Le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, se rendra à Damas demain (9 août) pour faire passer un message : la patience d'Ankara a des limites et le président syrien, Bashar al-Assad, risque de perdre le soutien de la Turquie, a rapporté le quotidien Hurriyet.
Jusqu'ici, Ankara s'était abstenue de demander la démission de M. Assad, arguant que la transition démocratique devrait avoir lieu sous son commandement.
Déjà confronté à des sanctions de la part des Etats-Unis et de l'Europe, M. Assad a vu son vieil ami, la Russie, se retourner contre lui. En outre, les pays arabes ont brisé des mois de silence en rejoignant les nombreux pays qui s'inquiètent de l'escalade de la violence.
Le président russe, Dmitri Medvedev, lui a dit qu'il devrait affronter un « triste destin » s'il ne mettait pas un terme aux violences et ne mettait pas en place des réformes rapidement.
Toutefois, la Russie, membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, s'est opposée à la prise d'une résolution demandée par l'Europe et les Etats-Unis qui aurait condamné les troubles en Syrie. Le Conseil de sécurité a alors publié une déclaration présidentielle le 3 août, exprimant de « graves inquiétudes » quant aux personnes qui perdaient la vie et au respect des droits de l'Homme dans le pays.
Les groupes de défense des droits de l'Homme affirment que la répression de près de cinq mois de manifestation a eu pour conséquence la mort d'au moins 1600 civils. De plus, la violence a ruiné des années de rapprochement progressif avec l'Occident et la Turquie voisine.
Au moins 100 manifestants anti-gouvernement ont été tués en Syrie hier dans la ville de Deir al-Zour à l'Est. Des fusillades ont été entendues dans la zone Al-Maidan de Damas, a rapporté Al Jazeera.
Isolement
Le résultat de la rencontre de M. Davutoğlu avec M. al-Assad déterminera la politique turque vis-à-vis de la Syrie, ont déclaré des représentants turcs, affirmant qu'Ankara était de plus en plus prête à abandonner le président syrien et à envisager des mesures internationales pouvant mener à son isolement, « comme ce fut le cas pour Saddam ».
« La procédure suivra son cours à partir de maintenant en fonction de la réponse que donnera [M. al-Assad] et les actes sur le terrain », a déclaré le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, samedi. « Notre patience a des limites... Nous ne considérons pas la Syrie comme une question extérieure. C'est une question intérieure pour nous. Nous partageons une frontière de 850 kilomètres, nous avons des affinités, des liens historiques et culturels... nous ne pouvons pas nous contenter de rester spectateurs ».
Néanmoins, en se retournant contre M. al-Assad, la Turquie risque de voir se détériorer les liens qu'elle entretient avec son voisin du Sud et qui se sont bien développés ces dernières années. Les troubles ont déjà entaché les liens commerciaux qui relient les deux pays et mené à l'exode de milliers de Syriens vers la Turquie.
Dans ce qui ressemblait à un avertissement à l'intention de M. al-Assad, M. Erdoğan a fait allusion samedi à l'homme fort d'Egypte déchu, Hosni Moubarak, qui a récemment comparu devant un tribunal du Caire, enfermé dans une cage et couché sur une civière.
« Ceux qui ont envoyé des dizaines de musulmans à l'échafaud ne sont plus sur leurs pieds à présent et voient leur avenir à partir d'une civière... Ceux qui ne tirent pas de leçon souffriront », a affirmé M. Erdoğan.




