Les propositions de la Commission européenne, qui visent à faire en sorte que les gouvernements européens soumettent leurs projets de budgets aux fins d'un examen par les pairs avant d'être votés par les parlements nationaux, ont réveillé dans certains pays les craintes de voir leur souveraineté menacée (EurActiv 12/05/10).
Des divergences ont également été révélées au grand jour lorsque l'Allemagne a décidé d'interdire la vente à découvert plus tôt cette semaine, apparemment sans en avoir informé ses partenaires européens, ce qui a frustré Paris et la Commission européenne (EurActiv 19/05/10).
Cette initiative a un peu plus déstabilisé les marchés et a stupéfait la France, certains officiels à Paris critiquant ouvertement Berlin pour ne pas s'être coordonnée avec ses partenaires sur un sujet aussi sensible. La ministre des finances Christine Lagarde a déclaré que la France ne suivrait pas les pas de Berlin.
Diplomatie téléphonique
La chancelière allemande Angela Merkel a téléphoné à son homologue français Nicolas Sarkozy après cette empoignade publique pour aplanir les divergences.
Un porte-parole allemand a déclaré que M. Sarkozy et Mme Merkel s'étaient mis d'accord pour présenter des propositions communes en faveur d'une stratégie de croissance économique européenne aux dirigeants de l'UE mi-juin et pour coordonner leurs positions sur un nouveau modèle financier mondial lors du sommet du G20 le mois prochain. M. Sarkozy se rendra à Berlin le 7 juin pour discuter de cette coordination.
Jeudi (20 mai), M. Sarkozy a démenti que les deux pays étaient en désaccord sur la manière de répondre à la crise de dette de la zone euro.
J'ai dit à Angela Merkel qu'il ne pouvait pas y avoir de désaccords entre l'Allemagne et la France sur des sujets d'une telle importance, a-t-il dit aux journalistes. Nous n'avons pas de désaccords ensemble, a-t-il assuré.
M. Sarkozy s'exprimait lors d'une conférence de presse conjointe avec le nouveau Premier ministre britannique David Cameron, qui effectuait son premier voyage à l'étranger depuis sa prise de fonction la semaine dernière et qui doit se rendre en Allemagne pour rencontrer Mme Merkel à Berlin vendredi.
M. Cameron a déclaré que le Royaume-Uni souhaitait un euro fort, mais a réaffirmé le refus britannique de participer au paquet de secours de plusieurs milliards d'euros élaboré plus tôt ce mois-ci par les pays de l'UE.
Laissez-moi être très clair, c'est dans l'intérêt britannique de voir la zone euro être un succès, a-t-il dit.
Sanctions
Furieuse de devoir débourser autant d'argent pour aider la Grèce, l'Allemagne veut que des sanctions soient imposées aux pays de la zone euro qui dans le futur ne respecteraient pas leurs engagements en matière de déficit.
M. Sarkozy a déclaré qu'il avait discuté de cette question jeudi avec Mme Merkel. Il s'est toutefois interrogé quant à la pertinence d'imposer des pénalités financières aux pays qui ont des déficits importants, ce qui selon lui pourrait être contreproductif.
Nous devons réfléchir à des sanctions plus efficaces. La chancelière a fait des propositions, moi-même j'ai proposé une suspension des droits de vote (dans les instances européennes), a-t-il ajouté.
Il y a un accord total entre la chancelière et moi sur le principe de réfléchir à de nouvelles sanctions", a-t-il dit, ajoutant qu'il était en faveur d'une évolution du Pacte monétaire et financier qui lie les pays de la zone euro, avec peut-être plus de critères, plus de transparence pour plus d'efficacité.
C'est ce sur quoi nous allons travailler avec la chancelière jusqu'au mois de juin, a-t-il indiqué.
La discipline budgétaire, bientôt un principe constitutionnel en France ?
La France a échoué à de nombreuses reprises à équilibrer son budget, et, sans aucun doute en raison du chaos qui règne sur les marchés, M. Sarkozy a annoncé jeudi que le combat contre le déficit devrait être inscrit dans la constitution.
Cette initiative, si elle devait se confirmer, rapprocherait considérablement Paris de Berlin en termes d'approche à l'égard des finances publiques.
L'amendement constitutionnel mis en avant par M. Sarkozy est néanmoins bien moins contraignant que le frein à la dette allemand, qui entend forcer le gouvernement fédéral à limiter le déficit à 0,35 % de la richesse nationale en 2016.
Mais le simple fait que la France, habituellement dépensière, envisage une telle mesure, souligne combien la crise de la dette a forcé les 16 Etats membres de la zone euro à réorganiser leurs priorités pour s'attaquer en premier lieu à la réduction des dettes et des déficits.
Cette réforme obligera tout gouvernement après chaque élection à s'engager sur une trajectoire de déficit sur cinq ans, a déclaré M. Sarkozy lors d'une conférence, ajoutant que le gouvernement devrait également s'engager sur une date de retour à l'équilibre des finances publiques
Inquiétudes sur l'euro
Les craintes grandissent de voir l'UE, qui représente plus de 500 millions d'habitants, rater sa meilleure chance depuis des années de s'accorder sur des réformes très importantes afin de stabiliser l'euro.
L'UE devra parvenir à produire quelque chose d'ici la fin de l'année, mais la question reste de savoir si cela sera significatif ou non, a déclaré Daniel Gros, directeur du think tank Centre for European Policy Studies.
Il a déclaré que les 27 Etats membres pourraient avoir beaucoup de difficultés à parvenir à un accord sur une surveillance économique plus étroite avec des discussions qui dureront plusieurs mois. Cela pourrait même être plus difficile que lorsqu'ils sont parvenus à conclure un accord sur le filet de sécurité de 750 milliards d'euros sous la pression des marchés financiers.
Lorsque vous êtes dans une situation où vous avez des mois pour vous mettre d'accord, et où tout le monde souhaite que les négociations débouchent sur quelque chose de parfait, au moins sur le papier, alors qu'en réalité chacun cherche le moins de contraintes possibles, alors la situation est complètement différente, a déclaré M. Gros.
Il a affirmé qu'un accord significatif pourrait aussi être difficile à atteindre si la zone euro se remet de la crise de ces dernières semaines et si la crise de dette souveraine des 16 pays de la zone euro se calme, réduisant la pression sur les dirigeants européens de mener des réformes d'ampleur.
Proposition de la Commission
Dans le cadre de la proposition de la Commission, présentée le 12 mai, les pays européens vont examiner leurs projets de budgets annuels mutuels avant qu'ils ne soient adoptés au niveau national.
Cette surveillance sera assurée lors du premier semestre de l'année, lors du semestre européen, avant que les gouvernements ne préparent leurs budgets nationaux et leurs programmes de réforme économique.
En cas d'inadéquations évidentes dans les projets de budget pour l'année à venir, une révision du texte pourrait être recommandée, explique la Commission.
Ce système – s'il est approuvé par les dirigeants européens lors de leur réunion en juin – s'appliquera dès 2011 et introduira une surveillance économique plus étroite dans l'Union, avec un système précoce d'examen par les pairs destiné à empêcher une répétition du scénario grec.
Soyons clair : il ne peut y avoir d'union monétaire sans union économique, a affirmé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
Les Etats membres devraient avoir le courage de dire s'ils veulent cette union économique ou non. Si la réponse est non, il vaudrait mieux abandonner toute idée d'union monétaire.
(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv.)




