La relance franco-allemande, un cas isolé dans l'UE [FR] [en] [de]

Publié: 17 August 2009 | Updated: 29 January 2010
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Le retour rapide à la croissance des économies française et allemande, qui a défié toutes les attentes, au second trimestre de 2009, dénote avec les faibles résultats de l'Europe de l'Est et de l'Espagne, et ne signale pas encore la fin de la récession, selon les analystes et les organisations syndicales.

Background

Les marchés financiers à travers la planète ont été happés dans le tourbillon de la crise américaine des crédits hypothécaires à risque au début d’août 2007, forçant les banques à réaliser de massives injections de liquide pour garder le système à flot et repousser une possible crise des liquidités.

En septembre 2008, la crise a ravagé l’Europe, incitant les Etats membres à secourir les banques et à aider l’économie à se rétablir de la pire dépression depuis des décennies.

L’eurozone est entrée en récession au second trimestre de 2008 quand le PIB global chuta de 0,3 %. Le déclin fut à son point le plus bas au premier trimestre de 2009, avec un PIB se tassant de 2,5 % sur une base trimestrielle et de 4,9 % en comparaison avec le même trimestre de 2008.

La semaine dernière, le bureau des statistiques européens Eurostat a annoncé la sortie de récession de la France et de l’Allemagne après quatre trimestres passés dans le rouge. Tant Paris que Berlin ont vu leur économie croître de 0,3 % sur une base trimestrielle dans le second trimestre de 2009. 

La relance suit leur pire trimestre depuis le début de crise. Les trois premiers mois de l’année ont vu le PIB de la France chuter de 1,3 % et celui de l’Allemagne de 3,5 %.

Bien que les chiffres trimestriels s’accompagnent de lourdes pertes sur une base annuelle (-5,9 % pour l’Allemagne et -2,6 % pour la France), les nouvelles données ont néanmoins été considérées comme une bonne surprise par de nombreux observateurs.

Ces données sont très étonnantes, confie Mme Christine Lagarde, la ministre française de l’économie à la radio RTL. Après quatre trimestres négatifs, la France sort enfin du rouge, a-t-elle dit.

Plusieurs analystes n’ont pas hésité à voir dans ces chiffres le début de la fin de la crise pour l’eurozone et le reste de l’Europe.

C’est la fin de la récession, a affirmé Jörg Krämer de la Commerzbank, cité par Reuters. Pas seulement en Allemagne, selon lui : la perte de confiance mondiale ayant suivi l’affaire Lehman Brothers s’estompe ; les firmes commencent à réinvestir, a-t-il déclaré.

Une récession encore généralisée

Cependant, les premiers signes de reprise pour la France et l’Allemagne ne trouvent pas d’équivalent dans les résultats des autres Etats membres. Le PIB trimestriel a chuté de 0,1 % dans l’eurozone et de 0,3 % dans l’UE. La récession a ralenti dans quasi tous les Etats membres de l’UE, mais est restée fermement négative, spécialement dans les pays d’Europe de l’Est.

La Lituanie était le seul pays à enregistrer une baisse de son PIB encore pire qu’au trimestre précédent. Le déclin économique de Vilnius a atteint 12,3 % entre avril et juin.

En Estonie, Hongrie et Roumanie, la chute est encore rude, mais moins prononcée qu’au premier trimestre de 2009. L’Estonie a enregistré -3,7 % sur base trimestrielle après une chute de 6,1 % lors des trois mois précédents. La récession de la Hongrie a ralenti, passant de -2,6 % à -2,1 %, tandis que celle de la Roumanie est passée de -4,6 % à -1,2 %.

La Slovaquie a enregistré entre-temps une relance marquée, notant une croissance de 2,2 % sur base trimestrielle après un déclin de -11% du PIB dans les trois premiers mois de l’année. Cependant, sur une base annuelle, la chute est encore de -5,3 %.
L’Espagne reste le membre souffrant de l’eurozone : son PIB chute de 1 % trimestre après trimestre – légèrement plus qu’une prévision de la Banque d’Espagne de 0,9 % - et diminuant de 4,1 % année après année, la chute la plus dure depuis les premières données comparatives de 1977.

Nous nous attendons à ce que l’Espagne fasse moins bien que d’autres pays européens pendant quelques années... L’Allemagne et la France ne souffrent pas des mêmes distorsions que l’Espagne, c’est pourquoi nous comptons la voir rester plus faible plus longtemps, a confié à Reuters Dominic Bryant, un économiste de BNP Paribas.

Le chômage bientôt en hausse

Il ne faut pas considérer les signaux positifs émanant de la France et de l’Allemagne comme la proclamation de la fin de la récession, a averti le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks.

« La dure réalité, en dépit des interprétations les plus optimistes, est que le chômage augmentera en Europe jusqu’en 2010 », a-t-il affirmé dans une déclaration.

« Nous constatons déjà à présent, que les jeunes ayant fini leurs études, sont confrontés à une chute considérable d’opportunités d’emplois. De plus, le travail intérimaire est en voie de disparition. Personne ne peut se permettre de faire preuve d’autosatisfaction ou d’autocélébration, alors même que l’on a encore besoin d’injecter plus de croissance et plus d’emplois dans l’économie », a-t-il conclu.