EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Les dirigeants chinois et européens peinent à se mettre d’accord

Version imprimable
Send by email
Publié 21 septembre 2012, mis à jour 14 décembre 2012

Les dirigeants européens et chinois ont clôturé leur dernier sommet avec un différend commercial sur des subventions, un embargo sur les armes et l’état actuel de l’économie de marché en toile de fond. Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a affirmé que peu de progrès avaient été faits en substance, mais qu’ils continueraient d’avancer vers la conclusion d’un accord relatif aux investissements entre les deux puissances.

Les dirigeants réunis hier (20 septembre) à Bruxelles ont souligné l'interdépendance croissante de leurs économies. Les échanges commerciaux ont en effet doublé ces huit dernières années, ce qui fait de la Chine le second partenaire commercial de l'UE. Cette année, l'Europe est également devenue la destination principale des investissements chinois à l'étranger.

« La Chine et l'Union européenne sont extrêmement complémentaires d'un point de vue économique », a affirmé le premier ministre, Wen Jiabao, à l’issue du sommet des affaires UE-Chine.

L'année dernière, les entreprises chinoises ont investi 7,9 milliards d'euros en Europe. Au cours du premier semestre de 2012, les investissements chinois ont atteint 5,4 milliards d'euros, soit une augmentation de 63 % par rapport à l'année dernière.

Bien que les dirigeants économiques aient fait état de leur préoccupation concernant les politiques d’exportations et les pratiques commerciales de Beijing, Jürgen Thumann, le président de BusinessEurope, a appelé au maintien de marchés ouverts et au respect de conditions de concurrence justes.

« Nous devons négocier un traité d'investissement avec la Chine. Une protection juridique fondée sur des règles et des réglementations internationales pour investir en Chine est nécessaire. C'est la priorité numéro un », a déclaré M. Thumann lors d'un entretien accordé à EurActiv.

Pistes pour un accord sur les investissements

Les dirigeants européens et chinois ont accepté d'intensifier leurs discussions techniques dans le but de « commencer dès que possible »  à négocier un accord sur les investissements. Un changement de gouvernement est toutefois prévu en Chine et celui-ci ne sera pas mis en place avant l'année prochaine, ont expliqué des sources de l'UE à Beijing.

Alors que la Chine a considérablement ouvert son économie à la concurrence et a permis le développement d'un secteur privé dynamique, l'ombre de l'État plane toujours, que ce soit via les entreprises publiques, les procédures discriminatoires de marchés publics en faveur de la Chine ou les subventions de l'État.

Les entreprises européennes ont martelé que les limitations de l'accès au marché étaient de plus en plus fréquentes. « Nous devons mettre en place des conditions de concurrence justes pour les relations commerciales », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

L'UE a saisi toutes les opportunités pour inciter la Chine à réduire ses subventions accordées à l'industrie et à ouvrir ses marchés publics. Lassée que les appels d'offres chinois soient fermés aux entreprises européennes, Bruxelles a décidé de faire de même. Les États membres de l'UE pourront donc, dans le cadre d’appels d’offres, refuser des propositions de pays refusant d'ouvrir leurs marchés publics, notamment la Chine.

« Je suis convaincu que les échanges commerciaux doivent être libres et que les marchés publics doivent faire partie intégrante de l'ouverture des marchés commerciaux dans le monde. C'est bon pour les affaires et pour les consommateurs et cela apporte une valeur ajoutée à l'argent des contribuables », a récemment indiqué Karel De Gucht, commissaire européen au commerce.

Malgré les critiques formulées par Wen Jiabao, la Chine est bien consciente que son statut d'économie de marché est compromis.

Sauver l'euro

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a tenté de minimiser l’impression générale que l'Europe est en faillite et inefficace et que la zone euro n'est pas en mesure de résoudre la crise de la dette souveraine.

La Chine continuera à jouer son rôle dans la résolution de la crise de la dette par les voies appropriées, a déclaré le premier ministre chinois lors du sommet des affaires qui fait suite à des négociations politiques avec les dirigeants européens.

Lors de la réunion du G20 qui s'est tenue à Los Cabos, Beijing a promis d'accroître les ressources du Fonds monétaire international de 43 milliards de dollars (33 milliards d'euros) dans le but de créer une sortie de pare-feu financier.

« Ces derniers mois, la Chine a investi dans des obligations détenues par les gouvernements européens [...] et a discuté des manières de coopérer avec le mécanisme européen de stabilité (MES) », a ajouté le dirigeant chinois.

La Chine détient les réserves de change les plus importantes au monde, avec 3,24 mille milliards de dollars (2,48 mille milliards d'euros), dont 1/4 est libellé en euros, selon des analystes.

Intensifier la coopération sur l'ETS

Lors du sommet, quatre accords ont été signés sur l'innovation, la concurrence, l'espace et un programme de réduction des émissions de carbone.

Malgré la querelle permanente sur les émissions de l'aviation, Bruxelles et Beijing ont signé un accord de financement de 25 millions d'euros. Cet accord permettra à l'UE de participer au développement du système pilote d'échange de quotas d'émission de la Chine.

La commissaire européenne chargée de l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a déclaré que cet accord de financement était « une étape importante en faveur d'une coopération toujours plus étroite pour la mise en place d’un marché du carbone performant et international ».

