Lorsque l'on passe en revue l'année 2011, il est difficile d'ignorer tous les changements qui se sont opérés : l’effondrement des régimes arabes qui étaient considérés comme invincibles, le tremblement de terre au Japon et la catastrophe nucléaire qui a suivi, un nouveau chapitre dans l'histoire de la dette et de la monnaie européenne.
Voici une revue réalisée par EUX.TV :
C'est bien entendu la crise de la dette qui a fait les gros titres. Les décideurs politiques commencent à craindre un démantèlement de la zone euro et de l'UE, ils parlent de la « pire époque depuis la Seconde Guerre mondiale », alors que le fossé entre les Européens se creuse et que le populisme foisonne.
Les pays de l'UE donnent l'impression d'une suite de dominos qui s'effondre au fil des chocs économiques : après la Grèce, le Portugal et l'Irlande en 2010, la pression s'est intensifiée sur l'Espagne et l'Italie. Récemment, même les plus riches économies européennes ont vu leur notation de crédit AAA menacée.
Ce fut également une année de mécontentement en raison de l'incertitude économique, des inégalités sociales et d'actes de violence inexplicables. Les Grecs, outrés par les mesures d'austérité prises par leur gouvernement, sont descendus dans les rues. Les « Indignés » ont manifesté contre le chômage et le capitalisme en Espagne. Peu après la cérémonie du mariage princier, une vague d'émeutes a secoué Londres et d'autres villes britanniques. La Norvège a subi son pire massacre en temps de paix sur l'île de Breivik.
Révolutions arabes
« 2011 a été une mauvaise année », a affirmé à EurActiv l'analyste politique Janis Emmanouildis.
Le 4 janvier 2011, un vendeur de fruits tunisien de 26 ans est mort des suites de ses blessures après s'être immolé pour protester contre la police qui confisquait régulièrement ses produits.
Cet évènement a déclenché des révolutions qui ont bouleversé le monde arabe. Les soulèvements populaires contre les régimes autoritaires arabes ont suscité l'espoir d'un printemps arabe semblable aux vagues de liberté et d'opportunités qui ont déferlé en Europe après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a qualifié ces évènements de « rendez-vous avec l'Histoire ».
Ils ont toutefois suscité une « peur panique » des réfugiés en Europe dans des pays comme la Grèce et l'Italie qui devaient déjà faire face à d'autres pressions. Certains des dictateurs renversés sont restés au pouvoir pendant des décennies, notamment grâce au soutien des puissances occidentales.
Après la promesse d'un printemps arabe est arrivé l'automne qui a été synonyme de désenchantement pour l'Union. Les élections en Tunisie ont propulsé un parti islamiste au pouvoir. Les élections égyptiennes ont eu lieu dans la violence. En Libye, l'OTAN a participé à une guerre menée par la Grande-Bretagne et la France sous prétexte de mettre en place une zone d'exclusion aérienne. Le leader libyen, Mouammar Kadhafi, a été tué dans des circonstances plus que suspectes.
L'UE est largement restée sur la défensive lors de ces évènements. La France et l'Italie se sont chamaillées sur la question des réfugiés en provenance de Tunisie, pendant que la Commission semblait rester impuissante. La France a vigoureusement contredit le responsable du contre-terrorisme européen, Gilles de Kerchove, qui avait affirmé que le conflit libyen avait accru la menace terroriste en Europe.
Sous la pression de la France et de l'Italie en raison de la situation des réfugiés nord-africains, l'accord de Schengen sur le régime sans visa a été réécrit pour permettre aux gouvernements d'exercer un plus grand contrôle sur leurs frontières. La Commission européenne a cédé, même si ce fut à reculons, portant un coup à l'un des avantages de l'unité européenne.
Crise de l'euro
Une nouvelle année commence et toujours aucun signe annonçant la fin de la crise de l'euro. Les multiples sommets européens ne sont pas parvenus à calmer les inquiétudes sur la monnaie unique, la solidarité de l'UE et le leadership européen. M. Emmanouildis a qualifié ces rencontres de « sommets énigmatiques ».
