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Les dirigeants de la zone euro fixent le plan de sauvetage de la Grèce

Publié 26 mars 2010 - Mis à jour 31 mars 2010
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Les dirigeants de la zone euro se sont mis d'accord jeudi (25 mars) pour coordonner un plan de soutien afin d’aider la Grèce à surmonter ses problèmes de dettes. L'Allemagne ayant insisté sur ce point, le mécanisme sera utilisé seulement en dernier ressort, le Fonds monétaire international (FMI) contribuant à environ un tiers du total.

L'accord conclu jeudi avait été rédigé par la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy et par la suite soutenu lors d’une rencontre extraordinaire des dirigeants des 16 pays de l'UE qui partagent l'euro.

L'accord a été conclu lors d'une réunion de deux jours des chefs d'Etats et de gouvernements de l'UE à Bruxelles, qui continue aujourd'hui (26 mars), et rassemble les dirigeants des 27 pays du bloc.

Aucun chiffre ne figure dans le texte du compromis de l'UE mais plusieurs sources diplomatiques ont dit que l'aide financière serait d'environ 22 milliards d'euros.

Des demandes contradictoires

Confrontés à la possibilité de voir un membre de la zone euro ne pas être capable payer ses dettes, les dirigeants ont été appelés à trouver un compromis au milieu de demandes parfois contradictoires.

En amont des élections régionales de mai, Mme Merkel devait montrer aux contribuables que son pays refuserait de financer l'indiscipline budgétaire de la Grèce. Les sondages en Allemagne montrent que les électeurs sont vigoureusement contre ce type d'aide.

De l'autre côté, la majorité des pays de la zone euro et la Commission européenne ont insisté sur le fait que le bloc avait besoin de montrer sa capacité à résoudre ses propres problèmes. Se tourner massivement vers le FMI – dont la principale source de financement est Washington – pour résoudre un problème interne aurait porté préjudice à l'image du bloc et dévoilé ses déficiences aux marchés financiers mondiaux.

A le demande de Mme Merkel, le compromis envisage un soutien financier de la part du FMI, mais prévoit également que les pays de la zone euro procurent la majorité des emprunts, montrant ainsi leur rôle de première importance pour secourir un membre du bloc.

Les membres de la zone euro devraient contribuer à hauteur d'environ 2/3 de la totalité de l'engagement financier, laissant le dernier tiers au FMI, d'après Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe.

L'Allemagne conserve son droit de veto

Dans le compromis final, l'Allemagne s'est assurée d'insister sur le fait que le mécanisme ne devait être activé qu'en dernier ressort, si les marchés financiers ne suffisent pas.

Pour activer le mécanisme, la Grèce doit prouver que les taux qu'elle peut obtenir sur les marchés pour  rembourser sa dette sont trop élevés. Dans cette circonstance seulement Athènes peut demander le soutien de la zone euro, explique un porte-parole du Conseil.

L'Allemagne a réussi à se voir accorder une autre concession en s'assurant que toute décision pour déclencher le mécanisme devrait être décidée à l'unanimité parmi les 16 membres de la zone euro. Le bloc conviendra aussi de manière conjointe du taux d'intérêt pour les emprunts qui pourraient être offerts à la Grèce ou d'autres candidats potentiels.

Plus importantencore, cela permettra de s'assurer que Berlin maintient son veto sur tout pays qui candidate pour ce financement. Le Portugal, qui a vu son taux de dette souveraine se dégrader par l'agence Fitch, a donc été prévenu.

Contribution clé

L'accord franco-allemand a également mis en avant que la contribution de chaque membre de la zone euro au mécanisme devait être définie sur la base de leur capital clé respectif à la banque centrale européenne. Cela sous entend que les nations les plus riches contribueront plus, l'Allemagne et la France payant la plus grande part dans le fonds.

Dans le cadre d'une autre concession offerte à la sévère attitude de l'Allemagne, le taux d'intérêt offert à la Grèce ne devra pas être trop favorable, du fait que son objectif premier est d'encourager Athènes à retourner sur le marché financier le plus vite possible.

L'objectif de ce mécanisme ne sera pas d'apporter un financement aux taux d'intérêts moyens de l'euro, mais d'encourager à retourner sur le marché financier le plus rapidement possible en évaluant le prix adéquat du risque, explique le texte.

