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Pourquoi la Chine veut une Europe forte

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Publié 20 septembre 2012, mis à jour 08 octobre 2012

Aujourd’hui, l’émergence croissante de la Chine est le premier argument en faveur de l’unification de l’Europe, écrit Pierre Defraigne.

Pierre Defraigne est le directeur de la Fondation Madariaga-Collège d’Europe et directeur général honoraire de la Commission européenne. Il est également membre du réseau ECRAN (Europe China Research and Advice Network).

"Il n’existe pas aujourd’hui de motif plus fort d’unifier l’Europe que la montée en puissance de la Chine. La menace soviétique s’est évanouie, le marché unique à épuisé sa dynamique de croissance, la perte de l’euro comporterait un coût énorme, mais à lui seul il ne justifie que des transferts de souveraineté, importants mais limités.

En revanche la Renaissance de la Chine modifie l’ordre économique et géopolitique mondial, car elle a entrainé les BRICS dans son essor irrésistible. Du coup, l’Europe et l’Amérique sont brutalement privées de la “rente occidentale” qui leur assurait jusque là le monopole des emplois manufacturiers et des prix bon marché pour l’énergie, les matières premières et la nourriture. Notre modèle social est touché de plein fouet. Il est à réinventer face à la crise grave qui pourrait avoir raison à la fois de notre démocratie, de notre unité et de l’ouverture de nos marchés, tellement critique pour la prospérité et pour la paix du monde. L’équilibre géopolitique est modifié : l’Amérique voit sa position hégémonique menacée, et dès lors l’Europe perd son protecteur attitré. Il lui faut penser à sa propre sécurité.

C’est le vœu chinois ! Wen Jiabao, un champion de la relation Europe-Chine est à Bruxelles ce 20 septembre pour son dernier Sommet en tête-à-tête avec Herman Van Rompuy et José-Manuel Barroso.

Il vient leur redire que la Chine a davantage besoin de l’UE comme telle, et d’un noyau fort en voie de constitution comme l’eurozone, pour équilibrer le monde multipolaire qui se dessine avec l’émergence des grands Etats continentaux – la Russie, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, le Nigéria – qui viennent s’ajouter à l’Amérique, à la Chine et à l’Europe. Mais cette dernière n’est pas encore unifiée, or elle est un acteur central potentiel dans le rapport de force stratégique. L’Europe, interpellée par la Chine, toutefois songe toutefois moins au pouvoir stratégique – une faiblesse insigne – qu’en termes de sa contribution à un ordre multilatéral plus juste, plus stable et plus soucieux du climat et de l’environnement.

Entretemps la Chine, à l’instar de l’Amérique et de la Russie, joue la rivalité entre les 'Trois Grands' européens – France, Allemagne, Royaume-Uni – qui se pressent à Pékin pour y faire leur marché et offrir leurs produits. Ils affaiblissent l’UE en l’instrumentalisant dans la compétition entre eux.

Mais la Chine n’est pas dupe. C’est une Europe forte et autonome qu’elle attend et cela pour pour trios raisons: d’abord l’écroulement de l’euro appauvrirait la Chine dont une partie des énormes réserves de changes sont libellées en monnaie européenne ; ensuite la division de l’UE qui s’ensuivrait , signerait le retour au protectionnisme en Europe, un facteur majeur de conflit économique avec la Chine; enfin une Europe stratégiquement faible serait un jouet dans les mains de la droite néo-conservatrice américaine qui pense le monde en terme de 'West against the Rest'. Ce courant existe aussi en Europe. Il est le fait des tenants d’un transatlantisme nostalgique et dépassé, qui n’ont pas perçu le virage Pacifique de l’Amérique et qui n’ont pas confiance dans le destin d’une Europe plus rassemblée et plus autonome.

Ce que la Chine, en voie de dépasser l’économie américaine dans les quinze ans et de l’égaler en puissance stratégique dans moins d’un demi-siècle, attend de l’EU, c’est d’abord qu’elle s’affirme comme un partenaire fort, autonome et fiable. Mais l’Europe doit redevenir aussi pour la Chine une source d’inspiration en reconstituant la crédibilité de son modèle social, en réussissant dans son ambition environnementale et en consolidant son rôle régional, facteur de stabilité pour la Russie et l’Asie Centrale d’un côté, pour le Moyen-Orient et l’Afrique de l’autre.

C’est que la Chine a beau être l’Empire du Milieu, c’est l’Europe qui, par la géographie est responsable de la stabilité du front occidental de l’Eurasie et, par l’Histoire, de la Méditerranée et de l’Afrique. Mais ici l’EU a perdu pied par ses propres défaillances dans le Printemps arabe et dans la stabilité et la modernisation de l’Afrique où la Chine prend pied avec succès."

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