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La France se prépare à fermer ses frontières avec l'Italie

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Publié 08 avril 2011, mis à jour 14 décembre 2012

Le gouvernement italien a donné son feu vert hier (7 avril) à un décret qui autorise les immigrés économiques de Tunisie à voyager librement à l'intérieur de l'espace Schengen pour une période de trois mois. La France a déclaré qu'elle pourrait rétablir des contrôles aux frontières.

Le ministre italien de l'intérieur, Roberto Maroni, a déclaré qu'un permis temporaire serait accordé aux immigrés économiques qui souhaiteraient se rendre dans un autre pays de l'UE.

« Ces permis ne seront pas accordés aux immigrés socialement dangereux ni à ceux qui ont reçu un arrêté d'expulsion », a précisé M. Maroni lors d'une conférence de presse hier à Rome.

Comme l'a souligné M. Maroni, la plupart des immigrés devraient se rendre en France où une importante communauté tunisienne est déjà bien établie. Les autres se rendront probablement en Allemagne.

« Nous mettons en doute la légalité de ces permis. Dans le pire des cas, nous pourrions rétablir la frontière avec l'Italie, conformément à l'accord de Schengen. Nous demanderons à la Commission [européenne] d'examiner la légalité de ces permis », a dit un diplomate français à la presse hier.

En effet, l'accord de Schengen permet à un pays membre de restaurer provisoirement des contrôles aux frontières avec un autre membre de l'espace Schengen dans le cas d'une menace pour l'ordre public.

Toutefois, de telles mesures ne sont supposées être que de courte durée, pour empêcher des hooligans d'assister à un match de football par exemple.

Vendredi dernier (1e avril), la commissaire européenne aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, a déclaré que pour faire usage de cette disposition extraordinaire, la France devrait invoquer une sérieuse menace à l'ordre public. « Mais ce n'est pas le cas ici », a-t-elle précisé.

Son porte-parole, Marcin Grabiec, a déclaré hier que les pays de l'UE avaient le droit de délivrer des permis de voyage aux immigrés. Mais il a insisté sur le fait qu'ils devaient aussi disposer de suffisamment d'argent pour financer leur séjour dans un autre Etat membre et que ce séjour ne pouvait pas dépasser trois mois.

« Si ces conditions ne sont pas respectées, les migrants peuvent être renvoyés dans l'Etat membre d'origine », a ajouté M. Grabiec.

Mais qu'est-ce qui empêchera les voyageurs de brûler leur permis une fois dans le pays de destination pour éviter d'être renvoyés en Italie ? M. Grabiec n'a pas évoqué cette question.

Les autorités françaises renvoient actuellement des immigrés qui tentent de traverser la frontière dans la région italienne de Ligurie, sur la base d'un accord bilatéral de réadmission.

La réunion prévue aujourd'hui (8 avril) entre Roberto Maroni et son homologue français, Claude Guéant, risque d'être tendue.

L’Italie demande une « redistribution » des réfugiés

L’offensive diplomatique italienne sur les questions d’immigration continuera la semaine prochaine lors d’un Conseil justice et affaires intérieures qui aura lieu lundi (11 avril) à Luxembourg.

« L’Italie demandera l’activation d’un mécanisme de protection temporaire pour les personnes déplacées », a déclaré le Représentant permanent italien à l’UE, Ferdinando Nelli Feroci, aux journalistes hier à Bruxelles.

L’activation du mécanisme 55/2001 a déjà été demandé par Malte et requiert une majorité qualifiée au sein des 27 Etats membres. La commissaire Malmström a exprimé son soutien à l’activation du mécanisme. Le groupe des Socialistes & Démocrates au Parlement européen a également soutenu cette idée.

Cependant, ceux qui souhaitent l’activation du mécanisme sont « loin de disposer d'une majorité qualifiée », a confié un diplomate européen à EurActiv.

Ce mécanisme, qui n’a jamais été utilisé depuis sa création, implique la redistribution des personnes déplacées entre les Etats membres.

Dans le contexte actuel, cette mesure est perçue par certains comme la meilleure façon de gérer l’éventuelle nouvelle vague de réfugiés fuyant le conflit libyen, qui pourrait durer plus longtemps que prévu.

Les migrants tunisiens sont considérés comme des immigrés économiques, ce qui permettrait donc pas de déclencher le mécanisme.

L’Italie réitère également ses demandes pour un soutien financier plus important de la part de l’UE et une utilisation plus flexible des fonds européens pour faire face à l’urgence. Les fonds structurels pourraient être réorientés vers des besoins relatifs à l’immigration, a déclaré l’ambassadeur italien.

L'Italie demande aussi la négociation d’accords européens avec des pays tiers, de transit comme d’origine, pour remplacer les accords bilatéraux existants visant à contrôlés les flux migratoires.

Jusqu’à présent, l’Italie avait limité l’arrivée des immigrés d’Afrique, en grande partie grâce aux accords conclus avec Mouammar Kadhafi.

Prochaines étapes : 
  • 11 avril : Conseil Justice et affaires intérieures à Luxembourg.
Contexte : 

En février dernier, l'Italie a déclaré l’état d'urgence humanitaire sur l'île méditerranéenne de Lampedusa suite à l'arrivée de 4 000 personnes par bateau en provenance de Tunisie suite à la révolte populaire qui a mis fin au règne du président.

Depuis lors, la guerre civile en Libye a intensifié la pression migratoire sur Lampedusa où environ 20 000 immigrants sont arrivés depuis le début des « révolutions du jasmin », sachant que la population de l'île n'est que de 5 000 habitants.

Amnesty International et Médecins Sans Frontières ont critiqué les conditions de vie des migrants à Lampedusa. Un reportage télévisé révèle d'ailleurs des conditions d'hygiène épouvantables sur l'île surpeuplée.

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