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110 milliards d'euros d'aide à la Grèce

Publié 03 mai 2010 - Mis à jour 04 mai 2010
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Dans le cadre d'un accord conclu entre les ministres des finances de l'UE dimanche (2 mai), Athènes va recevoir 80 milliards d'euros de prêts bilatéraux sur trois ans jusqu'en 2012. 30 milliards supplémentaires seront alloués par le Fonds monétaire international.

Les Etats membres de la zone euro contribueront aux prêts en fonction de leurs parts respectives dans le capital de la Banque centrale européenne, faisant de l'Allemagne et de la France les deux plus importants contributeurs au plan d'aide.

La Grèce recevra 30 milliards d'euros de la zone euro en 2010. Athènes obtiendra les premiers financements avant le 19 mai, au moment où elle devra rembourser la somme de 8,5 milliards d'euros de dettes.

Le paquet d'aide devrait apaiser les inquiétudes des investisseurs concernant l'imminence d'un défaut de paiement. Mais un point d'interrogation demeure quant à l'approbation politique à travers l'Europe.

Les ministres des finances de la zone euro ont donné leur aval à l'accord, mais les chefs d'Etats et de gouvernements doivent encore l'accepter lors du sommet qui aura lieu ce vendredi (7 mai). Les Parlements en Allemagne – et dans d'autres Etats membres – doivent également donner leur accord.

S'exprimant dimanche, le ministre allemand de l'économie Rainer Bruederle a déclaré que le cabinet de la chancelière Angela Merkel se pencherait sur l'accord lundi avant de décider d'une éventuelle contribution.

Sa réponse prudente sur le paquet financier d'aide d'un montant de plusieurs milliards d'euros illustre le profond ressentiment de l'Allemagne à aider la Grèce, qui a manipulé les chiffres de son économie pour rejoindre la zone euro en 2001 et qui a vécu au dessus de ses moyens depuis lors.

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré dimanche qu'elle travaillerait pour les parlementaires acceptent le plan d'aide à la Grèce.

Lors du sommet, les dirigeants de l'UE vont échanger des informations sur les progrès du processus d'approbation parlementaire pour les prêts dans chaque pays. Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a déclaré qu'il était impossible que les dirigeants reviennent sur leur décision.

De nouvelles mesures d'austérité

Dimanche, la Grèce a accepté un paquet de mesures d'austérité dans le cadre duquel elle doit réduire ses déficits budgétaires de 30 milliards d'euros sur trois ans, en plus des mesures déjà consenties, a déclaré le ministre grec des finances George Papaconstantinou.

Dans le cadre de l'accord avec l'UE et le Fonds monétaire international (FMI), la Grèce doit réduire son déficit à 8,1 % de son PIB en 2010, 7,6 % en 2011 et 6,5 % en 2012.

Le déficit de devrait pas se situer en dessous de la limite européenne de 3 % du PIB avant 2014. Ses dettes devaient s'élever à presque 150 % du PIB en 2013, avant de retomber à partir de 2014.

Athènes a également révisé fortement à la baisse ses prévisions pour l'économie. On s'attend désormais à ce que le PIB se contracte de 4 % en 2010, contre 2,25 % selon des prévisions gouvernementales antérieures, et le retour à la croissance devrait intervenir en 2012 plutôt qu'en 2011, comme cela était prévu auparavant.

Il nous faut faire un choix, a déclaré M. Papaconstantinou lors d'une conférence de presse à Athènes. Nous avons le choix entre la faillite ou le sauvetage. Nous avons le choix entre mettre en œuvre un programme de consolidation fiscale très ambitieux et difficile sur trois ans, un programme de réformes structurelles […], ou bien nous atteindrons une voie sans issue pour le pays.

Il a déclaré que les mesures comprenaient une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 21 à 23 %, une hausse de 10 % des taxes sur le carburant, l'alcool et les cigarettes et une baisse supplémentaire des salaires de la fonction publique et des retraites.

Grèves

Le premier ministre George Papandreou n'a pas caché que sa population devait être prête à faire d'énormes sacrifices. Je veux dire aux Grecs très honnêtement que nous avons une épreuve très difficile devant nous, a-t-il dit.

Mais les syndicats n'ont pas montré de signes de recul, pressant les Grecs de se réunir lors des grèves nationales prévues ce mercredi.

