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Les affrontements font planer le doute sur les élections en Egypte

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Publié 23 novembre 2011
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Egypt, elections, violence

Le chef de l'armée égyptienne, dans une tentative de calmer les manifestations qui ont fait 37 morts, a promis de transmettre plus rapidement le pouvoir aux civils. Il n'est cependant pas parvenu à convaincre des milliers de manifestants très remontés, dont certains ont affronté la police au cours de la nuit. Les élections devraient débuter lundi prochain (28 novembre).

Un homme a été tué lors les manifestations d'aujourd'hui (23 novembre) à Alexandrie, l'une des villes égyptiennes secouées par les conflits sociaux.

Le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, le dirigeant du conseil militaire à la tête du pays depuis que les manifestations de masse ont forcé son allié de longue date, Hosni Moubarak, à quitter le pouvoir, a promis mardi, lors d'un discours télévisé hésitant, qu'un président civil serait élu en juin, six mois plus tôt que prévu.

En confirmant que les premières élections parlementaires libres depuis des décennies en Égypte débuteraient lundi prochain, le conseil a également accepté la démission du premier ministre civil et de son gouvernement. Celui-ci avait encensé les démocrates avec une proposition qui n'a pas fait long feu prévoyant que l'armée échappe à tout contrôle civil dans la nouvelle constitution.

Mais M. Tantaoui avait suscité la colère des jeunes manifestants sur la place Tahrir du Caire et dans d'autres villes en proposant un référendum sur le retrait avancé de l'armée. Cette initiative a été généralement perçue comme un stratagème visant à rallier les nombreux Égyptiens qui craignent que les conflits sociaux ne se développent, et à diviser les jeunes militants.

« Dégage ! Dégage ! », scandaient-ils au Caire. En écho aux slogans de février, on pouvait aussi entendre : « Le peuple veut renverser le maréchal. »

Jusque tard dans la nuit, alors que de petits groupes affrontaient la police dans un nuage de gaz lacrymogène, ceux occupant la place principale martelaient : « Il doit partir ! Nous ne bougerons pas ! »

L'issue de cette lutte d'influence reste toutefois difficile à prévoir.

Les manifestants enfoncent le clou

Le maréchal, dont l'effigie pendue sur la place Tahrir rappelle les derniers jours au pouvoir de M. Moubarak, semble décidé à préserver les vastes intérêts commerciaux des forces armées développés au cours des six décennies de régime militaire. Les méthodes de répression appliquées auparavant pour évacuer la place n'ont toutefois pas été réutilisées.

Selon une proposition validée lors d'une rencontre entre l'armée et les dirigeants politiques, les élections législatives débuteront lundi prochain, mais ne prendront fin qu'en janvier. Les modalités de l'organisation éventuelle d'un référendum sur le régime militaire restent floues, de même que les alternatives qui pourraient être proposées d'ici aux élections présidentielles de juin.

La Commission européenne a assuré hier (22 novembre) « surveiller la situation de près ». Elle espère que des élections pourront bien avoir lieu (voir « Contexte »), dans la mesure où elle souhaite voir les résultats du printemps arabe « se concrétiser ».

Un porte-parole de la Commission a déclaré que l'UE avait proposé d'envoyer une mission d'observation sur place, mais les autorités égyptiennes ont préféré décliner toute intervention internationale dans leur processus électoral.

M. Tantaoui, qui fut ministre de la défense dans le gouvernement Moubarak pendant vingt ans, s'est montré hésitant lorsqu'il a annoncé aux 80 millions d'Égyptiens, dans son uniforme militaire, que son armée renonçait au pouvoir :

« Le cas échéant, l'armée est prête à retourner dans les casernes si c'est la volonté du peuple exprimée par un référendum. »

Nombreux sont les opposants qui ont vu dans cette vague proposition de référendum un stratagème visant à diviser le pays.

