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L'UE et les Etats-Unis ont demandé la démission de Bashar al-Assad

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Publié 19 août 2011

Plusieurs pays, menés par l'UE et les Etats-Unis, ont demandé la démission du président syrien, Bashar al-Assad, affirmant qu'ils imposeraient des sanctions supplémentaires à ce régime qui « torture et massacre » son propre peuple, ce qui pourrait selon l'ONU être qualifié de crime contre l'humanité.

De manière coordonnée, la responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, Catherine Ashton, a demandé à Bashar al-Assad de démissionner, et a affirmé que l’UE se préparait à imposer de nouvelles sanctions à la Syrie.

Aux Nations Unies, l’Allemagne, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Portugal ont affirmé qu’ils commenceraient à rédiger un projet de résolution de sanctions du Conseil de sécurité envers la Syrie. « Nous pensons que l’heure est venue d’agir pour le Conseil », a déclaré aux journalistes Philip Parham, ambassadeur adjoint de la Grande-Bretagne à l’ONU.

Le président américain, Barack Obama, a demandé un gel des actifs du gouvernement syrien aux Etats-Unis, a interdit aux citoyens américains d’effectuer des opérations ou d’investir en Syrie et a interdit les importations de produits pétroliers syriens sur son territoire.

Si le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, a dit que Bashar al-Assad lui avait assuré mercredi que les opérations militaires étaient terminées, les activistes ont déclaré que les forces syriennes avaient poursuivi les raids à Deir al-Zor et encerclé une mosquée à Latakia jeudi.

« L’avenir de la Syrie doit être aux mains de son peuple, mais le président Bashar al-Assad leur barre la route », a déclaré Barack Obama. « Ses appels au dialogue et aux réformes sonnent faux lorsque l’on sait qu’il emprisonne, torture et massacre son propre peuple ».

Les enquêteurs de l’ONU pour les droits de l’Homme ont affirmé que les forces de Bashar al-Assad avait mené des attaques systématiques contre des civils, ouvrant souvent le feu à bout portant et sans avertissement, et commis des violations que beaucoup qualifient de crime contre l’humanité.

Un rapport de l’ONU publié à Genève fait état de plaintes déposées concernant des coups de feu tirés sans discrimination, des blessés achevés au couteau ou abandonnés dans les réfrigérateurs des morgues.

L’union pour la coordination de la révolution syrienne, un groupe d’activistes, a affirmé que les forces de sécurité avaient mitraillé une mosquée de Latakia, qui était encerclée par des véhicules blindés.

A New York, l’ambassadeur Bashar Ja'afari à l’ONU a accusé les Etats-Unis et les pouvoirs européens de mener une guerre « diplomatique et humanitaire » contre la Syrie en imposant des sanctions et en réclamant la démission du président.

Philip Parham a confié aux journalistes que les sanctions proposées par l’ONU impliqueraient un embargo sur les armes, des gels d’actifs et des interdictions de voyager. La Russie et la Chine ont toutefois jusqu’à présent opposé leur veto à des mesures concrètes contre Damas.

Intervention militaire ?

Nadim Shehadi, du groupe de réflexion londonien Chatham House, a affirmé que le changement de ton de Washington et de l’Europe était significatif, car il pourrait redonner du courage aux Syriens, qui avaient pu percevoir auparavant les appels à la réforme envoyés à Bashar al-Assad comme un signe de soutien à son égard.

« Les précédents messages de l’Occident à Bashar al-Assad étaient ambigus », a déclaré Nadim Shehadi. « L’Occident a maintenant touché à la source même de l’idée de son pouvoir, en  lui disant qu’on ne croit plus en lui et qu’il doit partir ».

Rosemary Hollis, maître de conférences sur les politiques du Moyen-Orient à la City University de Londres, a affirmé que cette action pourrait « ébranler le régime, ils vont se sentir très isolés ».