Ces mesures sont sévères et injustes, a déclaré Stathis Anestis, porte-parole du syndicat du secteur privé GSEE. Elles conduisent les travailleurs à la misère et plongent un peu plus le pays dans la récession.

Le syndicat de secteur public ADEDY, qui représente environ 500 000 travailleurs, a aussi promis de combattre ces mesures. Nous continuerons et intensifierons nos manifestations, a déclaré Ilias Ilipopoulos, secrétaire général du syndicat.

La question de l'élection allemande

A la demande de l'Allemagne, les chefs d'Etats et de gouvernements de la zone euro se réuniront le 7 mai pour ratifier la décision des ministres d'approuver le plan d'aide pour la Grèce.

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré à plusieurs reprises que la décision finale de débloquer les prêts bilatéraux pour la Grèce devrait être prise au plus haut niveau et qu'un sommet des dirigeants de la zone euro devrait être organisé pour cela.

Les difficultés grecques sont devenues un thème de campagne de la plus haute importance à une semaine d'élections régionales clefs dans l'Etat le plus peuplé d'Allemagne, où les Chrétiens démocrates conservateurs de Mme Merkel risquent une défaite qui menacerait leur majorité dans la chambre haute du Parlement à Berlin.

Le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie Juergen Ruettgers, allié conservateur de Mme Merkel, a demandé de nouvelles conditions pour le sauvetage financier, notamment l'envoi d'un commissaire européen à Athènes pour superviser les réductions budgétaires et les comptes grecs.

Nous ne pouvons pas donner à la Grèce un chèque en blanc, a déclaré au magazine d'informations Der Spiegel M. Ruettgers. Il doit être clair que la Grèce va devoir rembourser cet argent et qu'il y aura un paquet d'économies sévères qui sera contrôlé.

Crise de confiance dans la zone euro

La réticence allemande à approuver l'aide à la Grèce a souligné les tensions politiques existantes entre les pays riches de la zone euro sur la manière de gérer les crises de dettes dans la zone.

Les économistes estiment que le Portugal, l'Irlande et l'Espagne pourraient avoir besoin de renflouages similaires sur trois ans, dont le coût total pourrait être de 500 milliards d'euros. D'un point de vue politique, ce serait difficile pour la zone euro.

La Commission européenne devrait proposer un mécanisme permanent de gestion de telles crises le 12 mai, s'appuyant peut-être sur la proposition allemande d'un Fonds monétaire européen. Mais créer un tel mécanisme pourrait demander des changements controversés aux traités de l'UE et prendrait de nombreux mois.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv).

Prochaines étapes : 
  • 7 mai 2010 : Sommet des chefs d'Etats et de gouvernements de la zone euro pour approuver formellement le plan d'aide.
Contexte : 

La Grèce est assise sur une montagne de dettes qui devrait se monter à 290 milliards d'euros cette année. Par ailleurs, son déficit budgétaire atteint 12,7 % de son PIB, plus de quatre fois la limite européenne autorisée.

Le coût de remboursement de sa dette a augmenté, portant un coup à la monnaie européenne et déclenchant des spéculations sur un éventuel plan de secours (EurActiv 04/02/10).

Le 3 mars, la Grèce a dévoilé un plan d'austérité draconien de 4,8 milliards d'euros ciblant les fonctionnaires, les riches et l'Eglise. Ce programme est destiné à s'assurer l'aide de l'UE pour supporter la charge très importante de sa dette (EurActiv 04/03/10).

Dans le cadre d'un compromis négocié le 26 mars par l'Allemagne et la France, cofondateurs de la monnaie unique, la Grèce serait éligible pour obtenir cette assistance seulement si elle n'est pas capable d'emprunter sur les marchés. Déclencher l'aide demanderait une décision unanime des membres de la zone euro (EurActiv 26/03/10).

Le 11 avril, les ministres des finances de l'UE ont soutenu un plan d'aide d'urgence détaillé de 30 milliards d'euros en faveur de la Grèce qui pourra emprunter auprès des gouvernements de la zone euro à un taux de 5 %, un niveau significativement moins élevé que sur les marchés.

Ce plan serait un complément des 15 milliards d'euros que le FMI devrait garantir la première année, et pourrait s'ajouter au plus important plan multilatéral de secours financier jamais entrepris (EurActiv 12/04/10).

Le gouvernement grec a également demandé un prêt de 30 milliards d'euros à un taux d'intérêt de 4 %.

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