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Gel du projet US de bouclier antimissile : Varsovie et Prague s’échauffent [FR]

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Publié 17 septembre 2009

Des responsables polonais et américains ont discuté le 17 septembre des projets d’établissement d’un bouclier de défense antimissile, alors que des inquiétudes se font jour à Varsovie quant à la volonté de M. Obama de mettre le projet au frigo afin de réchauffer les relations américano-russes.

L’administration Bush avait fait pression en faveur du bouclier, expliquant que ce dernier devait être une protection contre la probabilité du développement par l’Iran de têtes nucléaires à monter sur ses missiles de longue portée. La Russie considère ce projet comme une menace directe pour sa propre sécurité.

La rencontre avec la secrétaire d’Etat adjointe des Etats-Unis Ellen Tauscher et d’autres fonctionnaires américains vient juste de se terminer. Une déclaration sera faite bientôt, a déclaré à Reuters le ministre des Affaires étrangères adjoint, Andrzej Kremer.

Il a refusé de faire d’autres commentaires. Plus tôt, avant les discussions au ministère des Affaires étrangères polonais, M. Kremer avait affirmé que Varsovie estimait qu’il y avait de fortes chances que le projet de bouclier soit stoppé.

Nous savons que l’examen du bouclier antimissile n’est pas encore terminé et dans dix jours le ministre adjoint à la Défense Stanislaw Komorowski et moi-même irons à Washington pour tirer les choses au clair. Nous avons entendu de différentes sources qu’il y avait de fortes chances pour que le bouclier ne soit pas déployé ici, a affirmé M. Kremer à Reuters.

M. Obama s’est entretenu par téléphone avec le premier ministre tchèque Jan Fischer mercredi dans l’après midi à propos du bouclier antimissile, selon un porte-parole du premier ministre à Prague.

Le Wall Street Journal, citant d’anciens ou d’actuels fonctionnaires américains, a rapporté jeudi que M. Obama arrêterait le déploiement du bouclier puisque le programme iranien de missiles longue portée n’a pas avancé aussi vite que ce que l’on avait estimé précédemment, réduisant d’autant la menace contre le continent américain et les principales villes européennes.

L’administration Obama souhaite repartir de zéro avec la Russie, afin que les deux anciens ennemis de la Guerre froide puissent coopérer sur la question iranienne, sur le combat contre les Talibans insurgés en Afghanistan et sur la réduction de leurs vastes arsenaux d’armes nucléaires.

Alerte au centre de l’Europe

Mais les anciens Etats satellites de Moscou en Europe centrale et de l’est craignent que tout retrait du projet de bouclier antimissile ne marque un affaiblissement de l’engagement des Etats-Unis pour leur sécurité et n’encourage une Russie de plus en plus sûre d’elle.

Dans une lettre ouverte à M. Obama en juillet, des figures régionales de premier plan, y compris Václav Havel de République tchèque et Lech Wałęsa de Pologne, l’ont pressé de ne pas se faire influencer par les objections russes dans sa décision sur le bouclier de défense antimissile.

En particulier, la Pologne et les républiques baltes se sont alarmées face à ce qu’ils considèrent comme le néo-impérialisme russe, au regard notamment de la manière qu’a Moscou de traiter avec les anciennes républiques soviétiques comme la Géorgie.

Le chef adjoint du Bureau de sécurité nationale polonais, Witold Waszczykowski, a déclaré à Reuters jeudi que l’abandon du projet de bouclier serait très négatif. Sans le bouclier, nous perdrions de facto une alliance stratégique avec Washington, a-t-il expliqué.

Pour la Pologne, membre de l’OTAN, le timing de ce report est particulièrement sensible. Jeudi a marqué le 70e anniversaire de l’invasion soviétique dans l’est de la Pologne à la suite du pacte entre Moscou et l’Allemagne nazie, un évènement considéré par les Polonais comme un coup de couteau dans le dos. J’espère qu’il ne s’agit là que d’une coïncidence, a dit M. Waszczykowski.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EurActiv)

Réactions : 

Le groupe socialiste au Parlement européen (S&D) a applaudi l’abandon par les Etats-Unis des projets de bouclier antimissile en Europe et a appelé à un nouvel ordre mondial en matière de sécurité, qui impliquera l’UE, les Etats-Unis, la Russie et la Chine.

Le vice-président du groupe, le Roumain Adrian Severin a affirmé que le projet de missile avancé par l’administration Bush était un vestige d’une mentalité de la Guerre froide, animée par une esprit de confrontation plutôt que d’un réel souci sécuritaire. M. Severin a affirmé que les membres du S&D suivraient de près l’annonce américaine lors d’une visite de la délégation à Washington en octobre, menée conjointement par lui-même et son homologue, le vice-président Hannes Swoboda.

