Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, a qualifié M. Al-Assad d'assassin. L'Australien Bob Carr a quant à lui fait savoir que les responsables du massacre de Houla devraient répondre de leurs actes.
« Bachar Al-Assad est l'assassin de son peuple. Il doit quitter le pouvoir. Le plus tôt sera le mieux », a commenté M. Fabius lors d'un entretien accordé au quotidien français Le Monde.
A l'issue de consultations diplomatiques, l'Allemagne, l'Australie, le Canada, l'Espagne, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie ont annoncé l’expulsion des plus hauts diplomates syriens de leurs pays, suite à ce qu'ils ont qualifié de « niveau de violence inacceptable ».
Aux Pays-Bas, l'ambassadeur de Syrie, qui vit à Bruxelles et représente aussi Damas en Belgique, a été déclaré persona non grata.
Aucune expulsion n'a toutefois été décidée à l'échelle de l'UE. L'ambassadeur syrien en Autriche ne devrait pas être expulsé, car il occupe également une fonction de représentation auprès de l'ONU à Vienne. Il en va de même pour l'ambassadeur syrien en Belgique, qui représente son pays auprès de l'UE.
Cette action a marqué une nouvelle étape dans la volonté internationale de mettre un terme à la répression de 14 mois de révolte contre M. Al-Assad pour le forcer à quitter le pouvoir.
Ces initiatives demeurent toutefois symboliques. À New York, où les États-Unis et leurs alliés européens tentent en vain depuis l'année dernière de convaincre la Russie et la Chine de soutenir les sanctions contre Damas, le Conseil de sécurité reste profondément divisé.
L'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, a critiqué l'expulsion des représentants syriens : « je pense que cela permet rarement de maintenir le dialogue entre les deux parties », a-t-il fait remarquer aux journalistes à Bruxelles hier (29 mai).
Le massacre de Houla vendredi dernier, lors duquel des femmes et des enfants ont perdu la vie, a été l'élément déclencheur. La communauté internationale est toutefois de plus en plus frustrée de l'échec du plan de paix négocié par les Nations unies.
« Ce pays commet des atrocités telles que nous ne pouvons pas régler la situation au niveau diplomatique », a confié une source diplomatique française. « Cette décision a été prise suite au massacre de Houla. Il s'agit d'une décision concertée entre plusieurs pays. »
À Washington, le département d'État a déclaré que la ville de Houla avait été la cible « d'un assaut brutal avec des tanks et de l'artillerie, des armes dont seul le régime en place dispose ».
« Nous tenons le gouvernement syrien pour responsable du massacre des ces citoyens innocents », a déclaré dans un communiqué la porte-parole au département d'Etat Victoria Nuland, encourageant d'autres pays à condamner la Syrie en expulsant les diplomates syriens.
Les fonctionnaires syriens nient l'implication de l'armée dans ce massacre, l'un des pires depuis le début du conflit.
Le ministre britannique des affaires étrangères, William Hague, estime que ces expulsions visent à faire comprendre à Bachar Al-Assad et aux élites dirigeantes syriennes qu'ils doivent impérativement se conformer au plan de paix.
« Le monde et la communauté internationale sont consternés par l'escalade de la violence, l'attitude du régime, l'assassinat de nombreux innocents, notamment lors du terrible massacre de Houla », a expliqué M. Hague.
Certains gouvernements ont enjoint les diplomates syriens à partir sur-le-champ, d'autres leur ont accordé jusqu'à sept jours pour faire leurs bagages.
Un message clair
Le ministre australien des affaires étrangères, M. Carr, a qualifié le massacre de Houla de crime ignoble et brutal. « Nous avons conseillé au représentant syrien de faire passer ce message clair à Damas : les Australiens sont consternés par ce terrible événement et nous sommes prêts à soutenir la réponse de la communauté internationale pour faire en sorte que les responsables répondent de leurs actes. »
Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, a également condamné le massacre et déclaré que la patience de la communauté internationale avait des limites.
Le Français Laurent Fabius a toutefois rejeté l'idée d'une intervention armée en Syrie. Il estime que le risque de voir le conflit s'aggraver est trop élevé.
« L'armée syrienne est puissante. Personne n'envisage une intervention armée pour le moment », a affirmé M. Fabius.
Certains États arabes ont déjà pris des initiatives diplomatiques similaires contre le gouvernement syrien.
Les pays du Conseil de coopération du Golfe (l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, le Sultanat d'Oman et le Koweït) ont expulsé les représentants syriens de leurs pays en février avant de fermer leurs ambassades à Damas le mois suivant.
La nouvelle action coordonnée des pays occidentaux a été décidée alors que le médiateur international, Kofi Annan, rencontrait M. Al-Assad à Damas pour lui dire qu'il fallait prendre des « mesures audacieuses » afin d'appliquer le plan de paix.
M. Annan a fait part des inquiétudes profondes de la communauté internationale face aux violences en Syrie, notamment lors du massacre de Houla, selon son porte-parole.
Plus de 10 000 personnes ont été tuées depuis le début de la révolte, en mars 2011, contre M. Al-Assad, au pouvoir depuis 11 ans. La plupart des victimes sont des membres de l'opposition qui ont été abattus par l'armée ou les forces de sécurité syriennes.
M. Al-Assad a bénéficié du soutien de la Russie et de la Chine, qui ont opposé leur veto par deux fois lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a tenté d'imposer des sanctions au dirigeant syrien. Lundi, la Russie s'est dite alarmée par le massacre de Houla, mais a conclu que les deux parties étaient responsables.
Réactions :
Le ministre belge de la défense, Pieter De Crem, a déclaré que son pays pourrait participer à une action militaire en Syrie à condition qu'elle soit décidée dans le cadre d'un mandat de l'ONU. Il a ajouté que cette opération ne devrait pas s'aligner sur le modèle de l'opération menée par l'OTAN l'année dernière contre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye.
« L'OTAN ne peut pas jouer au gendarme du monde entier », a-t-il affirmé.
Les Pays-Bas ont rejoint d'autres puissances européennes mardi en condamnant les violences récentes en Syrie et en déclarant que l'ambassadeur syrien à La Haye était persona non grata.
« Nous ne pouvons pas continuer à traiter avec un pays qui a un président pareil. J'ai donc choisi de déclarer l’ambassadeur persona non grata », a expliqué le ministre néerlandais des affaires étrangères, Uri Rosenthal.
Le président français, François Hollande, a quant à lui déclaré : « Le massacre de Houla et les événements de ces derniers jours en Syrie et au Liban illustrent, une fois de plus, le danger des agissements du régime de Bachar al-Assad pour le peuple syrien. La folie meurtrière du régime de Damas représente une menace pour la sécurité régionale et ses responsables devront répondre de leurs actes ».




