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L’UE met en garde la Serbie [FR]

Publié 20 août 2008
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Alors que l’ONU a confié à l’UE la tâche de maintenir l’ordre au Kosovo, des diplomates français et britanniques ont lancé un avertissement à la Serbie. Ils estiment que sa vive opposition à la mission européenne et sa décision de saisir la Cour internationale de justice des Nations Unies à propos de la légalité de la déclaration d’indépendance du Kosovo pourraient entraver l’ambition du pays à adhérer à l’UE.

Les représentants de l’UE et des Nations Unies ont signé un mémorandum le 18 août à Pristina, déclenchant des réactions hostiles de la part des officiels serbes. Ces réactions ont semblé inappropriées de la part d’un pays qui souhaite rejoindre l’UE. La signature de ce mémorandum, qui cherche à transférer les responsabilités de la MINUK à la mission européenne EULEX dans les domaines judiciaire, policier et douanier, a été faite dans la discrétion et à huis clos. Cette mesure permet de sauver la face. La mise en place longtemps retardée de la mission européenne au Kosovo (EurActiv 29/05/08) a maintenant pris la forme d’une « reconfiguration » entre les missions de l’ONU et de l’UE. Mais la Serbie considère la mission européenne illégale car, contrairement à la MINUK, elle n’a pas été approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Le Premier ministre serbe Mirko Cvetkovic a qualifié la signature du mémorandum « d’acte illégal ». Le ministre des Affaires étrangères Vuk Jeremic a indiqué que la remise par la MINUK à l’UE du maintien de l’ordre dans la province sans l’aval de la Serbie et du Conseil de sécurité de l’ONU était une erreur. Le ministre serbe de la Défense Dragan Sutanovac a déclaré que la signature constituait « une violation du droit international ».

Kouchner voit des « contradictions »

Auparavant, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a décrit la décision de Belgrade de saisir la CIJ pour la question du Kosovo comme « surprenante », particulièrement dans le cadre des aspirations européennes de la Serbie.

Selon M. Kouchner, si la Cour déclarait l’indépendance du Kosovo illégale, il serait surprenant, voire contradictoire, que la Serbie veuille se mettre dans l’illégalité. Il a ajouté que la France allait faire pression contre l’initiative de Belgrade. L’ambassadeur britannique auprès de la Serbie Stephen Wordsworth, s’est rallié à cette position en prévenant la Serbie que cette initiative ne ferait que compliquer la coopération et l’intégration du pays à l’UE.

M. Wordsworth a qualifié de dangereuses les tentatives de Belgrade d’annuler la sécession kosovare par la voie judiciaire. En effet, la plupart des pays membres de l’UE ainsi que les pays faisant partie du Conseil de sécurité de l’ONU ont désormais reconnu le Kosovo.

Les relations avec la Russie

La Russie et la Serbie travaillent ensemble, mettant en cause la légalité de l’indépendance du Kosovo ainsi que les fondements légaux de la mission européenne dans l’ancienne province serbe. Lors d’un entretien publié dimanche dernier dans le quotidien serbe Politika, Aleksandr Konuzin, l’ambassadeur russe en Serbie, a promis que son pays apporterait un soutien actif à Belgrade dans son opposition à EULEX. EULEX est amené à devenir la principale autorité internationale de contrôle au Kosovo.

La Russie a prévenu à plusieurs reprises que la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo ouvrirait la voie à d’autres mouvements du même type dans diverses zones de « conflit gelé ». Plus récemment, Moscou a rejeté les critiques qui considéraient que son recours à la force en Géorgie était disproportionné, rappellant que les bombardements de l’OTAN en Serbie en 1999 avaient été bien plus violents. 

Mais il n’est toujours pas clair si Belgrade va rester aligné sur la position de Moscou sur le long terme. Selon des diplomates, la Serbie va finalement abandonner son intransigeance et négocier une adhésion plus rapide à l’UE.

Réactions : 

La présidente du Comité Helsinki pour les droits de l’homme en Serbie, Sonja Biserko a estimé que l’initiative serbe, qui demande un avis concernant la « légalité » de la déclaration d’indépendance du Kosovo, est une perte de temps. Dans un entretien à la BBC, Mme Biserko a indiqué que l’indépendance kosovare était reconnue par les pays les importants du monde et que la Serbie n’y pouvait rien. Elle a ajouté que l’initiative serbe était déraisonnables et pas assez planifiée car tout Etat a le droit de reconnaître qui il souhaite. Selon elle, il n’existe donc pas de procédures légales qui pourraient empêcher un Etat d’être reconnu par un autre si celui-ci le désire.

L’ancien ministre serbe des Affaires étrangères Goran Svilanovic a déclaré qu’un accord entre la Serbie et l’UE sur le Kosovo, en plus de l’arrestation et de la remise des deux derniers criminels de guerre recherchés par le Tribunal de La Haye, serait bénéfique à l’accession de la Serbie à l’UE. M. Svilanovic a indiqué au quotidien Blic que si la Serbie réussissait à supprimer ces deux obstacles d’ici la fin de l’année ou le milieu de l’année prochaine, le pays aurait éliminé pour la première fois les difficultés qui entravent son adhésion à l’UE.

Contexte : 

Le ministre serbe des Affaires étrangères Vuk Jeremic a annoncé la 15 août qu’il avait officiellement déposé une requête sollicitant l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ) pour savoir si la déclaration d’indépendance du Kosovo était légale. Cette demande sera soumise à la prochaine session annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies au milieu du mois de septembre. Cette initiative a tout d’abord été annoncée suite à une rencontre à Moscou entre M. Jeremic et son homologue russe Sergei Lavrov le 17 juillet (EurActiv 18/07/08). 

La proposition faite aux Nations Unies de demander l’avis de la Cour nécessite l’appui de la majorité des pays qui prennent part au vote. L’assemblée générale compte 191 membres. Si tous les pays votent, la Serbie a besoin du soutien de 96 pays. Bien que les avis de la Cour soient consultatifs, sans effets contraignants, leur poids moral reste très important. A l’heure actuelle, seuls 45 pays ont reconnu le Kosovo.

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