Les eurodéputés de centre gauche ont confié à EurActiv que les Etats membres de l'UE avaient perdu le sens des réalités en appelant au retrait des mesures de stimulation anti-crise fin 2010.
Les ministres des Finances de l'UE, lors de leur rencontre à Bruxelles en début de semaine, ont insisté sur l'importance de combiner la coopération sur la réglementation du marché financier avec des principes pour soutenir le retrait coordonné des mesures de court terme dans les marchés du travail et de la production.
Les ministres ont ensuite semblé convenir de la date butoir de décembre 2010 pour ces étapes, prévenant que certains pays de l'UE souhaitaient étendre leurs mesures temporaires au-delà de 2010.
Le Conseil appelle les Etats membres à retirer ces mesures le plus tôt possible, selon une déclaration.
L'eurodéputé socialiste britannique Stephen Hughes a déclaré à EurActiv qu'il pensait que de telles étapes pouvaient conduire à une montée importante du chômage. Le problème, selon M. Hugues, c'est que les dirigeants européens sont obsédés par l’élaboration de politiques pour l'architecture financière de l'Europe, et ignorent la réalité de ce qui va se passer s’ils accélèrent les stratégies de sortiede crise.
Ces actions qui visent à une réduction du déficit et à une consolidation fiscale, selon M. Hugues, distraient les ministres des Finances du fait que les mesures à court terme telles que les mesures allemandes ont permis d’éviter le chômage à de nombreux travailleurs.
Si on les retire, le niveau de chômage, qui devrait augmenter de 23 millions actuellement à 25 millions, pourrait être encore plus élevé, a-t-il soutenu. Un meilleur équilibre entre le timing des stratégies de sortie et le combat des déficits de l'UE doit être trouvé, a-t-il conclu.
Merkel reste silencieuse jusqu'aux élections de mai
En privé, de nombreux hommes politiques socialistes pensent que la force conductrice derrière ce développement est la chancelière allemande Angela Merkel, qui, selon eux, souhaite accélérer le relâchement des mesures anti-crise allemandes, qui sont coûteuses, telles que le système de semaine courte de travail, dans le but de combattre le déficit croissant de son pays.
Cependant, les experts contactés par EurActiv ont mis ces déclarations sur le dos de la spéculation. L'économiste allemand Jakob Von Weizsäcker de l’influant think-tank économique bruxellois Bruegel a affirmé à EurActiv que Mme Merkel était délibérément réservée quant à ses intentions jusqu'aux élections régionales clefs du mois de mai.
Le vote de la Rhénanie-du-Nord – Westphalie pourrait être crucial pour le gouvernement de coalition fédéral de centre droit d'Allemagne, qui gouverne aussi actuellement cette région clef. Si la coalition perdait en Rhénanie, elle perdrait aussi sa majorité au sein du Bundesrat, la deuxième chambre allemande.
Face à l’imminence de programmes d'austérité sévères avec un budget d’économie, Mme Merkel doit avancer en terrain miné pour atteindre ses ambitions personnelles et ne pas se mettre à dos l'opinion publique allemande, en particulier dans cettepuissante région industrielle, a-t-il argué.
Il y a un grand degré d'ambiguïté quant à savoir quelles mesures concrètes seront prises jusqu'à ce que les élections de mai soient terminées, a-t-il conclu.