Selon une source militaire, le référendum proposé par M. Tantaoui entrerait en jeu « si le peuple rejetait le discours du maréchal », mais il n'a pas expliqué comment l'état d'esprit du peuple serait évalué.

M. Tantaoui pourrait penser que la majorité des Égyptiens, emportés dans un tourbillon de changements, ne partagent pas l'envie des jeunes opposants de se détacher de l'emprise familière de l'armée.

Réactions : 

Un spécialiste du Moyen-Orient, le Dr David Bukay, de l'université de Haïfa, a fait part mardi de son inquiétude quant à l'éventualité que le groupe extrémiste des Frères musulmans prenne les rênes du pouvoir en Égypte, peut-on lire sur le site Internet israélien Arutz Sheva.

M. Bukay a affirmé qu'il espérait que les élections égyptiennes, prévues le 28 novembre, seraient reportées, et que le régime militaire parviendrait à calmer les émeutes.

« Israël préfèrera toujours un régime militaire, que ce soit en Égypte ou en Syrie, plutôt que l'arrivée au pouvoir des Frères musulmans », a affirmé Dr Bukay. « Si les Frères musulmans prennent le pouvoir, l'accord de paix entre Israël et l'Égypte sera rompu. »

Il a laissé entendre que les émeutes actuelles en Égypte n'étaient qu'une provocation du régime militaire afin de disposer d'une excuse pour « reporter les élections par crainte de l'anarchie ».

Le plus haut représentant islamique du pays, le Grand Mufti Ali Gomaa, a réfuté mardi dernier les allégations selon lesquelles les minorités chrétiennes étaient victimes de discrimination religieuse. Selon ses dires, les islamistes ne remporteraient pas plus de 20 % des votes lors des prochaines élections.

Selon M. Gomaa, l'Égypte a fait de son mieux pour abolir la discrimination contre les coptes, qui représentent 10 % des 80 millions d'Égyptiens, mais une petite minorité d'islamistes radicaux salafistes sème le trouble.

Il a ajouté que seuls 250 000 Égyptiens étaient salafistes, ou islamistes radicaux, et qu'avec le mouvement non-violent des Frères musulmans, ils remporteraient moins d'un cinquième des votes.

« Lors des élections, les islamistes ne remporteraient pas plus de 20 % des suffrages », a affirmé M. Gomaa par le biais d'un interprète. « Je suis convaincu que la majorité des Égyptiens soutiennent un Islam modéré. »

EurActiv avec Reuters — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Les Égyptiens commenceront à voter lors des élections législatives du 28 novembre, le premier vote de ce genre depuis le départ du président Hosni Moubarak suite aux émeutes populaires, même si les élections à venir ont été éclipsées par les affrontements entre les manifestants et les forces de police.

Même après les élections législatives, les pouvoirs présidentiels resteront entre les mains de l'armée jusqu'aux élections présidentielles.

Les dates clés et des précisions sur les votes pour la chambre basse et la chambre haute renversées sont indiquées ci-dessous :

  • 28 novembre : première étape des élections parlementaires dans neuf provinces, dont Le Caire, Port Saïd, Alexandrie et Assiout au Sud. Un second tour sera organisé le 5 décembre si aucun candidat ne remporte une majorité claire.
  • 14 décembre : seconde série d'élections dans neuf autres provinces, dont Beni Suef, Ismaïlia, Suez et Sohag. Le second tour se tiendra le 21 décembre.
  • 3 janvier : troisième et dernier vote pour la chambre basse dans les neuf provinces restantes. Le second tour se tiendra le 10 janvier.
  • 29 janvier : première étape du vote pour la chambre haute dans les mêmes provinces que lors du vote précédent. Le second tour aura lieu le 5 février.
  • 14 février : deuxième étape du vote pour la chambre haute. Le second tour aura lieu le 21 février.
  • 4 mars : troisième et dernière étape du vote pour la chambre haute. Le second tour aura lieu le 11 mars.

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