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Un fonds monétaire européen demanderait un nouveau traité, selon Merkel

Publié 09 mars 2010 - Mis à jour 11 mars 2010
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La chancelière allemande Angela Merkel a apporté son soutien lundi (8 mars) à la proposition d'un fonds monétaire européen pour secourir les membres de la zone euro en difficulté, mais elle a prévenu que cela impliquerait de changer le traité de l'Union européenne.

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaeuble a affirmé ce week-end son soutien à l'idée d'un fonds de secours européen calqué sur le FMI, proposant que les pays ayant des difficultés budgétaires comme la Grèce puissent s'en servir à l'avenir.

La Commission européenne a déclaré lundi qu'elle travaillait avec l'Allemagne, la France et d'autres pays européens sur ce projet, mais un porte-parole a dit qu'il était encore trop tôt pour dire si ce fonds serait juste un instrument financier ou une nouvelle institution avec son propre personnel et son budget.

A Berlin, Mme Merkel a déclaré que bien que les détails devaient encore être réglés, l'Union européenne avait besoin d'avoir un mécanisme pour aider ses membres s'ils rencontraient des difficultés, même si cela signifiait un changement du traité de l'UE.

Je pense que l'idée d'un fonds monétaire européen est bonne, a déclaré Mme Merkel aux journalistes berlinois à l'association de la presse étrangère, ajoutant que des questions telles que celle des contributeurs et de l'indépendance du fonds restaient encore à discuter.

Sans changer le traité de l'UE, cela ne peut être réalisé. Nous aurons besoin d'un changement du traité, a-t-elle dit. Si l'Union européenne doit être capable de prendre les mesures nécessaires, la question se posera, a-t-elle ajouté. Le traité de l'UE ne sera pas la fin de l'histoire. Sinon nous serions dans un système statique. Je ne le souhaite pas, je souhaite que l'Europe réponde aux difficultés nouvelles, a-t-elle affirmé.

Elle a déclaré que l'euro était basé sur deux principes : la clause de non renflouage – selon laquelle aucun pays ne peut endosser les dettes d'un autre pays de la zone euro – et les règles sur les déficits budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance.

La BCE sceptique, la Commission positive

Alors que les décideurs politiques européens apportent leur soutien à l'idée, Juergen Stark, membre exécutif du conseil d'administration de la Banque centrale européenne l'a ouvertement critiquée.

Un tel fonds reviendrait très cher, enverrait le mauvais message et serait une charge pour les pays qui ont des finances publiques plus solides, a-t-il écrit dans le quotidien allemand Handelsblatt.

Dans un article paru dans l'édition de jeudi de Handelsblatt, M. Stark a écrit que l'acceptation publique de l'euro et de l'UE serait mise à mal et qu'un tel mécanisme ne serait pas compatible avec les principes de l'union monétaire.

Toutefois, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a déclaré dans un entretien avec un journal publié lundi que la Commission était prête à proposer un tel instrument européen, qui a le soutien des pays membres de la zone euro.

Proposition tardive pour la Grèce

Le premier ministre grec George Papandreou a déclaré que son pays soutenait la création d'un fonds de secours, duquel il pourrait tirer bénéfice si besoin est, bien qu'Athènes ne demandait pas l'assistance financière de l'UE.

Une délégation grecque menée par le premier ministre était à Washington lundi pour une série de rencontres avec des membres de l'administration et des discussions informelles avec le Fonds monétaire international.

Bien que la Grèce ait insisté sur le fait qu'elle ne demandait pas d'aide, M. Papandreou a mis la pression sur l'UE la semaine dernière, affirmant qu'Athènes se tournerait vers le FMI si l'UE refusait de s'engager à apporter son aide financière. Avant de partir pour Washington, le premier ministre grec était à Paris et à Berlin pendant le week-end pour des discussions, laissant peu de doutes sur son intention de faire monter la pression sur les dirigeants européens pour qu'ils agissent.

