J’ai écrit ce livre sous le coup de la colère, parce que je n’ai vu aucune stratégie claire en Europe pour combattre la crise, affirme M. Verhofstadt qui présentait son livre intitulé « Emerger de la crise : comment l’Europe peut sauver le monde ».
Selon l’homme d’Etat belge, le plan de relance européen arrive bien derrière celui des Etats-Unis et de la Chine, qui ont alloués respectivement 600 et 450 milliards d’euros pour restructurer leur économie et sortir leur pays hors de la crise.
Le plan de relance européen, qui avec seulement 170 milliards d’euros représente au plus 3 % du PIB européen après que les stabilisateurs économiques tels que les prestations de chômage et les prestations sociales aient été pris en compte, n’est pas suffisamment ambitieux, a expliqué M. Verhofstadt.
C’est une période exceptionnelle. C’est une crise exceptionnelle. Nous avons donc besoin de solutions exceptionnelles, pas de recettes conventionnelles qui de toute façon n’ont pas l’air de fonctionner, écrit-il dans son livre.
Les réformes d’enverguer et les actions audacieuses nécessite d’abord et avant tout de nettoyer le secteur bancaire de ses actifs toxiques et d’avancer dans la recapitalisation des banques, croit-il.
Verhofstadt a lancé une attaque virulente contre le rapport Larosière commandé par l’exécutif européen qui fait une série de propositions dans le domaine de la supervision financière, critiquant l’idée de créer un organe de régulateurs nationaux plutôt que d’avoir un superviseur financier européen unique.
En continuant à faire une distinction entre les banques et les institutions financières, selon qu’elles soient surtout attachées à un marché national ou orientées vers les niveaux européen et international, on passe à côté du problème essentiel qui nous a conduit à la crise actuelle, note M. Verhofstadt, expliquant que la seule solution est d’avoir un organisme de surveillance européen unique.
M. Verhofstadt est convaincu que l’Europe peut aider à faire repartir l’économie mondiale si elle parvient à construire un seul plan d’investissement, ou « Europlan ». L’Europe ne peut pas sortir de la récession économique avec 27 plans verticaux et parfois même protectionnistes, mais par un plan d’investissement horizontal majeur adapté au passage accéléré d’une économie fossile dépassée à une économie nouvelle et durable, a-t-il déclaré, ajoutant que l’Europe a besoin d’au moins 400 milliards d’euros de dépenses additionnelles
Pour financer son « Europlan », M. Verhofstadt en appelle à une réforme du budget européen et à une distribution d’ « euroobligations » : une idée déjà rejetée par l’exécutif européen après la pression mise par certains pays, notamment l’Allemagne.
L’homme d’Etat veut mettre sur pied un marché des euroobligations d’environ 1 000 milliards d’euros, l’équivalent de 10 % du marché américain des obligations. Avec les liquidités fournies par l’ « europlan », nous devrions être, selon lui, en position de rembourser les obligations et même d’acquitter certaines dettes des pays de l’eurozone, a-t-il souligné, soutenant qu’aucun projet d’investissement ou de recapitalisation ne devrait être appliqué aux frais du contribuable.
Ce dont nous avons besoin, c’est d’une proposition de la Commission, a-t-il déclaré, mettant en évidence l’absence de stratégie cohérente de la Commission ou d’initiatives concrètes et rappelant que le Marché unique avait démarré sur une proposition de Jacques Delors. 70 % du projet de M. Delors avait été rejeté, mais les 30 % approuvés ont mené à l’établissement du marché intérieur d’aujourd’hui, a déclaré M. Verhofstadt.



