec un GDP se tassant de 2,5 % sur une base trimestrielle et de 4,9 % en comparaison avec le même trimestre de 2008.

La Moldavie est une ex-république soviétique, et a fait partie de la Roumanie avant d’être annexée par l’Union soviétique lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Elle est enclavée entre la Roumanie et l’Ukraine. Les Moldaves parlent le roumain, bien que la constitution du pays le qualifie de « langue moldave ». On y parle aussi largement russe. La Transnistrie, une région moldave l’est de la rivière Dniestr, est considérée comme une zone de  « conflit gelé » depuis la désintégration de l’Union soviétique. Elle a une population essentiellement russe ethnique et ukrainienne. Bien qu’internationalement la Transnistrie fasse partie de la Moldavie, les autorités de fait n’y exercent aucun pouvoir.

Le président moldave est élu par une majorité des trois cinquièmes des votes au Parlement. Le Parti communiste a élu leur membre Vladimir Voronin en 2001, et il fut réélu en 2005. Après avoir presté deux mandats, il doit maintenant se retirer de la course.

Les élections organisées en avril ont été gâchées par des manifestations de violence et par la fraude (EurActiv 08/04/09). Le sondage donnait aux communistes le contrôle des soixante sièges du parlement, à une voix près d’élire leur candidate Zinaida Greceanîi au poste de présidente. Après plusieurs votes infructueux au sein du parlement de 101 sièges pour élire un président, on a appelé la tenue d’élections anticipées.

En remportant une majorité combinée de 53 sièges au parlement moldave, les partis d’opposition, pro-européens, ont affirmé qu’ils joindraient leurs forces pour former un gouvernement, un peu après les élections anticipées du 29 juillet (EurActiv 30/07/09).

Au contraire des pays des Balkans occidentaux, qui sont tous sur la voie de l’adhésion à l’UE, les relations UE-Moldavie se tiennent sous l’égide de la Politique européenne de voisinage et plus récemment du Partenariat oriental (EurActiv 08/05/09).

 

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