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Le cauchemar d'Hiroshima hante à nouveau le Japon

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Publié 14 mars 2011, mis à jour 15 mars 2011

Hier (13 mars), le premier ministre japonais, Naoto Kan, a qualifié le tremblement de terre et le tsunami dévastateurs, qui ont engendré une crise nucléaire, de « pire catastrophe depuis la Seconde Guerre mondiale au Japon », lorsque les Etats-Unis avaient lâché des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

Naoto Kan a déclaré que la situation à la centrale nucléaire de Fukushima, créée il y a 40 ans, restait inquiétante et que les autorités faisaient tout leur possible pour limiter les dégâts (voir « Background »).

Le gouvernement avait évoqué les risques d’une possible explosion du réacteur n°3, due à l'accumulation d'hydrogène dans l'enceinte contenant le réacteur.

Les ingénieurs travaillent sans relâche pour tenter de refroidir les barres de combustible. S'ils échouent, les enceintes qui contiennent le cœur du réacteur pourraient fondre, voire exploser, en rejetant des substances radioactives dans l'atmosphère.

Ce désastre a diminué la capacité de production nucléaire du pays d'environ un cinquième.  Les centrales thermiques ont également été fermées, forçant la troisième économie mondiale à opérer des coupures d'électricité périodiques pour économiser l'énergie.

Près de deux millions de foyers se sont retrouvés sans électricité au nord, selon le gouvernement, et environ 1,4 million de logements n'ont plus accès à l'eau courante.

Les partis au pouvoir et de l'opposition ont demandé une trêve pour permettre au gouvernement de se concentrer sur les conséquences de la catastrophe.

Un autre tremblement de terre ?

L'humeur s'est également assombrie suite à des déclarations d’experts, relayées par la presse, annonçant qu'il y avait 70 % de chance que le pays soit confronté à une nouvelle secousse destructrice d'ici mercredi.

Les étals de certains magasins étaient encore vides et de nombreuses lignes ferroviaires restaient hors d'usage lorsque les navetteurs de Tokyo sont retournés au travail après un week-end d'horreur.

Néanmoins, aucun signe de panique ne transparaît à Tokyo, la plupart des trains de banlieue fonctionnent et des centaines d'employés de bureau continuent de déjeuner à l'extérieur lors de leur pause de midi.

Les analystes affirment que le tremblement de terre pourrait retarder, mais pas empêcher une reprise économique modérée au Japon.

Des navires de guerre et des avions américains qui portent secours au pays se sont éloignés temporairement des côtes du Pacifique à cause de radiations de faible intensité issues d'une centrale nucléaire endommagée, a déclaré l'US Navy ce lundi.

La septième flotte américaine a qualifié cet éloignement de mesure de précaution.

Dans le même temps, les marchés calculent le coût de la catastrophe.

A cause du tremblement de terre qui a frappé la côte nord-est, les frais d'assurance pourraient atteindre 35 milliards de dollars, sans prendre en compte les ravages du tsunami, a déclaré AIR Worldwide, une société spécialisée dans l'évaluation des risques. Cela représente presque autant que les pertes subies par le secteur de l’assurance pour les catastrophes survenues dans le monde entier sur toute l’année 2010.

Une série de fabricants japonais de renom, comme Sony Corp., Toyota Motor Co. et Panasonic, ont stoppé leurs lignes de production, leurs efforts de relance étant entravés par les répliques du séisme.

« Les conséquences économiques semblent être plus importantes que ce que nous avions prévus au début », a déclaré Tom Byrne, vice-président senior chez Moody's Investor Service.

Impact sur l'industrie du nucléaire

Les efforts du Japon pour éviter la fusion complète du cœur du réacteur pourraient mettre à mal le secteur mondial de l'énergie nucléaire et ainsi faire dérailler des projets qui prévoient la construction de dizaines de nouvelles centrales et diminuer la demande en uranium pour les alimenter.

Le pire accident nucléaire depuis Tchernobyl en 1986 pourrait entraîner une chute vertigineuse des parts du marché des constructeurs de centrales nucléaires comme General Electric, son partenaire japonais Hitachi et Areva en France, alors que les investisseurs envisagent la possibilité d'une renaissance du secteur.

Toutefois, certains experts et fonctionnaires insistent sur la spécificité du cas japonais où l'incident nucléaire résulte du tsunami et non du tremblement de terre en lui-même.

