L’unité au G20 : Obama l’a demandée et obtenue [FR] [en] [de]

Publié: 03 April 2009 | Updated: 29 January 2010
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Hier (3 avril), le groupe des 20 pays développés et en développement se sont montrés unis et ont adopté un accord de 1 100 milliards de dollars en vue de lutter contre la pire crise économique depuis la Grande Dépression, et de renforcer les règles financières afin d’éviter que cela ne se reproduise à l’avenir.

Background

Le groupe des pays du G20 débat d’une approche globale de la réforme des marchés financiers, notamment l’encadrement, et s’est réuni le 2 avril à Londres. 

Depuis le premier sommet du G20 sur la réforme de l’architecture financière mondiale à Washington, en novembre de l’année dernière, la récession a empiré en Europe et aux Etats-Unis, forçant les gouvernements à adopter d’importants plans de relance (EurActiv 17/11/08).

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Le président américain Barack Obama a minimisé les divergences survenues au sommet, déclarant que celui-ci constituait un virage important pour l’économie mondiale. 

Nous sommes tombés d’accord sur une série de démarches sans précédent pour restaurer la croissance et empêcher qu’une telle crise se reproduise à l’avenir, a déclaré M. Obama lors d’une conférence de presse. 

Nous avons aussi rejeté tout protectionnisme, lequel pourrait aggraver cette crise, a-t-il ajouté.

Les experts ont décrit  les décisions du G20 comme ayant une portée encore jamais atteinte. Toutes les parties ont au moins partiellement obtenu ce qu’elles attendaient, et elles ont salué la création d’un nouvel ordre mondial. 

Les pays en voie de développement ont reçu 1 100 milliards de dollars de ressources additionnelles pour l’économie mondiale, qui seront attribués par le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres institutions. 

L’Allemagne et la France ont salué l’appel à un contrôle et une supervision plus stricts, ainsi qu’à l’établissement d’un organe de surveillance de la régulation (le nouveau Conseil de stabilité financière). 

Les Etats-Unis ont bien accueilli la décision d’en finir avec l’ère du secret bancaire et de prendre des mesures à l’encontre de juridictions peu enclines à coopérer, y compris celles des paradis fiscaux. 

Les bourses ont bien réagi à l’annonce : l’index des meilleures actions européennes a monté de 5%, tandis qu’à Wall Street, le Dow Jones grimpait de 3,3 pourcent. Cependant, les économistes mettent en garde contre une euphorie prématurée, de nouvelles données devant être révélées cette semaine.

Les accords d’aujourd’hui commencent à sévir contre les aventuriers des marchés financiers qui ont bouleversé les marchés mondiaux, selon le Premier ministre australien, Kevin Rudd.

Le Premier ministre britannique Gordon Brown, hôte du sommet, a déclaré que les gouvernements ont consacré 5 mille milliards de dollars à la relance de l’économie cette année et l’année prochaine, avant même de prendre en compte les investissements supplémentaires du sommet à Londres.

Il n’a pas dit comment cela cadrait avec l’estimation de la relance révélée le jour précédent – environ la moitié de ce montant. 

De l’aide pour les pays en développement

Les 1 100 milliards de dollars devraient être rendus disponibles pour aider l’économie mondiale, dont 250 milliards de dollars en unités de réserve du FMI, appelés « droit spéciaux de tirage ». 

De plus, le FMI devrait voir ses propres ressources tripler, avec jusqu’à 500 milliards de dollars de nouveaux fonds, dont 40 milliards de dollars de Chine. La plupart des fonds iront probablement aux pays en difficulté, notamment en Europe de l’Est. 

Le sommet a aussi convenu d’un ensemble de mesures portant sur le financement du commerce extérieur, d’une valeur minimum de 250 milliards de dollars étalés sur deux ans, afin de supporter les flux commerciaux mondiaux, qui ont diminué sous l’effet du resserrement du crédit: ceci constitue un encouragement pour les grands exportateurs mondiaux.

Une régulation financière plus sévère

Les échecs majeurs du secteur financier ont appelé à une restructuration majeure des systèmes réglementaires et de supervision. Les leaders du G20 ont convenu de la création d’un nouveau Conseil de la stabilité financière pour remplacer l’actuel Forum de stabilité financière. Malgré le fait que ce Conseil se verra conférer un mandat renforcé pour superviser le système financier mondial, il ne disposera pas d’un pouvoir de contrôle spécifique sur les sociétés financières. 

Le sommet s’est aussi mis d’accord pour étendre la réglementation et la surveillance de toutes les institutions financières, instruments et marchés systémiquement importants, en ce compris les principaux fonds spéculatifs.

De nouvelles règles seront déterminées une fois la crise passée concernant les provisions bancaires en capital et les agences d’évaluation du crédit. 

Afin de prendre des mesures contre les paradis fiscaux et autres juridictions peu coopératives, y compris la menace de sanctions si nécessaire, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié une liste de ces pays peu coopératifs ; les plus coupables étant le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines  et l’Uruguay.

Le G20 : à suivre… 

Les leaders au G20 ont convenu de se rencontrer de nouveau avant la fin de l’année, afin d’évaluer les progrès réalisés du plan d’action décidé.

