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Merkel : l'UE doit lutter contre les clivages économiques

Publié 17 mai 2010 - Mis à jour 18 mai 2010
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Alors que l'euro a atteint vendredi (18 mai) son plus bas niveau depuis 18 mois et que les craintes de voir les récentes mesures d'austérité fragiliser une croissance déjà faible dans la zone euro s'accentuent, la chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé les attaques spéculatives contre la monnaie unique tout en affirmant que l'UE ne serait capable de surmonter ses problèmes qu'en se concentrant sur la réduction du fossé entre les plus fortes et les plus faibles économies européennes.

Nous n'avons rien fait d'autre que de gagner du temps pour aplanir les différences en termes de compétitivité et de déficits budgétaires de chaque pays de la zone euro, a-t-elle déclaré dimanche devant la Fédération allemande des syndicats.

Si nous nous contentons d'ignorer ce problème, nous serons incapables de maîtriser la situation, a-t-elle ajouté.

Le paquet de sauvetage adopté la semaine dernière, d'une valeur d'un billion de dollars, a tout juste fait gagner du temps à la zone euro, mais les dirigeants ont pu calmer la situation uniquement en démêlant les grandes divergences économiques entre les 16 pays qui utilisent la monnaie unique.

La spéculation dont a fait l'objet l'euro aurait été impensable il y a encore peu de temps, a-t-elle affirmé. Cela nécessite davantage de réglementation, a-t-elle dit dans son discours. Malheureusement, cette spéculation n'a été possible, et n'est possible, qu'en raison des différences considérables en termes de puissance économique et d'endettement individuel des pays membres de la zone euro.

L'euro a perdu plus de 4 % face au dollar la semaine dernière, à 1,2350 dollars environ, soit son plus bas niveau depuis 18 mois.

L'UE a eu raison de lancer ce paquet de sauvetage, a dit Mme Merkel, qui a été jusqu'à très récemment réticente à soutenir des renflouages pour la Grèce et d'autres pays.

Ce plan vise à stopper la contagion de la crise de la dette grecque aux membres les plus faibles de la zone euro, qui risque même de déstabiliser l'économie mondiale.

Mais Mme Merkel a annoncé qu'il fallait aller beaucoup plus loin. D'après certaines informations, le gouvernement allemand presse les autres pays de la zone euro à adopter une législation budgétaire similaire à celle inscrite l'an dernier par Berlin dans sa constitution. Cette loi interdit au gouvernement fédéral d'avoir un déficit supérieur à 0,35 % du PIB d'ici 2016, et les Etats allemands ne pourront recourir au déficit après 2020.

Mme Merkel est à la tête de l'économie la plus importante et certainement la plus puissante d'Europe. Le déficit budgétaire allemand s'est élevé l'an dernier à 3,3 % du PIB contre 13,6 % en Grèce, qui ne peut plus désormais emprunter sur les marchés internationaux.

La dette publique était importante en Allemagne, à 73 % du PIB, mais elle reste sans commune mesure avec celle de la Grèce, qui atteint presque 150 % du PIB.

Pour une politique économique forte au sein de la zone euro

S'exprimant dans le quotidien finlandais Helsingin Sanomat dimanche, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Olli Rehn a noté que les économies des pays de la zone euro étaient étroitement interconnectées par la monnaie unique et qu'il était donc très important d'empêcher une politique économique faible d'un pays de menacer le succès des autres.

La surveillance de la politique économique s'est auparavant concentrée presque exclusivement sur les déficits, et les dettes ont grandi de manière considérable, a-t-il ajouté, soulignant qu'à l'avenir le développement des dettes souveraines allait devoir faire l'objet d'une surveillance plus étroite et que toute spirale négative éventuelle devait être brisée à temps.

M. Rehn a affirmé que l'action européenne avait empêché la propagation des problèmes de la Grèce, mais que la crise avait aussi révélé un défaut au cœur de l'économie de la zone euro. Nous avons empêché un feu de broussailles en Grèce de devenir un feu de forêt incontrôlable, a-t-il dit. 

Le problème de l'union économique et monétaire, c'est que le pilier monétaire a toujours été plus fort que son pendant économique. La crise a montré que les deux sont nécessaires.

