La solidité de ces relations a été ébranlée par la décision de Bruxelles la semaine dernière d'ouvrir une enquête antidumping sur les panneaux solaires chinois. Si la Chine est reconnue coupable, les entreprises chinoises pourraient voir leurs exportations de panneaux solaires soumises à des droits de douane dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce et du droit européen.
Lors de sa récente visite en Chine, la chancelière allemande Angela Merkel a incité les autorités chinoises et européennes à résoudre le problème par le biais d'un dialogue plutôt que par des mesures de répression qui pourraient entraîner une guerre commerciale.
« Les arguments économiques en faveur de droits antidumping sur les panneaux solaires sont faibles » a déclaré Guy de Jonquières, chargé de recherches à l'European Centre for International Political Economy (ECIPE). « Ce sont des produits à faible valeur technologique fabriqués en série et une guerre des prix féroce contraint même les fabricants chinois à passer dans le rouge. De plus, pénaliser les importations empêcherait les consommateurs européens de bénéficier de prix concurrentiels. »
« Ce n'est pas le genre de secteur dans lequel l'Europe a un avenir durable à long terme », a précisé M. de Jonquières.
Il a ajouté que si Bruxelles espère intimider la Chine, son offensive est mal tombée. La capitale chinoise est en effet confrontée à un ralentissement de la croissance et à une transition de pouvoir difficile.
« Ce sommet se déroule en amont d'un changement de pouvoir très attendu en Chine. Les conséquences sur les relations entre l'UE et la Chine seront lourdes », ont constaté des sources de l'UE. Elles font notamment allusion au prochain congrès du parti communiste qui modifiera la hiérarchie du pays.
Maintenant plus que jamais
M. de Jonquières a expliqué qu’il s’agissait du moment décisif pour que l'UE s’exprime de manière ferme,cohérente et constructive face à la Chine.
La crise de la zone euro a en effet accru l'influence de la Chine. Suite au ralentissement de son économie intérieure, le pays est devenu un marché indispensable pour de nombreuses entreprises européennes tandis que Bruxelles a tenté plusieurs fois de s'assurer l'aide financière de Beijing pour enrayer la crise.
Depuis que les liens bilatéraux entre l'UE et la Chine ont été établis il y a 37 ans, les échanges commerciaux sont passés d'une valeur de 4 milliards d'euros en 1978 à 428 milliards d'euros en 2011.
Aujourd'hui, l'UE est le premier importateur de biens chinois et le second exportateur vers la Chine, après le Japon. L'empire du Milieu est le second partenaire commercial de l'Union après les États-Unis, et devrait bientôt dépasser les Etats-Unis.
L'Europe est l’une des cinq sources principales d'investissement direct étranger en Chine (17,8 milliards d'euros en 2011). L'investissement de la Chine en Europe a augmenté rapidement depuis la crise de 2008 pour atteindre 3,1 milliards d'euros en 2011.
La Chine constitue un grand potentiel pour les entreprises européennes, mais un certain nombre d’obstacles entravent les relations commerciales, notamment en raison des subventions importantes accordées aux entreprises chinoises ainsi que des règles et des pratiques discriminatoires (sur les marchés publics par exemple).
Subventions et matières premières
Beijing soutient le développement des industries énergivores en subventionnant l'énergie et les matières premières. Les subventions accordées par le biais de prêts avantageux et d'alliances politiques et industrielles à l'échelle locale établissent une discrimination en faveur des entreprises publiques en Chine, explique BusinessEurope dans sa dernière évaluation des perspectives commerciales entre l'UE et la Chine.
Jusqu'à la semaine dernière, l'UE et la Chine auraient pu se mettre d'accord sur un ensemble de mesures de collaboration dans les domaines de l'économie, du commerce, de l'énergie, du développement durable.
Au cours d'un déjeuner avec des journalistes, l'ambassadeur chinois, Wu Hailong, a déclaré qu'une consultation active était toujours en cours et qu'il espérait qu'un accord serait trouvé puisque ce serait le dernier sommet auquel participe le premier ministre, Wen Jiabao.
Les dirigeants européens et chinois comptent lancer un dialogue sur l'innovation, un forum de discussion qui devrait être organisé tous les ans en amont du sommet UE-Chine.
Ils signeront également un protocole d'accord pour coopérer sur l'application de la loi antimonopole qui vise à renforcer l'échange de points de vue sur la législation en matière de concurrence.
Bien qu'aucun résultat concluant ne soit attendu, les dirigeants européens et chinois doivent ouvrir la voie au renforcement de leurs relations. Les entreprises exigent une nouvelle stratégie de coopération. Un sommet économique UE-Chine aura lieu en marge du sommet politique.
Des journalistes interdits d'accès
Dans le même temps, des journalistes sont restés sans réponse lorsque la conférence de presse qui suit habituellement les rencontres bilatérales a été annulée.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et Wen Jiabao devaient y participer.
La Chine a insisté pour recevoir une liste des journalistes présents et avoir le droit de l'approuver, a déclaré un fonctionnaire de l'UE. L’Union a refusé.