Beaucoup de temps pourrait toutefois s’écouler avant que les sanctions diplomatiques n'atteignent le président, qui a pris le pouvoir il y a 11 ans à la mort de son père, Hafez al-Assad, resté 30 ans à la tête du pays.

Il a jusque là ignoré les pressions internationales et survécu aux années d'isolement imposées par l’UE et les Etats-Unis, suite à l’assassinat en 2005 de l’homme d’Etat libanais Rafik al-Hariri, dont de nombreux pays occidentaux attribuent la responsabilité à Damas.

Malgré la surenchère rhétorique internationale, aucun pays ne propose de lancer une action militaire semblable à celle entreprise par l’OTAN pour venir en aide aux rebelles en Libye luttant contre Mouammar Kadhafi. Cette action les avait aidés à prendre le contrôle d’une bonne partie du pays.

Toutefois, l’économie syrienne, déjà touchée par une chute des revenus du tourisme, pourrait encore pâtir de la déclaration du président américain. Les sanctions des Etats-Unis vont rendre très difficiles pour les banques les transactions financières impliquant des  exportations syriennes de pétrole.

Les entreprises dans lesquelles les Etats-Unis sont très impliqués, telles que Shell, seront également dans une situation délicate s'agissant de continuer à produire du pétrole en Syrie, même si l’impact de la disparition de 380 000 barils syriens par jour de la production pétrolière serait relativement faible comparé à la Libye.

Bashar al-Assad a déclaré que les protestations émanaient d'une conspiration étrangère visant à diviser la Syrie et s’est engagé la semaine dernière à ce que son armée « continue à lutter contre les groupes terroristes ».

EurActiv with Reuters – Article EurActiv traduit de l’anglais

Réactions : 

Jerzy Buzek, le président du Parlement européen, a appelé les Etats membres à cesser toute activité avec le régime de Bashar al-Assad.

« Nos sanctions doivent être claires et efficaces. Nous ne pouvons pas laisser les revenus du pétrole, du gaz ou de toute autre énergie alimenter les violentes répressions du régime sur le peuple syrien. Notre responsabilité est de protéger la démocratie et les vies humaines », a-t-il ajouté.

Guy Verhofstadt, à la tête du groupe ALDE au Parlement européen, a critiqué la haute représentante Catherine Ashton et affirmé que l’UE devait mettre en place un embargo pétrolier.

« Durant des mois, nous avons, à plusieurs reprises, exhorté Mme Ashton à faire preuve de cohérence et d'interdire les importations de pétrole syrien. Les Etats-Unis ont annoncé aujourd'hui des 'sanctions sans précédent', ainsi qu'un embargo sur le pétrole et l'UE se retrouve une fois de plus à la traîne. Les Etats-Unis frappent fort alors que l'UE tergiverse et réfléchit quelles mesures supplémentaires prendre. C'est totalement inacceptable. La Syrie est à 10 000 km de Washington DC, mais à moins de 500 km de Chypre, un État membre de l'UE, mais l'UE a été incapable de présenter de véritables mesures afin de mettre en place des sanctions percutantes ».

Contexte : 

Les manifestations en Syrie ont commencé à la mi-mars et ont été inspirées par les soulèvements qui ont eu lieu en Egypte et en Tunisie.

Même si le président Bashar al-Assad a proposé de faire des concessions et de mettre en place des réformes, le gouvernement mène périodiquement des attaques contre la population. Les activistes affirment que plus de 1 500 civils et 350 employés de sécurité ont été tués depuis le début des manifestations.

Plus de 12 600 personnes ont été arrêtées et 3 000 sont portées disparues.

La répression du gouvernement n'a fait qu'intensifier les réclamations de l'opposition et nombreux sont ceux qui demandent à présent la démission du président.

Le 1er août, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, a annoncé le renforcement des sanctions contre la Syrie, sous la forme d'un gel d'actifs et d'une interdiction de voyager pour cinq Syriens liés aux actes violents de répression.

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