« Il va de soi que la différence est énorme maintenant que la Chine veut elle aussi utiliser le marché du carbone pour réduire ses émissions de manière rentable et promouvoir les technologies à faible intensité carbonique », a-t-elle ajouté.

Dans le cadre de cet accord, Bruxelles proposera une aide technique de quatre ans dans le cadre de trois projets de réduction des émissions de carbone. Mise à part l'aide apportée en matière de conception et de développement des systèmes d'échange de quotas d'émission en Chine, d’autres projets visent à aider les villes chinoises à être plus efficaces dans l'utilisation des ressources, à réduire la pollution de l'eau et celle par métaux lourds, ainsi qu’à développer des mesures de traitement durable des déchets.

Concernant les négociations internationales sur le climat, des sources de l'UE ont indiqué qu'il n'y avait pas vraiment eu d'avancées majeures et que des différends restaient à régler. Les Chinois n'ont toutefois pas mis la querelle sur les émissions de l'aviation sur la table des négociations. Ils espèrent que le problème sera résolu par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). L'Organisation travaille à une alternative au système européen de réduction des émissions de l'aviation.

Réactions : 

Le président de BusinessEurope, Jürgen Thumann, a déclaré : « La Chine est déjà le second partenaire commercial de l'UE et son marché d'exportation qui croît le plus rapidement. Les entreprises européennes prennent plaisir à faire des affaires en Chine et avec elle. L'UE et la Chine doivent se reposer sur des partenariats en faveur de la croissance. Mais ces partenariats ne fonctionnent que s'ils sont bénéfiques pour toutes les parties impliquées. Un dialogue économique fort qui lève les obstacles liés au commerce et aux investissements est crucial pour les relations UE-Chine. »

« Face aux incertitudes auxquelles nous sommes confrontés dans notre région, nous, les Européens, aimerions envoyer un signal fort : les relations UE-Chine restent décisives pour surmonter la crise actuelle. Malgré les discordes, nous devons poursuivre le dialogue, éviter toute tentation protectionniste, et créer les conditions nécessaires à des relations commerciales harmonieuses et équilibrées pour les entreprises chinoises et européennes, particulièrement les plus petites », a ajouté Arnaldo Abruzzini, secrétaire général d'Eurochambres.

Davide Cucino, président de la Chambre européenne de commerce a indiqué : " Plus que jamais auparavant dans l'histoire moderne, l'économie mondiale dépend de la coopération entre l'Europe et la Chine. Le climat d'investissement ouvert en Europe permet aux entreprises chinoises de se lancer sur un grand marché bien établi et de dégager des bénéfices directs qui peuvent aider l'Europe à sortir de la crise économique. Les entreprises européennes peuvent également être un catalyseur pour aider la Chine à tourner son économie vers une croissance durable fondée sur la qualité, sans doute le principal défi à relever aujourd’hui pour l’économie mondiale. Le thème de la coopération abordé aujourd'hui lors du sommet des affaires était donc pertinent. Stimuler l'investissement à l'étranger et une concurrence saine sur un marché ouvert est l'objectif le plus important pour une telle coopération. »

David Brewer, le président de l'Association des entreprises UE-Chine, a affirmé : « Le sommet des affaires d'aujourd'hui a, une fois encore, permis aux entreprises européennes et chinoises de se rencontrer et de discuter de questions d'intérêt commun. Des liens commerciaux et des investissements plus larges et plus étroits entre l'UE et la Chine sont possibles et seront bénéfiques pour nos citoyens. Maintenant, comme à tout moment dans l'histoire moderne, il faut que les entreprises stimulent la reprise économique. »

La collaboration mondiale en matière d'innovation créera un marché mondial. Il est donc nécessaire d'atteindre cet objectif pour que le potentiel du marché soit plus ouvert et plus important.  Une norme internationale sur la coopération est donc essentielle, a précisé Leo Sun, président du département des affaires européennes de l'entreprise de télécommunication Huawei.

« Prenons l'exemple du marché du cloud computing. Dans 10 ans, ce marché sera 100 fois plus important qu'aujourd'hui. Mais il n'est pas encore réglementé aujourd'hui. L'interopérabilité et la portabilité ne sont pas soutenues. Nous devons collaborer pour accélérer le processus de normalisation pour que chaque pays et entreprise puisse investir davantage et profiter de cette croissance », a-t-il ajouté.

Daniela Vincenti - Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Les relations entre l'UE et la Chine ont été établies en 1975 et sont régies par l'accord de commerce et de coopération de 1985 ainsi que par sept autres accords contraignants. Outre la réunion annuelle entre les dirigeants, les trois piliers principaux sont le dialogue économique et commercial de haut niveau (2007), le dialogue stratégique (2010) et le dialogue interpersonnel de haut niveau (2012).

La Chine est devenue la troisième économie mondiale, après l'UE et les États-Unis. Les échanges commerciaux et financiers entre l'UE et la Chine au cours des 10 dernières années ont considérablement renforcé l'interdépendance économique des deux puissances. L'UE est le premier partenaire commercial de l'empire du Milieu, qui est à son tour son second partenaire commercial principal.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Global Europe News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Global Europe Promoted

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité