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La révolution égyptienne éclipse l'ordre du jour des ministres de l'UE

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Publié 31 janvier 2011, mis à jour 14 décembre 2012

Aujourd'hui (31 janvier), les ministres des affaires étrangères de l'UE se réunissent à Bruxelles, avec en toile de fond la révolution naissante en Egypte, des révoltes en Afrique du nord, des tensions dans le Sahel, au Soudan et en Côte d'Ivoire, ainsi qu'un blocage des discussions relatives aux droits de l'Homme avec le Belarus.

Des diplomates issus de différents pays de l’UE ont déclaré à la presse que la question principale à l’ordre du jour des ministres serait : « l’UE répond-elle à la situation de manière adéquate ? »

Des révoltes populaires naissent actuellement dans le monde arable, rappelant la vague de révolutions qui a libéré l’Europe de l’est du régime communiste en 1989, ainsi que les déclarations d’indépendance de la période 1951-1962 en Afrique du nord.

Les ministres des affaires étrangères de l’UE devraient adopter une position commune sur la situation en Tunisie, qui se concentrera sur la façon dont l’UE contribuera au processus de démocratisation, après 23 ans sous la coupe de Zine al-Abidine Ben Ali.

Concernant le Belarus, une interdiction de voyager plus stricte que jamais devrait être adoptée contre un large groupe de fonctionnaires et de parents d’Alexander Lukashenko, le dernier dictateur européen. Les diplomates ont également déclaré ne pas exclure la participation de l’Albanie aux discussions.

Bien que le pays soit sur la voie de l’adhésion à l’UE, l’impasse politique et la violence dans les rues albanaises semble placer l’Etat dans le même contexte que les pays d’Afrique du nord qui voient aujourd’hui naître des révolutions.

L’Egypte et l’Algérie sont-elles différentes de la Tunisie ?

Les diplomates ont insisté sur les « différences » entre les situations d’un pays à l’autre, mentionnant en particulier la capacité de l’Algérie à répondre à des menaces de sécurité de grande envergure, telles que les insurrections islamiques qui ont eu lieu dans les années 1990.

La situation égyptienne est également « différente » de celle de la Tunisie, a déclaré un diplomate d’un grand pays de l’UE.

Cependant, les évolutions de la situation au Caire ce week-end suggèrent que les diplomates, qui se sont exprimés vendredi, aient peut-être sous-estimé la puissance de la révolution égyptienne naissante. Nombreux sont ceux qui affirment que la situation a atteint un point de non retour, et même les messages officiels des Etats-Unis, le plus grand allié du pays, semblent montrer que les jours du président Hosni Mubarak à la tête du pays sont comptés (voir « Positions » ci-dessous).

Mme Ashton sous le feu des critiques

Pendant ce temps, la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton a été la cible de vives attaques quant au manque de perspective pour aboutir à un ordre du jour commun sur la politique étrangère de l’UE. Dans l’influent quotidien français, Le Monde, on a pu lire que Mme Ashton n’était pas à la hauteur et qu’elle ne possédait de manière générale pas les compétences pour ce poste.

Human Rights Watch, une ONG, a attaqué Mme Ashton pour son « approche mielleuse » qui consiste à permettre aux intérêts commerciaux et énergétiques d’éclipser les préoccupations relatives aux droits de l’Homme.

Son « dialogue et sa coopération sereins apparaissent souvent comme une connivence » avec les violations des droits de l’Homme, affirme le groupe dans son rapport annuel.

Point de non retour ?

Les six jours d’agitation ont causé la mort de 100 personnes en Egypte, mais la situation est arrivée dans l’impasse, selon Reuters. Les protestants refusent de partir et l’armée ne réagit pas.

Sur la place Tahrir, l’épicentre de la révolte, les protestants ont exclu les militaires désignés par M. Mubarak, ainsi que son vice-président et son premier ministre.

Ses promesses de réforme économique vouées à apaiser la colère du peuple envers la montée des prix, le chômage et les énormes inégalités entre riches et pauvres n’ont pas suffi à stopper l’appel à le pousser, avec ses associés, vers la porte de sortie.

Les protestants ont appelé à une grève générale lundi, et à ce qu’ils annoncent comme la marche « de protestation des millions » mardi, pour imposer la démocratie exigée par le peuple, qui pourrait signer la fin du régime militaire à la tête de l’Egypte post-coloniale depuis les années 1950.

Une coalition d’opposition égyptienne qui comprend le mouvement islamiste des Frères Musulmans s’est tourné vers Mohamed ElBaradei, ancien responsable de l’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU, pour former un gouvernement d’unité et entrer en contact avec les militaires.

M. ElBaradei a exhorté le président des Etats-Unis, Barack Obama, à demander le départ de M. Mubarak.

« Il est mieux pour le président Obama de ne pas apparaître comme le dernier à dire au président Mubarak qu’il est temps de partir », a-t-il confié à CNN.

Dans le même temps, les gouvernements ont pris des mesures aujourd’hui (31 janvier) pour ramener leurs citoyens d’Egypte dans des avions prévus ou affrétés.

Certaines entreprises européennes ou asiatiques ont commencé à évacuer leur personnel.

