Les dirigeants réunis hier (20 septembre) à Bruxelles ont souligné l'interdépendance croissante de leurs économies. Les échanges commerciaux ont en effet doublé ces huit dernières années, ce qui fait de la Chine le second partenaire commercial de l'UE. Cette année, l'Europe est également devenue la destination principale des investissements chinois à l'étranger.
« La Chine et l'Union européenne sont extrêmement complémentaires d'un point de vue économique », a affirmé le premier ministre, Wen Jiabao, à l’issue du sommet des affaires UE-Chine.
L'année dernière, les entreprises chinoises ont investi 7,9 milliards d'euros en Europe. Au cours du premier semestre de 2012, les investissements chinois ont atteint 5,4 milliards d'euros, soit une augmentation de 63 % par rapport à l'année dernière.
Bien que les dirigeants économiques aient fait état de leur préoccupation concernant les politiques d’exportations et les pratiques commerciales de Beijing, Jürgen Thumann, le président de BusinessEurope, a appelé au maintien de marchés ouverts et au respect de conditions de concurrence justes.
« Nous devons négocier un traité d'investissement avec la Chine. Une protection juridique fondée sur des règles et des réglementations internationales pour investir en Chine est nécessaire. C'est la priorité numéro un », a déclaré M. Thumann lors d'un entretien accordé à EurActiv.
Pistes pour un accord sur les investissements
Les dirigeants européens et chinois ont accepté d'intensifier leurs discussions techniques dans le but de « commencer dès que possible » à négocier un accord sur les investissements. Un changement de gouvernement est toutefois prévu en Chine et celui-ci ne sera pas mis en place avant l'année prochaine, ont expliqué des sources de l'UE à Beijing.
Alors que la Chine a considérablement ouvert son économie à la concurrence et a permis le développement d'un secteur privé dynamique, l'ombre de l'État plane toujours, que ce soit via les entreprises publiques, les procédures discriminatoires de marchés publics en faveur de la Chine ou les subventions de l'État.
Les entreprises européennes ont martelé que les limitations de l'accès au marché étaient de plus en plus fréquentes. « Nous devons mettre en place des conditions de concurrence justes pour les relations commerciales », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
L'UE a saisi toutes les opportunités pour inciter la Chine à réduire ses subventions accordées à l'industrie et à ouvrir ses marchés publics. Lassée que les appels d'offres chinois soient fermés aux entreprises européennes, Bruxelles a décidé de faire de même. Les États membres de l'UE pourront donc, dans le cadre d’appels d’offres, refuser des propositions de pays refusant d'ouvrir leurs marchés publics, notamment la Chine.
« Je suis convaincu que les échanges commerciaux doivent être libres et que les marchés publics doivent faire partie intégrante de l'ouverture des marchés commerciaux dans le monde. C'est bon pour les affaires et pour les consommateurs et cela apporte une valeur ajoutée à l'argent des contribuables », a récemment indiqué Karel De Gucht, commissaire européen au commerce.
Malgré les critiques formulées par Wen Jiabao, la Chine est bien consciente que son statut d'économie de marché est compromis.
Sauver l'euro
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a tenté de minimiser l’impression générale que l'Europe est en faillite et inefficace et que la zone euro n'est pas en mesure de résoudre la crise de la dette souveraine.
La Chine continuera à jouer son rôle dans la résolution de la crise de la dette par les voies appropriées, a déclaré le premier ministre chinois lors du sommet des affaires qui fait suite à des négociations politiques avec les dirigeants européens.
Lors de la réunion du G20 qui s'est tenue à Los Cabos, Beijing a promis d'accroître les ressources du Fonds monétaire international de 43 milliards de dollars (33 milliards d'euros) dans le but de créer une sortie de pare-feu financier.
« Ces derniers mois, la Chine a investi dans des obligations détenues par les gouvernements européens [...] et a discuté des manières de coopérer avec le mécanisme européen de stabilité (MES) », a ajouté le dirigeant chinois.
La Chine détient les réserves de change les plus importantes au monde, avec 3,24 mille milliards de dollars (2,48 mille milliards d'euros), dont 1/4 est libellé en euros, selon des analystes.
Intensifier la coopération sur l'ETS
Lors du sommet, quatre accords ont été signés sur l'innovation, la concurrence, l'espace et un programme de réduction des émissions de carbone.
Malgré la querelle permanente sur les émissions de l'aviation, Bruxelles et Beijing ont signé un accord de financement de 25 millions d'euros. Cet accord permettra à l'UE de participer au développement du système pilote d'échange de quotas d'émission de la Chine.
La commissaire européenne chargée de l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a déclaré que cet accord de financement était « une étape importante en faveur d'une coopération toujours plus étroite pour la mise en place d’un marché du carbone performant et international ».
« Il va de soi que la différence est énorme maintenant que la Chine veut elle aussi utiliser le marché du carbone pour réduire ses émissions de manière rentable et promouvoir les technologies à faible intensité carbonique », a-t-elle ajouté.
Dans le cadre de cet accord, Bruxelles proposera une aide technique de quatre ans dans le cadre de trois projets de réduction des émissions de carbone. Mise à part l'aide apportée en matière de conception et de développement des systèmes d'échange de quotas d'émission en Chine, d’autres projets visent à aider les villes chinoises à être plus efficaces dans l'utilisation des ressources, à réduire la pollution de l'eau et celle par métaux lourds, ainsi qu’à développer des mesures de traitement durable des déchets.
Concernant les négociations internationales sur le climat, des sources de l'UE ont indiqué qu'il n'y avait pas vraiment eu d'avancées majeures et que des différends restaient à régler. Les Chinois n'ont toutefois pas mis la querelle sur les émissions de l'aviation sur la table des négociations. Ils espèrent que le problème sera résolu par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). L'Organisation travaille à une alternative au système européen de réduction des émissions de l'aviation.




