Un important fonctionnaire allemand a fixé le 23 mars les conditions posées par Berlin pour ce mécanisme d'aide, en amont du sommet européen qui commence jeudi :
- la Grèce ne pourra pas accéder aux marchés du crédit;
- le Fonds monétaire international devra apporter une contribution substantielle à tout sauvetage;
- les Etats de l'UE devront s'accorder pour négocier des instruments additionnels visant à faire respecter la discipline budgétaire, au-delà des règles existantes qui n'ont pas réussi à empêcher Athènes d'accumuler des dettes et des déficits énormes qui ont secoué la zone euro.
Une source proche de la coalition conservatrice de Mme Merkel a confié qu'elle avait dit aux législateurs que l'Allemagne accepterait seulement un modèle de sauvetage combinant l'assistance bilatérale et celle du FMI. Il n'y aura aucune décision lors du sommet de cette semaine, mais un sommet spécial sera convoqué pour prendre des décisions en cas d'urgence.
La condition pour déclencher une action, en dernier ressort, c'est que le financement de la Grèce sur les marchés de capitaux soit épuisé, a affirmé ce fonctionnaire.
Plusieurs capitales montrent qu'elles réfléchissent à l'hypothèse d'une co-assistance financière du FMI, a-t-il dit.
Des diplomates européens ont déclaré que la France et l'Allemagne, cofondatrices de la monnaie unique, travaillaient à une position commune sur la Grèce pour le sommet, notamment sur le rôle qu'aura à jouer le FMI, que Paris a jusqu'ici rejeté comme étant une insulte à la famille de l'euro.
Une source a affirmé que Paris et Berlin n'avaient pas encore atteint une position commune et que les discussions étaient très sensibles.
Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet et le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker ont déclaré qu'impliquer le prêteur de Washington enverrait un mauvais message : que la zone euro est incapable de régler ses propres problèmes. Certains décideurs politiques français de premier plan ont confié que cela constituerait un recul politique sévère de l'intégration européenne.
Le message en provenance de Berlin est clair comme de l'eau de roche : la Grèce doit continuer non seulement la consolidation mais elle doit également tester les marchés et utiliser le FMI si nécessaire, a déclaré Julian Callow, économiste européen en chef pour Barclays Capital.
La conséquence, c'est que l'Allemagne ne soutiendra la Grèce que si l'option FMI ne marche pas, a-t-il dit.
La Grèce doit refinancer quelques 16 milliards d'euros de dettes arrivant à terme entre le 20 avril et le 23 mai, et elle espère que l'exposition publique d'un mécanisme de soutien d'urgence européen, qui n'aurait pas besoin d'être activé, suffira à faire baisser ses coûts.
La crise sur la dette grecque, qui doit atteindre 120 % de la richesse nationale cette année, et son déficit budgétaire, qui s'est monté à 12,9 % de son PIB l'an dernier, a sapé la confiance dans la monnaie unique européenne.
Un prix raisonnable
L'agence de notation de crédits Fitch a affirmé qu'elle doutait de la capacité des dirigeants européens à offrir une aide à la Grèce lors du sommet tout en ajoutant que cet échec à parvenir à un accord n'entraînerait pas une baisse de la notation tant que l'option FMI est ouverte.
Aussi longtemps que le marché est prêt à mettre à disposition du gouvernement grec de l'argent à un prix raisonnable – les taux actuels sont raisonnables au regard des circonstances bien que non désirables – nous n'auront aucune raison de changer la notation, a affirmé à Reuters Chris Pryce, directeur de Fitch Ratings.
Cela pourrait permettre à la Grèce de lever des fonds à des taux de marché de plus de 300 points de base supérieurs aux obligations allemandes, point de référence, ajoutant environ 500 millions d'euros par an à ses intérêts sur la dette malgré l'appel à l'aide de la Grèce pour réduire ses coûts d'emprunt.
La France et l'Espagne ont appelé à une rencontre spéciale des dirigeants des 16 pays de la zone euro en amont du sommet de deux jours qui s'ouvre jeudi après midi. L'Eurogroupe a tenu ce type de sommet seulement une fois auparavant, au plus haut de la crise financière mondiale en octobre 2008.
Mme Merkel fait face à une opposition massive de son opinion publique à l'égard de tout renflouage juste avant une élection régionale en mai dans laquelle la majorité de sa coalition de centre droit dans la chambre haute est en jeu.
Le ministre grec des Finances George Papaconstantinou a déclaré qu'il s'attendait à une issue positive et a été encouragé par des commentaires des institutions européennes sur les moyens de contribuer aux efforts grecs visant à réduire ses déficits et dettes publiques énormes.
Il doit y avoir un mécanisme politique pour assurer la stabilité de la zone euro et soutenir les efforts effectués par chaque pays, a-t-il dit, ajoutant que les données pour les deux premiers mois de 2010 montraient que les revenus de la Grèce avaient augmenté et que ses dépenses avaient diminué de manière importante.
La prime de risque que les investisseurs imposent pour la détention de la dette grecque plutôt que celle d'obligations allemandes s'est réduite de 324 points de base à environ 344 alors que les discussions de lundi se sont conclues sur l'espoir d'un accord. Elle reste cependant plus élevée que les niveaux de la semaine dernière.
Des diplomates ont déclaré que le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, qui présidera le sommet de jeudi, travaillait à un compromis qui satisferait Mme Merkel et éviterait que les divisions de l'Union concernant la Grèce ne s'affichent encore une fois et déstabilisent les marchés.
Le candidat pour la vice-présidence de la Banque centrale européenne, Vitor Constancio, a suggéré une solution possible, affirmant lors de son audition devant le Parlement européen que donner à la Grèce des crédits ne serait pas un renflouage illégal si les prêts ne sont pas subventionnés.
M. Papaconstantinou a affirmé que la Grèce n'était pas en faillite et ne se rendait pas au sommet européen comme une mendiante.
Nous voulons jouer dans le cadre des règles de la zone euro. La Grèce a un plein accès aux marchés financiers comme elle l'a prouvé avec la récente offre d'obligations sur 10 ans. Bien entendu, nous aimerions étaler la chute mais je crois que cela va progressivement se produire en même temps qu'est mis en œuvre le programme de stabilité, a-t-il dit.
(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv).