La zone euro a une politique monétaire unique, avec des taux d'intérêts pour l'ensemble de l'Union fixés par la Banque centrale européenne.

La politique budgétaire reste un domaine réservé des 16 gouvernements et parlements, bien que M. Rehn ait proposé de forcer les pays à soumettre leurs projets de budget à Bruxelles avant tout débat et approbation parlementaire.

Zapatero paie le prix de l'austérité

Un sondage d'opinion révélé dimanche montre le prix politique que certains dirigeants européens vont devoir payer pour avoir imposé une cure d'austérité afin de reprendre le contrôle des déficits budgétaires.

L'opposition conservatrice espagnole a plus que doublé son avance sur le gouvernement depuis que de nouvelles réductions des dépenses ont été imposées.

Un sondage Demoscopia paru dans le journal El Pais a montré que le Parti populaire avait une avance de 9,1 points de pourcentage sur les socialistes du premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero, en hausse de 4,2 points de pourcentage par rapport à il y a 15 jours. Le sondage a été réalisé le 13 mai, un jour après l'annonce de réductions des salaires des fonctionnaires et du gel des retraites.

D'autre part, un autre sondage a montré que le plan d'austérité imposé par la Grèce en échange du paquet d'aide de l'UE et du FMI d'un montant de 110 milliards d'euros (140 milliards de dollars) avait eu peu d'effet en termes de soutien au gouvernement.

Mme Merkel a également appelé à davantage de réglementation dans l'échange des dérivés – pour peu que la communauté internationale trouve un compromis – et de restrictions des ventes nues à découvert.

Elle a cependant indiqué qu'elle ne pourrait pas pousser en faveur d'une taxe sur les transactions financières, souhaitée par les syndicats allemands, en raison de l'opposition internationale contre cette mesure.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv.)

Réactions : 

Le ministre autrichien des finances Josef Proell a déclaré que l'UE devrait limiter les dettes de ses Etats membres. Ceci conduirait à la mise en place d'un plafond clair sur les nouvelles dettes, à une discipline budgétaire stricte et à des budgets équilibrés en Europe, a-t-il affirmé au quotidien allemand Die Welt.

Le premier ministre grec George Papandreou a soulevé dimanche la possibilité d'avoir recours à une action légale contre les banques américaines, affirmant qu'elles avaient une grande responsabilité dans la crise de dette de la Grèce.

Interrogé par CNN pour savoir si la Grèce était victime des banques d'investissement américaines, il a déclaré : c'est ce que je pense, effectivement. Les mots fraudes et manque de transparence sont attachés au secteur financier. Donc oui, je pense qu'il y a une grande part de responsabilité de ce côté.

Questionné sur une éventuelle action juridique, il a répondu : je ne vais pas écarter cette possibilité, selon la retranscription de l'entretien fournie par CNN.

Le secrétaire d'Etat américain au Trésor Timothy Geithner a déclaré qu'il était confiant quant à la capacité de l'UE à résoudre son problème de dette. Il a ajouté que l'économie américaine ne pourrait supporter aucun repli, selon Bloomberg.

L'Europe a la capacité de gérer cette situation, a-t-il dit lors d'un entretien sur la chaîne Blommberg Television, qui devait être retransmis ce week-end. Et je pense qu'ils vont réussir.

M. Geithner a affirmé que le paquet d'un billion de dollars était un pas extrêmement important et qu'il ne pensait pas que la crise européenne toucherait la croissance de son pays.

Contexte : 

Les ministres des finances de l'UE se sont mis d'accord dimanche (9 mai) pour établir un mécanisme de secours d'une valeur de 750 milliards d'euros afin d'empêcher une chute de l'euro sous le poids des dettes accumulées dans des pays comme la Grèce, l'Espagne ou le Portugal (EurActiv 10/05/10).

Ce mécanisme doit être complété par des propositions visant à réformer la gouvernance économique de l'UE et de la zone euro, afin d'éviter de nouvelles crises similaires dans l'avenir.

La Commission a présenté ses propositions le 12 mai (EurActiv 12/05/10). Dans le cadre de ce projet, les pays européens examineront leurs projets de budgets annuels respectifs avant qu'ils ne soient adoptés au niveau national.

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