Les Etats-Unis ont affirmé que l'Iran constituait un « sujet de préoccupation fondamental en matière de blanchiment d'argent », tentant ainsi de dissuader les banques non américaines de traiter avec le pays. Le gouvernement américain a également mis sur liste noire 11 entités suspectées d'avoir contribué aux programmes nucléaires iraniens et élargi ses sanctions pour viser les entreprises qui ont apporté leur soutien aux secteurs pétrolier et pétrochimique du pays.
Washington n'a cependant pas visé la banque centrale iranienne, dans la mesure où une telle mesure aurait pu l'isoler du système financier mondial, causer l'envolée des prix du pétrole et mettre en péril la relance économique européenne et américaine.
Dans le cadre d'une action coordonnée, la Grande-Bretagne a enjoint toutes les institutions financières britanniques de ne plus traiter avec leurs homologues iraniennes, y compris la banque centrale. Une source proche du dossier a affirmé que ces mesures ne viseraient pas directement le commerce du pétrole iranien.
Le Canada a déclaré qu'il interdirait les exportations de marchandises utilisées dans l'industrie pétrochimique, pétrolière et gazière en Iran et qu'il bloquerait la quasi-totalité de ses transactions avec le pays, y compris avec la banque centrale, à l'exception des Canadiens d'origine iranienne souhaitant envoyer de l'argent dans leur pays.
Sans toutefois prendre d'action concrète, la France a exhorté l'UE et les autres nations à immédiatement geler les actifs de la banque centrale iranienne et à suspendre les achats de pétrole iranien, qualifiant ces mesures de « sanctions d'une ampleur sans précédent ».
Pour leur part, certains diplomates ont affirmé que les gouvernements pourront aboutir à un accord préliminaire mardi, afin d'ajouter environ 190 Iraniens et entités à la liste de ceux visés par les gels d'actifs et les interdictions de voyager.
Ces nouvelles mesures européennes viseraient sans doute de nombreux secteurs, tels que le trafic maritime, et seraient formalisées lors d'une réunion des ministres des affaires étrangères le 1er décembre. D'autres discussions sur des mesures plus strictes pourraient néanmoins avoir lieu dans les jours à venir, ont ajouté les diplomates.
Cette série de déclarations est survenue en réponse à un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique publié le 8 novembre et qui a fourni des renseignements selon lesquels l'Iran aurait travaillé à l'élaboration d'une bombe atomique et pourrait toujours être en train d'effectuer des recherches dans ce domaine.
Ce rapport, les appels des législateurs américains à sanctionner la banque centrale iranienne et les suppositions des médias quant à une éventuelle action militaire d'Israël contre les sites nucléaires iraniens ont poussé le président américain, Barack Obama, à demander des sanctions plus strictes contre Téhéran.
La goutte ne fera pas déborder le vase
Certains analystes ont affirmé qu'ils ne pensaient pas que ces mesures dissuaderaient l'Iran de poursuivre son programme nucléaire qui, selon Washington et ses alliés, pourrait être une couverture pour la fabrication d'armes atomiques. L'Iran affirme que ses activités nucléaires sont tout à fait pacifiques.
« Est-ce la goutte qui va faire déborder le vase ? Non », a déclaré George Perkovich, le directeur du programme de politique nucléaire du Carnegie Endowment for International Peace, un groupe de réflexion de Washington.
L'éventail de mesures unilatérales prévues par les puissances occidentales reflète la difficulté de persuader la Russie et la Chine de ne pas opposer leur veto à d'autres sanctions décidées au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, bien qu'ils aient déjà apporté leur soutien aux quatre résolutions précédentes.
Le ministère russe des affaires étrangères a dénoncé les nouvelles sanctions américaines, les qualifiant d'« inacceptables et contradictoires avec le droit international », a fait savoir l'agence de presse Interfax.
« Personne n'y gagne »
Les sanctions américaines ont déjà compliqué la tâche de nombreuses entreprises pétrolières mondiales et de nombreux commerçants souhaitant obtenir des financements bancaires pour le commerce du brut iranien, dont moins du tiers va à l'Europe, le reste étant acheminé vers la Chine et l'Inde.
A Téhéran, le ministre du commerce, Mehdi Ghazanfari, a déclaré que ces sanctions frappaient l'économie iranienne et il a prévenu que ces dernières allaient à l'encontre de l'intérêt des pays occidentaux.
« Personne ne gagne à imposer ce genre de sanctions. S'ils n'investissent pas dans nos projets pétroliers, ils perdront un marché très attrayant », a affirmé M. Ghazanfari lors d'une conférence de presse en amont des déclarations britanniques et américaines.
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a souvent répété que ces sanctions n'avaient que peu d'effet et qu'elles renforçaient même parfois l'économie du pays en poussant l'Iran à trouver ses propres solutions pour relever ces défis.




