Un homme a été tué lors les manifestations d'aujourd'hui (23 novembre) à Alexandrie, l'une des villes égyptiennes secouées par les conflits sociaux.
Le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, le dirigeant du conseil militaire à la tête du pays depuis que les manifestations de masse ont forcé son allié de longue date, Hosni Moubarak, à quitter le pouvoir, a promis mardi, lors d'un discours télévisé hésitant, qu'un président civil serait élu en juin, six mois plus tôt que prévu.
En confirmant que les premières élections parlementaires libres depuis des décennies en Égypte débuteraient lundi prochain, le conseil a également accepté la démission du premier ministre civil et de son gouvernement. Celui-ci avait encensé les démocrates avec une proposition qui n'a pas fait long feu prévoyant que l'armée échappe à tout contrôle civil dans la nouvelle constitution.
Mais M. Tantaoui avait suscité la colère des jeunes manifestants sur la place Tahrir du Caire et dans d'autres villes en proposant un référendum sur le retrait avancé de l'armée. Cette initiative a été généralement perçue comme un stratagème visant à rallier les nombreux Égyptiens qui craignent que les conflits sociaux ne se développent, et à diviser les jeunes militants.
« Dégage ! Dégage ! », scandaient-ils au Caire. En écho aux slogans de février, on pouvait aussi entendre : « Le peuple veut renverser le maréchal. »
Jusque tard dans la nuit, alors que de petits groupes affrontaient la police dans un nuage de gaz lacrymogène, ceux occupant la place principale martelaient : « Il doit partir ! Nous ne bougerons pas ! »
L'issue de cette lutte d'influence reste toutefois difficile à prévoir.
Les manifestants enfoncent le clou
Le maréchal, dont l'effigie pendue sur la place Tahrir rappelle les derniers jours au pouvoir de M. Moubarak, semble décidé à préserver les vastes intérêts commerciaux des forces armées développés au cours des six décennies de régime militaire. Les méthodes de répression appliquées auparavant pour évacuer la place n'ont toutefois pas été réutilisées.
Selon une proposition validée lors d'une rencontre entre l'armée et les dirigeants politiques, les élections législatives débuteront lundi prochain, mais ne prendront fin qu'en janvier. Les modalités de l'organisation éventuelle d'un référendum sur le régime militaire restent floues, de même que les alternatives qui pourraient être proposées d'ici aux élections présidentielles de juin.
La Commission européenne a assuré hier (22 novembre) « surveiller la situation de près ». Elle espère que des élections pourront bien avoir lieu (voir « Contexte »), dans la mesure où elle souhaite voir les résultats du printemps arabe « se concrétiser ».
Un porte-parole de la Commission a déclaré que l'UE avait proposé d'envoyer une mission d'observation sur place, mais les autorités égyptiennes ont préféré décliner toute intervention internationale dans leur processus électoral.
M. Tantaoui, qui fut ministre de la défense dans le gouvernement Moubarak pendant vingt ans, s'est montré hésitant lorsqu'il a annoncé aux 80 millions d'Égyptiens, dans son uniforme militaire, que son armée renonçait au pouvoir :
« Le cas échéant, l'armée est prête à retourner dans les casernes si c'est la volonté du peuple exprimée par un référendum. »
Nombreux sont les opposants qui ont vu dans cette vague proposition de référendum un stratagème visant à diviser le pays.
Selon une source militaire, le référendum proposé par M. Tantaoui entrerait en jeu « si le peuple rejetait le discours du maréchal », mais il n'a pas expliqué comment l'état d'esprit du peuple serait évalué.
M. Tantaoui pourrait penser que la majorité des Égyptiens, emportés dans un tourbillon de changements, ne partagent pas l'envie des jeunes opposants de se détacher de l'emprise familière de l'armée.




