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La zone euro prépare une somme de 30 milliards d'euros pour secourir la Grèce

Publié 12 avril 2010 - Mis à jour 15 avril 2010
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Les ministres des finances de la zone euro ont approuvé dimanche (11 avril) un système d'aide d'urgence gigantesque, d'un montant de 30 milliards d'euros, pour la Grèce criblée de dettes. Ils ont toutefois fait remarquer qu' Athènes n'avait pas encore exigé que le plan soit activé.

En rajoutant l'aide attendue du Fonds monétaire international (FMI) d'au moins 10 milliards d'euros pour la première année, il pourrait s'agir de la plus grande aide financière multilatérale jamais envisagée.

Avec la décision qu'elle a prise aujourd'hui, l'Europe envoie un message très clair montrant que plus personne ne peut jouer avec notre devise commune, avec notre destin commun, a dit le premier ministre grec George Papandreou dans une déclaration hier.

Lors d'une inhabituelle conférence téléphonique durant le week-end, les ministres des finances des 16 nations qui se partagent la monnaie unique européenne ont soutenu un plan détaillé pour que la Grèce emprunte aux gouvernements de la zone euro et au FMI à des taux considérablement inférieurs à ceux du marché.

Le programme couvrira une période de trois ans. Les Etats membres de la zone euro sont prêts à contribuer pour leur part jusqu'à 30 milliards d'euros pendant la première année afin de combler les besoins financiers dans le cadre d'un programme commun qui doit être élaboré avec et cofinancé par le FMI, ont affirmé les ministres des finances de l'UE et la Commission européenne dans une déclaration conjointe.

Un membre du ministère des finances grec a dit qu'il était logique de s'attendre à ce que l'aide se monte à plus de 42 milliards d'euros sur les trois années. Plus tôt dans la journée, il avait dit qu'elle pourrait atteindre 80 milliards d'euros, mais il s'est corrigé par la suite.

Si la Grèce obtient cette aide, le paquet pourrait dépasser le renflouage du FMI pour le Mexique et l'Argentine. Le plus grand engagement pris par le FMI pour un pays était l'accord de 47 milliards de dollars pour le Mexique approuvé en avril 2009 en vertu d'une dénommée ligne de crédit flexible. Le Mexique n'a pas exploité la ligne de crédit.

La puissance de tir dans le paquet grec, même s'il est tenu en réserve, peut rassurer les investisseurs et les inciter à continuer à acheter des obligations grecques. Toutefois, de grandes incertitudes demeurent quant aux perspectives à long terme pour réduire la montagne de dettes grecque, qui a porté un coup à la confiance dans l'euro.

Le fonctionnaire grec a dit que le gouvernement déciderait dans les jours à venir s'il demanderait l'aide ou non, ce qui dépend de la chute des taux d'intérêts du marché.

Un taux d'intérêt d'environ 5 %

Le commissaire européen à l'économie et aux affaires monétaires Olli Rehn  a dit que les prêts de trois ans de la zone euro auraient un taux d'intérêt d'environ 5 % - bien en dessous des actuels taux du marché d'environ 7,3 %. Ceci répond à l'appel de la Grèce qui souhaite pouvoir emprunter à des taux plus proches de ses pairs de la zone de la monnaie unique.

L'assistance pour les années à venir serait décidée plus tard.

Si le mécanisme doit être activé, ce ne serait pas une violation de la clause de non renflouage du traité de l'UE, car les prêts sont remboursables et ne contiennent pas d'élément de subvention, a affirmé Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe des ministres des finances, dans une conférence de presse à Bruxelles.

Un fonctionnaire du gouvernement allemand a salué l'accord, qui selon lui devrait permettre à la Grèce de faire ses "devoirs" fiscaux sur la réduction du déficit, sans perturber le marché.

Cela devrait contribuer à apaiser les marchés, la Grèce pourra ainsi s'occuper de ses devoirs en paix et au calme.

M. Rehn a dit que tous les pays de la zone euro paieraient proportionnellement à leur part dans le capital de la Banque centrale européenne (BCE). Le pays qui prêtera le plus sera donc l'Allemagne, suivi par la France et par l'Italie.

Les discussions sur la coordination avec le FMI débuteront lundi, a-t-il affirmé. Le programme commun comprendra des montants et des conditions, a dit la Commission dans une déclaration.

Les Etats membres de la zone euro décideront d'activer le soutien quand ce sera nécessaire et les dépenses seront décidées par les Etats membres participants, a indiqué la Commission.

"Le couteau sous la gorge"

L'accord était attendu de toute urgence car Athènes doit mettre aux enchères la dette à court terme mardi après que les investisseurs ont envoyé la semaine dernière les prix flambants des emprunts grecs, craignant une éventuelle défaillance, et en raison de doutes sur le filet de sécurité de l'UE.