Selon des observateurs, la prochaine rencontre pourrait se tenir à l’automne au Japon. Mais M. Sarkozy a affirmé que le suivi des opérations prendrait place à New York, en septembre. 

Dans l’éventualité d’une rencontre à New York, elle coïnciderait avec l’ouverture de l’Assemblée générale de Nations unies ; ainsi, la plupart des leaders mondiaux se trouverait déjà sur palce. 

(EurActiv avec des agences de presse. Ce texte a été traduit de l’anglais par EurActiv.)

Positions

Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que les résultats du sommet groupe des 20 principales nations industrialisées et en développement, qui devait s’engager à renforcer la régulation financière et la surveillance globale du marché, étaient « au-delà de ce que nous pouvions imaginer ».

Nous n’aurions jamais espéré autant, a-t-il déclaré, ajoutant que « ce n'est pas la victoire d'un camp sur l'autre », mais le signe d’une prise de conscience que le monde a besoin de changer. Il a indiqué dans un communiqué final que c’était la priorité de la France et de l’Allemagne, et que cela figure en seconde position de la liste des objectifs du G20.

Contrôler les fonds spéculatifs ne crée pas d’emplois dans l’industrie française du textile, mais tourne la page de la folie de toutes ces années de dérégulation, a-t-il déclaré.

La situation est sans précédent, selon le président de la Commission José Manuel Barroso, qui a considéré que le sommet était un moment crucial pour l’économie mondiale. Il a ajouté qu’ils avaient été beaucoup plus ambitieux qu’il ne s’y attendait, et que ce qu’ils avaient accompli était sans comparaison dans l’histoire économique. 

Nous avons dit que nous le ferions, et nous avons fait ce que nous avions dit, a-t-il déclaré. Parmi les réformes adoptées, le G20 s’est mis d’accord pour renforcer les ressources du Fonds monétaire international de plus de 1 100 milliards de dollars, ainsi que sur un programme d’au moins 250 milliards de dollars sur le secteur des finances et une enveloppe sur les réformes de la régulation financière. 

Mirek Topolánek, président du Conseil européen et Premier ministre tchèque sortant, parlant conjointement avec M. Barroso, a déclaré que l’accord visant à stimuler les ressources du FMI aidera à créer davantage de confiance dans l’économie. M. Barroso a ajouté que les parties avaient montré leur engagement à parachever le cycle de négociations de Doha sur un nouvel accord commercial mondial et a témoigné de sa ferme conviction dans la conclusion de ces négociations cette année. 

Commentant les résultats du G20, le président du Parti des socialistes européens (PSE) Poul Nyrup Rasmussen a déclaré que Gordon Brown a fait un travail magnifique en parvenant à un accord. Selon lui, le G20 a eu d’importants succès et une grosse déception : du côté positif, le triplement du financement du FMI et l’accord sur la régulation financière, mais aussi les engagements utiles relatifs aux mesures de lutte contre les paradis fiscaux, la réforme du FMI, l’achèvement du cycle de négociations commerciales mondiales de Doha et le « nettoyage » des actifs toxiques. Toutefois, la route est encore longue pour y parvenir, a-t-il précisé. Par ailleurs, le fait de ne pas avoir trouvé d’accord sur un nouveau plan de relance constitue la grosse déception, selon le président. Les conservateurs européens M. Sarkozy et Mme Merkel ont bloqué ce dont le monde a le plus urgemment besoin : un nouveau plan de relance pour créer des emplois, a-t-il expliqué. 

Le monde a besoin d’un nouveau plan de relance : pas plus tard, pas dans le futur, mais maintenant, a-t-il précisé. C’est une bonne chose de reconnaître qu’il faudra faire davantage plus tard, si le FMI le recommande, mais le FMI a déjà recommandé un investissement de 2 % du PIB dans l’emploi et la croissance, et l’Europe n’a pas fait cet investissement, a-t-il poursuivi. Ce qu’il souhaite désormais savoir, c’est quand la Commission proposera un nouveau plan de relance révisé qui répond aux recommandations du FMI. 

Les ONG écologistes ont critiqué l’échec du G20 à placer la crise climatique à  la tête de leur agenda. Selon elles, ils ont manqué une opportunité de sécuriser à long terme la santé économique et environnementale mondiale.

Alors que le monde court contre une crise climatique, les leaders du G20 n’ont fait que réarranger les transats sur le Titanic, en gardant le cap sur vers la catastrophe, a déclaré John Sauven, directeur exécutif de Greenpeace au Royaume-Uni. Selon lui, un engagement financier clair vers l’investissement et l’emploi verts aurait pu aider au démarrage d’une économie verte et à la lutte contre le changement climatique. Le G20 a laissé tomber le monde en manquant une opportunité vitale de résoudre simultanément les deux crises avant le sommet de Copenhague à la fin de l’année, a-t-il poursuivi. La mention de la lutte contre le changement climatique, à la fin du communiqué, sur le tard, ne témoigne en rien du sérieux que nous avons besoin de constater, a-t-il ajouté.