Des sources de la Commission et des experts éminents ont déclaré que la principale motivation de la réunion était de parvenir à une appréhension conjointe de la manière d’affronter la crise économique qui menace plus que jamais de frapper les économies émergentes, telles que celles de la Russie ou de la Chine.
Hier (5 février), lors d’une conférence à Bruxelles, Thierry de Montbrial, président de l’Ifri (Institut français des relations internationales), a attiré l’attention sur un scénario catastrophe dans lequel la chute des prix du pétrole traumatiserait l’économie de la Russie.
Le plus grand danger est que l’on passe d’un extrême à l’autre. A la mi-juillet 2008, les prévisions pour le prix du pétrole étaient de 200 dollars. Quelques mois plus tard, l’on se demande s’ils ne vont pas retomber au niveau de 15-20 dollars, auquel ils étaient en 2000 lorsque M. Poutine a été élu, et en dessous duquel on considère que la Russie ne pourra pas boucler son budget, a commenté M. Montbrial.
Il a expliqué en outre que de tels revirements d’opinion sont extrêmement nuisibles, car ils peuvent paralyser la programmation d’investissements nécessaires dans le secteur de l’énergie. Le plus grand danger est devant nous si nous commençons à penser que puisque nous sommes en période de crise, alors nous devons diminuer les investissements dans le secteur de l’énergie, ou nous les reporter à des jours meilleurs. C’est alors que nous risquons de préparer la prochaine phase de l’explosion du prix du pétrole, similaire à celle des années soixante-dix. En outre, nous risquons d’abandonner l’autre problème majeur du début du XXIème siècle, à savoir le changement climatique et la réduction des émissions de CO2, c’est-à-dire un concept d’investissement dans une politique publique plus large, a développé le dirigeant du think tank français.
Mais M. Montbrial a également prévenu des risques en Chine, laquelle est jusqu’à présent considérée comme relativement imperméable à la crise. De telles considérations sont, selon lui, extrêmement naïves.
Il existe un double risque de crise particulièrement forte en Chine et en Inde, a-t-il déclaré, expliquant que dans l’hypothèse d’un sérieux ralentissement économique en Chine cumulé avec la fragilité politique du pays, la légitimité du parti communiste, fondée sur la croissance économique, sera menacée.
Bien qu’il y existe des craintes d’une Chine toute puissante, une Chine très faible constitue selon lui une menace bien plus importante.
Des diplomates ont confirmé que les idées exprimées par M. Montbrial reflètent l’état d’esprit de l’exécutif européen, et le fait que la coordination des politiques macroéconomiques est considérée comme fondamentale pour relever les défis à venir.
Le commissaire à l’énergie Andris Piebalgs, qui a participé à l’évènement, a complètement écarté l’idée que la dernière crise gazière ait pu endommager les relations UE-Russie.
Le commissaire pense qu’il faudrait discuter de la meilleure manière de contrer la crise économique et de comment gérer les relations énergétiques afin qu’elles soient davantage et mieux prévisibles. Il estime que les russes ne sont pas d’aussi mauvaises personnes qu’on ne le pense, et que si nous nous disputons, que des accidents arrivent, que nous pourrions faire mieux, fondamentalement, il s’agit une ressource russe régie par la législation russe. Il poursuit en disant que cette législation donne aux européens l’accès à la ressource, qu’elle est vendue au marché européen, et qu’elle n’est pas utilisée à des fins politiques dans l’UE.