Afin de faire face aux problèmes futurs – et une fois encore à la demande de l'Allemagne – les dirigeants de la zone euro ont également donné pour consigne à Herman Van Rompuy, le président du Conseil de l'UE, de présider un groupe de travail dont la tâche est de proposer des changements au Pacte de stabilité et de croissance.

Les propositions devraient tomber avant la fin de l'année. 

Réactions : 

Un porte-parole du gouvernement grec a salué le plan, déclarant qu'il remplissait pleinement les demandes de son pays. C'est un message de stabilité qui devrait avoir un impact positif sur l'économie grecque, a-t-il ajouté.

L'Europe a fait une avancée significative face à un défi de taille, a déclaré le premier ministre grec George Papandreou après des discussions à Bruxelles, se disant satisfait.

Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que le mécanisme était précis, parfaitement opérationnel et qu'il pourrait être activé en cas de besoin en dernier ressort.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a déclaré qu'impliquer le Fonds monétaire international avait été le seul moyen de parvenir à un consensus. Nous avons réglé ce problème dans la famille européenne, a-t-il dit. Je pense que c'est la bonne décision à ce moment précis pour faire face à ce qui constitue un problème exceptionnel.

Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker, bien qu'en principe opposé à une intervention du FMI, a soutenu l'accord final. J'estime que cela va envoyer le bon signal aux marchés financiers, a-t-il déclaré à la fin du sommet.

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, a exprimé son opposition à l'idée de se tourner vers le FMI. Si le FMI ou un autre organisme prend la responsabilité en lieu et place de l'Eurogroupe ou des gouvernements, c'est évidemment très, très mauvais, a-t-il dit à la télévision française Public Sénat lors d'un entretien avant le sommet européen.

Mais il a reculé jeudi après que l'accord ait été annoncé. Je pense que cette solution réalisable préserve les responsabilités des gouvernements de la zone euro, ce qui pour nous est décisif, a-t-il dit. Je suis confiant dans le fait que le mécanisme décidé aujourd'hui devrait normalement ne pas avoir à être activé et que la Grèce va progressivement regagner la confiance des marchés, a-t-il ajouté.

M. Trichet a d'autre part affirmé que l'implication du FMI dans le mécanisme d'aide ne violait pas l'indépendance de la BCE. L'indépendance de la BCE est sacro-sainte et personne ne remet cela en cause une seule seconde, a-t-il dit. Je n'ai jamais dit que l'intervention du FMI était ceci ou cela. J'ai toujours dit qu'il fallait une responsabilité maximale des gouvernements de la zone euro.

Commentant l'issue du sommet européen, Eurointelligence, un blog de premier plan sur les affaires monétaires européennes mené par le chroniqueur du FT Wolfgang Münchau, a déclaré que l'accord était assez bon. L'accord conclu la nuit dernière est intéressant et complet, écrit M. Münchau. En réalité, c'est le début d'un régime de règlement des crises qui pourra s'appliquer à d'autres pays qui sont aussi en difficultés.

De notre point de vue, il s'agit plutôt d'un bon accord. Nous ne savons pas vraiment ce que l'Allemagne a retiré de ces jours et semaines de chaos absolu – peut-être une part un peu plus grande pour le FMI, aucun engagement sur le timing et un mécanisme d'enclenchement plus onéreux, mais cela se révèlera non pertinent en pratique. Ce qui compte, c'est de savoir qui prend la tête.

Papandreou (centre) : mains liées
Contexte : 

La Grèce est assise sur une montagne de dettes, qui devrait se monter à 290 milliards d'euros cette année. Au même moment, Athènes a un déficit budgétaire représentant 12,7 % de son PIB, soit plus de quatre fois la limite européenne.

Le coût des échéances de remboursement de cette dette a augmenté, touchant la monnaie européenne et déclenchant des spéculations sur un plan de renflouage (EurActiv 04/02/10).

Le 3 mars, la Grèce a dévoilé un programme d'austérité draconien de 4,8 milliards d'euros, ciblant les fonctionnaires, les riches et l'Eglise, une action qui vise à garantir l'aide européenne pour l’aider à supporter la charge de sa dette (EurActiv 04/03/10).

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