« Nous ne savons pas dans quelle phase de la crise nous nous trouvons ». « Sommes-nous en plein milieu ? Sommes-nous au début de la fin, nous dirigeant vers un Armageddon ? Ou sommes-nous au début de la fin dans le sens où nous prenons des mesures graduelles qui nous sortiront de la crise ? »
Certains analystes voient les évènements d'aujourd'hui comme un flash-back vers la sclérose européenne des années 1970 et 1980, avant Maastricht, l'élargissement, l'ouverture des frontières et la monnaie unique.
Mais les enjeux sont bien plus importants aujourd'hui. « Si les choses se passent mal pendant cette crise, les effets seront beaucoup plus conséquents. Je pense qu'il s'agit sans doute de la pire crise du processus d'intégration européenne », a avancé M. Emmanouilidis.
Descendre dans les rues
La magnitude de la crise et les mesures d'austérité à venir ont conféré à la crise une forte dimension sociale.
Les dirigeants n'ont pas été capables de répondre au manque croissant de confiance de la part de leur propre peuple. 2011 a été l'année des bouleversements politiques avec plusieurs chutes de gouvernement, comme au Danemark, en Espagne, en Grèce, en Italie, en Slovaquie et en Slovénie. Cette année a également vu émerger le mouvement des « Indignés » qui prend sa source à la Puerta de Sol de Madrid.
Leurs manifestations ont dépassé les frontières espagnoles, frappant Bruxelles, l'Italie et inspirant même le mouvement « Occupy Wall Street » à New York. Les manifestations de Madrid ont reflété la frustration croissante, le désespoir et la haine collective de la jeune génération européenne par rapport au chômage et à l'exclusion politique.
« Il faut se poser la question fondamentale de savoir si la crise souveraine fait partie d'une crise bien plus large qui affecte toutes les démocraties », a déclaré M. Emmanouilidis.
Annus « mirabilis » ?
Dans le même temps, la crise de l'euro a rendu envisageables des choses impensables jusque-là.
Tout d'abord, la sortie de la zone euro n'est plus un tabou. Ce sont les fondations mêmes de l'UE qui sont menacées et les effets de la crise qui empire et devient de plus en plus difficile à enrayer seront « énormes », a affirmé M. Emmanouilidis.
Mais des éléments positifs sont sortis de la crise : on se rend enfin compte de sa gravité dans l'UE.
Il y a un an, de nombreux décideurs politiques européens ne réalisaient pas les implications potentielles de la crise et pensaient qu'il s'agissait d'une crise périphérique. Ce n'est plus le cas.
« Chaque grand pas vers l'intégration en Europe a été fait en raison d'une crise. Ca a toujours été comme ça et il pourrait également s'agir d'une solution aujourd'hui », a récemment déclaré le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, lors d'un entretien accordé à l'hebdomadaire Der Spiegel.
L'analyste politique Janis Emmanouilidis affirme que les dirigeants politiques reconnaissent la nécessité d'agir et de tirer des leçons des récents évènements. Ils ont pris des mesures pour stabiliser l'euro et renforcer la gouvernance économique. Les pays de l'UE coopèrent au niveau économique comme jamais auparavant.
« Nous sommes de plus en plus conscients des erreurs qui ont été commises. Il faut réévaluer les mesures qui ont été prises au cours des 15-18 derniers mois et se demander où ça a déraillé. Devons-nous changer quelque chose ? »
« L'année 2010 a été mauvaise et nous pensions que 2011 serait meilleure. Et bien, ça n'a pas été le cas. Nous ne savons donc pas ce que 2012 nous réserve. Nous savons par contre que le chemin sera long et accidenté, avec des hauts et des bas, des développements positifs et des pas en arrière », a expliqué M. Emmanouilidis.
Tout espoir n'est pas perdu pour 2011.
Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a écrit sur Facebook : « Nous allons examiner ce que nous avons accompli [...] cette période sera considérée par les historiens comme celle qui a jeté les fondations permettant à ce genre de crise de ne plus jamais se reproduire. »
M. Van Rompuy a affirmé que 2011 pouvait ressembler à une « annus horribilis », mais qu'elle se révèlerait une « annus mirabilis ».




