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La Russie et l’UE favoriseront une « interdépendance positive »

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Publié 20 décembre 2012, mis à jour 10 janvier 2013

Le président russe, Vladimir Poutine, devrait arriver aujourd’hui (20 décembre) à Bruxelles à l’occasion d’un sommet UE-Russie au cours duquel aucun accord ne devrait être conclu. Des diplomates de l’UE ont expliqué que l’objectif de la réunion était de promouvoir une « interdépendance positive » entre l’UE et son plus grand voisin. 

 

La visite de Vladimir Poutine s'inscrit dans le cadre d'avertissements clairs du Parlement européen, qui affirme que la Russie peut devenir un partenaire stratégique de l'UE seulement si elle partage et défend les valeurs fondamentales de l'Union.

Une résolution adoptée par les eurodéputés la semaine dernière appelle la Russie à mettre un terme au climat d'impunité, à la corruption endémique, ainsi qu'aux persécutions, aux arrestations et aux détentions pour des motifs politiques. Les autorités russes devraient également s'abstenir d'avoir recours à des mesures répressives contre l'opposition politique, ont-ils ajouté.

Des diplomates de l'UE et l'ambassadeur russe Vladimir Chizhov ont toutefois tenté mercredi (19 décembre) de transmettre un message selon lequel les relations étaient sur la bonne voie et les différences gérées de manière appropriée.

Des diplomates de l'UE ont souligné que le président du Conseil, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso, n’éviteraient pas la question épineuse des droits de l'Homme, mais qu'ils tenteraient plutôt de s'engager positivement aux côtés de Vladimir Poutine.

« Chaque sommet est une étape importante »

 

« Les sommets sont fondamentaux, c'est pourquoi nous les avons inventés, pour projeter nos relations vers l'avenir », a indiqué un diplomate de l'UE.

Les sommets UE-Russie sont organisés deux fois par an et celui de demain sera le 30e. M. Chizhov a déclaré que le sommet était une « sorte de jubilé ». Il a plaisanté lors de la conférence de presse en indiquant qu'il espérait entrer dans le livre Guinness des records, car il a participé à 27 de ces sommets. Le sommet de cette semaine commence jeudi par un dîner et se conclut vendredi.

Même si les réunions n'ont pas donné de résultats révolutionnaires, elles ont toutes constitué une étape importante, a-t-il expliqué. Il a souligné que son pays espérait que la réunion soit un « sommet de coopération, non de confrontation ».

États-Unis, UE, Russie : les piliers de la civilisation eurasienne

M. Chizhov a fait plusieurs fois allusion à « l'Eurasie » afin de décrire la géopolitique du monde dans lequel la Russie cherche une sphère d'influence similaire à celle bâtie par l'Union européenne au fil des décennies.

Selon lui, l'UE et la Russie sont les deux piliers principaux de la civilisation eurasienne, reliés non seulement par la géographie et les gazoducs, mais également pas une histoire et un patrimoine culturel communs. Il a ajouté un troisième pilier : les États-Unis, dont l'essence de la relation existante repose sur l'habilité à répondre conjointement à des questions communes.

Lors des sommets précédents, M. Chizhov avait fait pression en faveur de la conclusion rapide d'un nouveau traité de base entre la Russie et l'UE. Cette fois, il a affirmé que les négociations étaient en « pause technique » puisque la Russie ne peut pas faire progresser les négociations si l'UE ne formalise pas ses relations avec l'Espace économique commun qui regroupe le Bélarus, le Kazakhstan et la Russie. Les trois pays ont également créé une union douanière.

Les relations entre l'UE et la Russie sont confrontées à deux problèmes principaux dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) : une « taxe de recyclage » introduite pour les véhicules importés et une interdiction d'importation d'animaux vivants depuis l'Union européenne. M. Chizhov n'a pas cherché d'excuses, mais a indiqué que son pays « digérait encore » son adhésion récente. Il a également souligné que d'autres nouveaux membres, comme l'Ukraine, avaient demandé de modifier leur accord avec l'OMC pour des dizaines de raisons.

Le diplomate russe a indiqué que l'Ukraine était la bienvenue si elle souhaitait rejoindre l'union douanière entre le Bélarus, le Kazakhstan et la Russie, mais que son pays ne faisait pas pression sur Kiev. Il a cependant ajouté que l'Ukraine devait choisir parce qu'aucun pays ne peut être membre de deux unions douanières.