Des témoins ont raconté des scènes de chaos à l’aéroport du Caire, avec de nombreuses personnes, dont des Egyptiens, qui tentaient d’obtenir une place sur des vols opérationnels de plus en plus rares

Réactions : 

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a affirmé suivre l’évolution de la situation dans cette région avec beaucoup d’attention depuis les évènements tunisiens.

Il a tenu à exprimer sa plus grande compassion et ses condoléances aux familles et aux amis des victimes de ces violences.

Herman Van Rompuy se dit « profondément préoccupé par la spirale de violence, qui conduit à une situation rendant le dialogue encore plus difficile. Le respect des droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression, le droit de communiquer et la liberté d’association, ainsi que l’inclusion sociale sont des éléments constitutifs de la démocratie, pour lesquels le peuple égyptien, en particulier les jeunes, est en train de lutter. »

« L'histoire, a-t-il souligné, a démontré que l'usage de la violence ou une intervention militaire ne sont pas nécessaires pour mener des changements, qui doivent être opérés dans un esprit "constructif" et de dialogue. »

Il a donc appelé « à stopper les violences pour mettre un terme au bain de sang, à libérer les personnes emprisonnées ou placées en résidence surveillée pour des raisons politiques et également à mettre en marche le processus nécessaire de réformes. J’espère sincèrement que les promesses d’ouverture du président Moubarak vont se traduire par des actions concrètes », a-t-il conclu.

Dans une déclaration commune du premier ministre britannique, David Cameron, du président français, Nicolas Sarkozy, et de la chancelière allemande, Angela Merkel, publié le 26 janvier sur la situation en Egypte, on peut lire :

« Nous sommes vivement préoccupés par les évènements que nous observons en Egypte. Nous reconnaissons le rôle de modérateur qu’a joué le président Mubarak pendant de nombreuses années au Moyen-Orient. Nous lui demandons désormais de faire preuve de la même modération pour répondre à la situation actuelle en Egypte.

« Nous appelons le président Mubarak à éviter à tout prix l’usage de la violence contre les civils non armés et contre les manifestants qui exercent leurs droits de manière pacifique.

« Il est essentiel que les prochaines réformes politiques, économiques et sociales que le président Mubarak a promis soient pleinement et rapidement mises en place et correspondent aux attentes du peuple égyptien.

« Les droits de l’Homme et les libertés démocratiques, dont la liberté d’expression et de communication, l’utilisation de téléphones et d’Internet et le droit de réunion pacifique doivent être pleinement respectés. »

« Le peuple égyptien a des griefs légitimes et l’envie d’un futur meilleur et juste. Nous exhortons le président Mubarak à engager un processus de transformations qui devrait se traduire par un gouvernement pleinement représentatif et des élections libres et équitables.

Le 30 janvier, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a appelé à une « transition en douceur » vers la démocratie en Egypte, sans aller jusqu’à demander au président Hosni Mubarak de démissionner, mais en signalant que ces jours seraient peut-être comptés.

Cherchant à augmenter la pression sur M. Mubarak, M. Obama a consulté les dirigeants de l’Arabie saoudite, de la Turquie, d’Israël et du Royaume-Uni sur la nécessité pour le gouvernement égyptien de répondre aux intérêts de ses citoyens.

Les mots prononcés par Obama marquent une distanciation sans précédent de Washington par rapport à M. Mubarak, un allié essentiel des Etats-Unis depuis trente ans, qui se trouve désormais affaibli par six années de manifestations vouées à mettre fin à son régime autocratique déjà ancien.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton s’est également livrée à cet exercice d’équilibre délicat, tentant d’éviter d’abandonner complètement M. Mubarak tout en soutenant les protestants qui souhaitent obtenir des droits politiques plus étendus et exigent son départ.

En faisant le tour des journaux télévisés américains dimanche, Mme Clinton a déclaré que M. Mubarak doit s’assurer que les prochaines élections soient libres et justes, et tenir ses promesses de réforme, en ajoutant que le processus devrait avoir lieu progressivement pour éviter une prise de pouvoir par des extrémistes.

Alors que Mme Clinton a évité à plusieurs reprises les questions sur le bien-fondé du possible départ de M. Mubarak suite aux bouleversements politiques, elle a semblé suggérer que la patience de l’administration américaine à son égard s‘amenuisait et a accentué la pression pour qu’il ne desserre, voire ne renonce à son étau sur le pouvoir.

« Nous souhaitons voir une transition en douceur, de manière à ce que personne ne comble un vide, pour qu’un projet bien pensé aboutisse à un gouvernement de démocratie participative », a confié Mme Clinton à Fox News dimanche, au sixième jour des protestations contre le régime de M. Mubarak.

Le 28 janvier, la Commission internationale de juristes (CIJ) a appelé les autorités égyptiennes à mettre un terme à la violente répression des protestants qui manifestent pacifiquement et exercent leurs droits légitimes à la liberté d’expression et d’association.

La CIJ a également appelé les autorités à restaurer les communications Internet et de téléphonie mobile, dont l’accès a apparemment été largement bloqué, laissant les égyptiens sans moyen de communication entre eux et avec l’extérieur.

Contexte : 

Le Conseil des affaires étrangères de l’UE se réunit aujourd’hui, avec à l'ordre du jour la « révolution du jasmin » en Tunisie et la répression de l’opposition au Belarus, qui fait suite aux récentes élections présidentielles du pays.

Cependant, la révolution naissante en Egypte va très probablement éclipser la plupart des autres questions.

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