Le PDG de General Electric Co. (GE.N), Jeff Immelt, a déclaré lundi qu'il était trop tôt pour définir l'impact que la crise nucléaire au Japon aurait sur l'industrie nucléaire.

 (EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv)

Réactions : 

« Le tremblement de terre mettra beaucoup de choses en suspens. Le PIB va en pâtir, les interruptions de courant mèneront à une contraction importante de la production », a déclaré Janwillem Acket, économiste en chef chez Julius Bär.

Il a estimé que l'impact de la catastrophe serait ressenti pendant deux trimestres mais qu'elle ne replongerait pas l'économie japonaise dans une récession.

« Nous savons que les finances publiques sont déjà fragiles, beaucoup plus faibles que lors du tremblement de terre de Kobe. Il y a des pressions pour une hausse d'impôts d'urgence. Mais je ne pense pas que l'économie replongera dans une récession ».

« Lorsqu'on parle de catastrophe naturelle, nous avons tendance à observer une première chute dans la production […] et puis il y a souvent un rebond en V. Mais au départ, tout le monde sous-estime la catastrophe », a expliqué Michala Marcussen, responsable Global economics pour la Société Générale.

Bank of America Merrill Lynch prévoit que les zones touchées par le séisme représenteront jusqu'à 7,8 % du PIB du Japon, en comparaison avec 12,4 % pour les régions affectées par le tremblement de terre de Kobe.

« Il faudra un certain temps avant que les fabricants japonais ne retrouvent la confiance des investisseurs. Pour le séisme de Kobe, il a fallu environ une semaine pour obtenir une image globale de l'ampleur des dégâts », a expliqué Toshihiko Matsuno, stratège senior chez SMBC Friend Securities, faisant référence au séisme de 1995 qui avait fait plus de 6000 victimes.

« Aujourd'hui, il est très difficile de savoir de quelle manière les coupures de courant affecteront la production des fabricants et les entreprises ».

L’Autriche a demandé que des tests soient effectués sur les centrales nucléaires en Europe pour évaluer leur résistance aux désastres naturels dans le cas d’un incident majeur au Japon suite au séisme de vendredi.

Le ministre de l’environnement, Nikolaus Berlakovich, a affirmé que lundi, il exhorterait l’UE à effectuer « des simulations de crise sur les centrales nucléaires ». Celles-ci devraient inclure « la sécurité des centrales nucléaires dans l’éventualité d’un séisme et l’état de leur système de refroidissement et du confinement de leurs réacteurs », a-t-il dit.

« Nous voulons que la sécurité soit revue, sans quoi il faudrait fermer la centrale », a-t-il ajouté.

Danger: Fukushima nuclear plant
Contexte : 

Plus de 10 000 personnes pourraient avoir perdu la vie lors du tsunami déclenché par le séisme de magnitude 8,9 qui a ravagé les côtes et rasé des villes entières. Il s'agit du plus important tremblement de terre depuis 140 ans au Japon, date à laquelle les autorités ont commencé à établir des archives sur ce type de catastrophe.

En termes de magnitude, il s'agit du cinquième plus violent séisme enregistré depuis 1900. Il surpasse celui de Kantô, survenu le 1er septembre 1923 et d'une magnitude de 7,9, qui avait tué plus de 140 000 personnes dans la région de Tokyo. Plus récemment, le tremblement de terre de Kobe a fait 6 000 victimes.

Les séismes font partie du mode de vie japonais puisqu’ils surviennent environ toutes les cinq minutes dans cette région du monde. Les bâtiments sont, conformément à la loi, construits pour résister à de violentes secousses.

Mais ce tremblement de terre était d'une toute autre ampleur et a laissé 127 millions de japonais abasourdis et déconcertés.

Le tsunami, un mot japonais signifiant « port vague », a déferlé sur les villes, emportant tout sur son passage. Un grand navire de fret s’était malencontreusement échoué dans les rues de Kesennuma, dans la province de Miyagi, très touchée par la catastrophe. Un avion démoli piquait du nez dans les décombres de maisons sur le port de Sendai.

La situation a encore empiré lorsqu'une explosion d'hydrogène a soufflé le toit du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fukushima samedi. Les autorités ont évacué 140 000 personnes et se démènent pour éviter la fusion du réacteur.

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