En commentaire aux réactions hostiles des partisans de droite en République tchèque, M. Severin a affirmé qu’une modification de cette approche ne doit pas être vue comme un désengagement américain en Europe ou une absence d’intérêt pour la sécurité de l’UE. Il faut la voir comme un comportement responsable, moderne et compréhensif, a-t-il conclu.

Le premier ministre tchèque Jan Fischer a indiqué que la nouvelle du changement de projet de l’administration américaine ne l’avait pas surpris.

Nous étions conscient de cette possibilité depuis que nous avons appris que des analyses détaillées de cette question étaient menées par les spécialistes de la défense américains. Nous avons été assurés que la coopération avec les Etats-Unis continuera, car ils considèrent la République tchèque comme l’un de leurs plus proches alliés, a déclaré M. Fischer, cité par EurActiv République tchèque.

L’ancien premier ministre tchèque Mirek Topolánek, défenseur infatigable de l’installation du bouclier antimissile américain sur le sol tchèque, a déclaré que la décision américaine n’était pas une bonne nouvelle pour l’Etat de droit, la liberté et l’indépendance de son pays.

M. Topolánek a regretté la décision de l’administration Obama et il a déclaré que M. Obama espérait obtenir de meilleurs résultats que l’administration Bush en négociant avec la Russie et l’Iran. Je ne pense pas qu’il va réellement réussir, a déclaré à la radio tchèque l’ancien premier ministre.

Sur son site Internet, l’ancien président tchèque Václav Havel a regretté que la République tchèque n’ait pas eu la chance d’aller jusqu’au bout. Selon lui, la Russie n’accorde aucune importance à l’emplacement des radars américains, sur le sol tchèque ou ailleurs.

La Russie essaie seulement de jouer avec nous. Elle veut voir si nous sommes effrayés. Je suis navré que nous ne puissions pas jouer ce jeu jusqu’à son dénouement, écrit il.

L’ancien président tchèque fait partie des 22 auteurs européens ayant écrit une lettre ouverte à M. Obama en juillet dernier, lui demandant de ne pas abandonner l’idée d’un bouclier antimissile en Europe centrale. Une telle décision pourrait saper le crédibilité des Etats-Unis dans toute la région, écrivent-ils.

Jana Hybáškováancienne eurodéputée PPE-DE et actuelle présidente du parti démocratique européen tchèque, considère la décision américaine comme l’un des échecs récents de la politique étrangère tchèque, expliquant que c’était le résultat de la chute du gouvernement tchèque lors de sa présidence de l’UE.

Contexte : 

Lors de sa campagne électorale, le président américain Barack Obama est resté serein sur un accord atteint par son prédécesseur, George W. Bush, consistant à installer un radar en République tchèque et un intercepteur de fusées en Pologne, pour abattre des missiles tirés par des pays comme l’Iran ou la Corée du Nord. 

En République tchèque, la question du radar a pris une dimension particulière. En effet, au Sénat tchèque, les législateurs ont averti qu’ils ne pourraient ratifier le traité de Lisbonne sans la ratification concomitante d’un accord visant à l’installation d’un système de radar avec les Etats-Unis (EurActiv 19/03/09).

Un lancer de missile balistique par la Corée du Nord pendant la première visite de M. Obama à Prague le 5 avril a apparemment modifié la position américaine. M. Obama a déclaré à Prague qu’il souhaitait maintenant la construction de ce bouclier antimissile basé en Europe centrale (EurActiv 06/04/09). 

La Corée du Nord semble à présent disposer d’une arme qui peut atteindre le territoire américain, lui permettant pour la première fois de menacer directement son principal adversaire, selon les analystes. Mais le « pays voyou » qui a testé un dispositif nucléaire en 2006, n’est pas encore capable de miniaturiser une arme atomique afin de la monter sur une ogive, ont affirmé les experts. 

Moscou s’oppose fermement aux éventuelles installations polonaises et tchèques, qu’il considère comme une menace pour sa sécurité. Après l’élection de Barack Obama comme président américain en novembre, le président russe Dimitri Medvedev avait menacé d’installer des missiles Iskander à moyenne portée dans l’enclave russe de Kaliningrad, près de la frontière polonaise, si les Etats-Unis persistaient dans leurs intentions. 

Lors de la visite de M. Obama à Moscou en juillet dernier, la presse a suggéré que les positions des USA et de la Russie étaient proches sur des questions difficiles telles que la défense antimissile (voir EurActiv 07/07/09). 

L’absence d’un représentant de haut rang américain à la récente commémoration du 70e anniversaire du début de la Seconde Guerre Mondiale, en Pologne, a montré que Washington pourrait avoir changé d’avis sur l’engagement de ce pays dans le système de défense américain antimissile (voir EurActiv 31/08/09).

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