A Berlin, Mme Merkel a assoupli son opposition à un possible renflouage de la Grèce par l'UE, expliquant qu'elle n'écartait pas la possibilité d'agir si Athènes se retrouvait dans une situation d'urgence.

Mais elle a également souligné le fait que ce n'était pas le cas pour le moment. L'impossibilité immédiate de rembourser, nous n'en sommes pas encore là, heureusement, a-t-elle affirmé. Je ne peux rien écarter, mais cette situation ne se présente pas encore à nous, a-t-elle dit.

Dimanche, le président français Nicolas Sarkozy a promis que les pays de la zone euro aideraient la Grèce si ses problèmes financiers s'aggravaient (EurActiv 08/03/10).

Vers une intégration européenne plu forte ?

D'autre part, l'idée de lancer un fonds de secours semblable au FMI en Europe a déclenché des commentaires animés de la part des analystes politiques.

Ses plus récents partisans étaient les économistes Daniel Gros de l'European Policy Studies et Thomas Mayer de la Deutsche Bank. Ils ont affirmé que le fonds devrait être en priorité financé par des emprunts sur les marchés puis ensuite par des contributions des Etats membres souffrant de dettes et de déficits excédant les limites européennes.

Toutefois, pour être véritablement efficace, la création du fonds devrait être accompagnée d'une coopération politique et fiscale plus importante, quelque chose que beaucoup de pays ont refusé jusqu'ici de peur de céder trop de pouvoirs aux institutions européennes.

Le gouvernement allemand s'est opposé à l'idée d'émettre une obligation commune pour la monnaie unique, mais il pourrait avoir changé d'avis au regard de l'opposition de son opinion publique à l'égard de tout renflouage de la Grèce, ont déclaré des diplomates.

Les fédéralistes européens aiment l'idée d'un fonds, puisqu'il signifierait probablement une intégration plus importante de ses membres, a déclaré un diplomate européen.

Si le fonds marque le début de la reconnaissance du besoin de davantage d'intégration politique, alors c'est une très bonne idée. Si ce n'est pas le cas, ce sera uniquement un moyen de panser les plaies, a déclaré Simon Tilford, un analyste du Centre for European Reform de Londres.

Le traité de Lisbonne de l'UE qui est entré en vigueur le 1er décembre ne permet pas le renflouage de pays de la zone euro, mais il permet d'aider les Etats en dehors de la monnaie commune.

Les analystes économiques ont affirmé que le nouveau fonds pourrait être basé sur une disposition du traité qui permet à un groupe de pays de coopérer plus étroitement dans certains domaines. Suivre cette option dynamiserait la coordination politique de la zone euro, mais laisserait également derrière les pays de l'UE ne faisant pas partie de la zone euro.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv.)

Contexte : 

La Grèce est assise sur une montagne de dettes, qui devrait monter à 290 milliards d'euros cette année. Au même moment, Athènes a un déficit budgétaire représentant 12,7 % de son PIB, soit plus de quatre fois la limite européenne.

Le coût des échéances de remboursement de cette dette a augmenté, portant atteinte à l'euro et déclenchant des spéculations sur un éventuel plan de renflouage (EurActiv 04/02/10).

En février, la Commission européenne a accepté le plan grec de réduction des déficits en dessous du plafond de 3 % du PIB d'ici 2012, tout en insistant sur le besoin de mesures de surveillance sévères pour s'assurer que le plan est mis en œuvre de manière effective (EurActiv 03/02/10).

Les dirigeants européens ont cherché à rassurer la Grèce avec des mots de réconfort lors d'un sommet le 11 février mais ils ne sont pas parvenus à mettre sur la table des propositions concrètes pour aider le pays, citant des raisons stratégiques (EurActiv 11/02/10).

Le 3 mars, la Grèce a dévoilé un programme d'austérité draconien de 4,8 milliards d'euros qui cible les fonctionnaires et les riches et l'Eglise afin d'obtenir l'aide de l'Europe pour combattre son écrasante charge de la dette (EurActiv 04/03/10).

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