M. Papandreou a clairement dit dans un entretien avec un journal que détailler le plan de sauvetage était un ultime effort pour dissuader les spéculations contre son pays.

Il reste la question de savoir si ce mécanisme convaincra les marchés comme si on leur mettait un couteau sous la gorge. S'il ne les convainc pas, c'est un mécanisme qui est là pour être utilisé, a-t-il dit lors de l'édition du dimanche de To Vima.

Toutefois, le ministre grec des finances George Papaconstantinou a dit à des journalistes après la décision de dimanche que la Grèce espérait être en mesure de continuer à emprunter sans problème sur les marchés financiers.

Le scepticisme quant à la capacité de la Grèce à gérer sa montagne de dettes de 300 milliards d'euros (400 milliards de dollars), soit plus que son rendement économique annuel de 240 milliards d'euros, est monté la semaine dernière. Les investisseurs ont abandonné les actions et obligations, et l'agence de notation Fitch a rétrogradé la dette d'Athènes de deux crans vendredi.

Fitch a diminué la notation de crédit de la Grèce à BBB-, la note d'investissement la plus basse, juste avant les obligations à haut risque, estimant que la récession approfondie et l'augmentation des coûts des services de la dette rendraient plus difficile pour Athènes de remplir ses objectifs de réduction du déficit.

Le gouvernement a imposé de sévères mesures d'austérité pour remplir son engagement de réduire le déficit public de points de pourcentage du PIB  à 8,7 % cette année.

M. Juncker a dit que les données procurées par la Grèce montraient que le programme de consolidation fiscal était encourageant et qu'Athènes était sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de cette année. M. Rehn a affirmé qu'on ne demanderait pas d'autres réductions à la Grèce cette année, mais qu'elle devrait faire davantage d'efforts pour réduire son déficit, notamment sur les retraites, dans les années à venir.

La forte opposition au renflouage de la Grèce en Allemagne, la plus forte économie d'Europe et plus grand payeur, a alimenté les doutes des marchés sur la disponibilité du sauvetage.

L'Allemagne, les Pays-Bas et l'Autriche ont argué que tout prêt d'urgence devrait se faire aux taux actuels du marché afin d'éviter un risque moral qui résulterait de la récompense des pays dépensiers.

Cependant, des fonctionnaires de la zone euro sont sortis de l'impasse vendredi en se basant sur la formule d'évaluation des prix du FMI avec des ajustements, a expliqué M. Rehn.

L'euro, qui a été affaibli en raison de craintes par rapport à la Grèce et à une éventuelle contagion des faibles économies des pays méditerranéens de la zone euro, a quelque peu rebondi depuis la nouvelle de l'accord technique de vendredi parmi les membres des ministères des finances et de la banque centrale.

La prime de risque que portent les investisseurs pour tenir la dette grecque plutôt que les obligations de 10 ans sur le modèle allemand s'est réduite de plus de 400 points de base après avoir atteint un record de 454 jeudi.

Toutefois, toute réduction durable de cette expansion dépendra de la crédibilité du plan de sauvetage de l'UE et de l'évaluation des marchés sur leur probabilité à s'impliquer.

La Grèce a besoin d'emprunter environ 11 milliards d'euros d'ici la fin du mois de mai afin de refinancer la dette qui vient à échéance et les frais d'intérêts. Pour 2010 elle devrait emprunter en tout 53 milliards d'euros.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv).

Contexte : 

La Grèce est assise sur une montagne de dettes, qui devrait se monter à 290 milliards d'euros cette année. Au même moment, Athènes a un déficit budgétaire représentant 12,7 % de son PIB, soit plus de quatre fois la limite européenne.

Le coût des échéances de remboursement de cette dette a augmenté, touchant la monnaie européenne et déclenchant des spéculations sur un plan de renflouage (EurActiv 04/02/10).

Le 3 mars, la Grèce a dévoilé un programme d'austérité draconien de 4,8 milliards d'euros, ciblant les fonctionnaires, les riches de l'église, dans le but de garantir l'aide de l'Europe pour combattre la charge accablante de sa dette (EurActiv 04/03/10).

En vertu d'un compromis trouvé par les co-fondateurs de l'euro l'Allemagne et la France le 26 mars, la Grèce se qualifierait pour une aide seulement si elle est incapable d'emprunter sur les marchés. Déclencher le plan de sauvetage nécessiterait une décision unanime de la zone euro (EurActiv 26/03/10).

Bien que les ministres des finances aient été réticents à révéler les détails d'un plan de sauvetage de la Grèce, des sources proches des discussions ont affirmé que les ministres parlaient d'un paquet de 22 milliards d'euros.

L'accord engagerait les ministres des finances de la zone euro à hauteur de 2/3 du prêt, le dernier tiers venant du FMI.

Le gouvernement grec avait misé sur un prêt de 30 milliards d'euros à un taux d'intérêt de 4 %.

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