L'Ukraine a négocié un accord de libre-échange approfondi et complet avec l'UE et un accord d'association. Ces accords restent toutefois gelés tant que Bruxelles ne constate pas d' « action déterminée » dans un certain nombre de domaines, dont « des avancées sur l’approche en matière de justice sélective ».

La question des visas est l'un des points importants à l'ordre du jour des négociations du sommet. Vladimir Chizhov a clairement indiqué que du point de vue de Moscou, l'UE traînait les pieds, au détriment des citoyens russes et européens. L'abrogation de visas pour les détenteurs d'un passeport officiel pourrait constituer une petite avancée, a-t-il poursuivi, comme l'UE l'a déjà fait avec l'Ukraine et des « pays exotiques comme le Cap-Vert ».

Opposition à la libéralisation de l'énergie de l'UE

M. Chizhov a indiqué que la Russie n'appréciait pas le troisième paquet énergétique de l'UE. Vladimir Poutine a dénoncé ce paquet parce qu'il contraint Gazprom à donner accès à des tiers à ses gazoducs, principalement à South Stream, un nouveau couloir de gaz naturel qui relira la Russie à la Bulgarie en passant par la mer Noire.

M. Chizhov a ajouté que des consultations étaient en cours afin de trouver des exemptions aux règles de libéralisation de l'énergie de l'UE pour les gazoducs soutenus par Gazprom

Réactions : 

Le ministre estonien des affaires étrangères, Urmas Paet, a indiqué que la suppression de l'interdiction d'importations d'animaux vivants de l'Union européenne en Russie était « un point indispensable pour l'Estonie » lors du sommet UE-Russie, selon l'agence LETA.

En ce qui concerne le lancement des négociations sur une dispense de visa entre l'Union européenne et la Russie, M. Paet a indiqué qu'un dialogue en matière de visa associé à des étapes communes et un plan d'action devait d'abord être mis en oeuvre, ce qui permettrait la suppression des files d'attente aux frontières. Selon lui, une coopération sérieuse et des progrès dans la résolution des conflits gelés sont également attendus de la Russie.

« La Russie joue un rôle essentiel dans la résolution du problème de la Transnistrie et dans la restauration des relations avec la Géorgie. Le nouveau gouvernement géorgien a indiqué à maintes reprises qu'il souhaitait rétablir des relations avec la Russie », a ajouté le ministre estonien.

Des militants, dont un membre de l'équipe de juristes de Mikhail Khodorkovsky, le magnat du pétrole emprisonné, sont arrivés à Bruxelles afin de faire campagne contre les violations présumées des droits de l'Homme.

L’avocate qui défend M. Khodorkovsky, qui a préféré garder l'anonymat, a indiqué à EurActiv que l'arrestation du magnat du pétrole découlait de motifs politiques et s'appuyait sur de fausses accusations. Les tribunaux russes ont reconnu son client coupable. Elle a qualifié ce jugement de « farce ».

Un temps l'homme le plus riche de Russie, M. Khodorkovsky a été condamné à neuf ans de prison en mai 2005 pour avoir volé des milliards d'euros de pétrole à sa propre entreprise et blanchi les profits. Amnesty International le considère comme un prisonnier d'opinion.

Georgi Gotev - Article traduit de l'anglais

COMMENTS

  • Bravo pour cet article honnête qui résume bien les points de vue de chacune des parties, mis à part le dernier chapitre consacré à M. Khodorkovsky, qui ne fait état que de la position de la défense.

    By :
    rinocero
    - Posted on :
    20/12/2012
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
Contexte : 

Vladimir Poutine a triomphé lors des élections présidentielles russes le 4 mars dernier, mais ses opposants ont toutefois refusé de reconnaître ces résultats et ont affirmé qu'ils continueraient de manifester. Il s'agit du mouvement de protestation le plus important depuis l'arrivée de M. Poutine au pouvoir il y a 12 ans.

M. Poutine a déjà été président de 2000 à 2008 et est toujours resté l'homme fort du pays. En 2008, il a quitté le pouvoir pour faire place à son allié, Dmitri Medvedev, dans la mesure où il ne pouvait exercer un troisième mandat conformément à la constitution russe.

M. Poutine a alors occupé le poste de premier ministre. Les deux hommes ont échangé leur poste cette année.

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