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M. Rifkin : l'UE peut être leader mondial en matière de gouvernance « latérale »

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Publié 01 février 2011, mis à jour 01 avril 2011

L'UE est mieux placée que toute autre région du monde pour bâtir un réseau d'énergie, de transport et de communication qui créera un marché « latéral » et continental pour un milliard de personnes : voilà la prochaine étape de l'intégration européenne, selon Jeremy Rifkin, qui s'est confié à EurActiv dans un entretien exclusif.

M. Rifkin, économiste américain et célèbre auteur du livre acclamé « Le rêve européen », pense que le monde a atteint la limite de l’ère de la seconde révolution industrielle. La reprise économique mondiale entraîne l’augmentation des prix du pétrole et des denrées alimentaires, faisant naître des tensions sociales.

Le monde a atteint le plafond de la production pétrolière en termes de réserves par personne. Le système va de nouveau s’effondrer lorsque les prix du pétrole remonteront à 140 ou 150 dollars le baril, a affirmé M. Rifkin.

Selon l’économiste, cette phase finale a initié une troisième révolution industrielle, qui sera basée sur une infrastructure et une gouvernance énergétiques continentales.

La promotion des énergies renouvelables, la transformation chaque bâtiment en centrale énergétique, le développement de la capacité de stockage de l’hydrogène, l’adaptation de l’Internet et des technologies de communication ainsi que le développement les transports « connectés » constituent les cinq piliers d’infrastructures de la troisième révolution industrielle de M. Rifkin.

 « C’est comme le Wi-Fi : chaque ville et chaque région devient un nœud qui se connecte à tous les autres, en partageant un réseau énergétique collaboratif », a-t-il expliqué. « Vous savez ce qu’on dit : ‘les informations aiment être libres sur Internet’ ? ».  La troisième révolution industrielle aime fonctionner sans limite à travers les terres jusqu’à ce qu’elle atteigne les océans. »

M. Rifkin demande à intégrer l’UE et ses 500 millions de consommateurs à des « régions partenaires » à la Méditerranée et à l’Afrique du nord, pour ainsi ajouter 500 millions de personnes et créer un marché d’un milliard de consommateurs.

Selon lui, l’UE est idéalement positionnée pour être leader du XXIe siècle, mais elle ne le sait pas encore. « Ce qui est ironique, c’est qu’elle est si prêt du but mais qu’elle n’y est pas encore », a-t-il dit.

Mais certains y sont déjà. Aujourd’hui (1er février), au Parlement européen, les eurodéputés, tous groupes politiques confondus, les plus grandes associations commerciales européennes (UEAPME; Coop Europe) et les organisations de consommateurs (BEUC) vont signer une déclaration en faveur de la vision de M. Rifkin.

La coalition va appeler la Commission européenne et les leaders européens qui se réunissent vendredi à soumettre immédiatement un programme législatif complet pour débuter la transition de l’UE vers une économie post-carbone de la « troisième révolution industrielle »

« L’UE possède toutes les partitions de la symphonie mais elle manque d’un chef d’orchestre pour mener l’opéra », a déclaré M. Rifkin.

Oublier le G8 et le G20 : le futur réside dans les unions continentales

Selon l’économiste, la gouvernance mondiale ne tournera pas autour des structures actuelles, et ni même autour du plus récent groupe des vingt plus grandes économies.

« Je suis toujours amusé que l’on entende tous ces discours concernant le G20, le G8 et le G2, alors qu’une configuration politique complètement différente est en train d’émerger, dont personne ne parle : les unions continentales » a affirmé M. Rifkin, soulignant l’idée qu’elles constituent le cadre idéal pour l’infrastructure et les réseaux latéraux.

Il a expliqué qu’une Union asiatique se forme rapidement, selon les mêmes lignes que l’UE, et qu’on espère qu’elle sera en place d’ici 2014.

En regardant l’Union africaine, il a expliqué que l’UE contribuait à la renforcer puisqu’elle dépensait des centaines de millions d’euros pour financer des projets de création des infrastructures de la troisième révolution industrielle.

La même impression émane de l’Amérique du sud, où une union a été formé il y a deux ans à partir de l’ancien Mercosur et des unions andines, a-t-il confié, en ajoutant que le NAFTA (un accord commercial libre entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) n’est pas une union mais que des unions intra-continentales entre les Etats du nord des Etats-Unis et les provinces canadiennes sont en train de se former.

« L’UE possède l’énorme opportunité d’être leader d’un nouveau modèle de gouvernance. En même temps, elle peut intégrer son propre espace continental et créer un réseau homogène d’énergie post-carbone et de communication, sa gouvernance politique peut être un modèle pour créer des accords similaires avec d’autres unions », a expliqué M. Rikin.

De la géopolitique à la politique de la biosphère

L’économiste explique que la troisième révolution industrielle sera entrepreneuriale et collaborative. Mais elle nécessitera de passer de l’approche géopolitique à une politique basée sur la biosphère.

« La politique ‘biosphérique’ est une politique continentale. Elle nous donne une meilleure perception de notre appartenance à la famille humaine, en d’autres termes, en changeant de continents, nous n’abandonnons pas les nations, les régions, ni les villes mais elles deviennent toutes des nœuds des réseaux continentaux qui sont latéraux. Et cela donne la politique « biosphérique », a-t-il déclaré.

Alors que la géopolitique reflétait les marchés nationaux, les Etats nationaux et les carburants fossiles de la première et de la seconde révolution industrielle, la troisième va rendre chacun responsable de son petit nœud de la biosphère et les gens s’assureront une source d’énergie grâce au soleil, au vent et au sol, a-t-il continué.

« Mais nous partagerons l’énergie de manière collaborative dans des réseaux open-source entre les continents », a ajouté M. Rifkin.

En expliquant ce concept, M. Rifkin a déclaré que le système était basé sur la coopération, parce que les énergies renouvelables sont partout, sur chaque centimètre carré, mais nécessitent une intendance commune de la Terre.

« Il s’agit d’un changement générationnel, et ce que nous constatons, c’est que certains hommes politiques sont de la vieille école, centralisés, hiérarchiques, avec un approche, descendante, propriétaires, très fermés, et les autres, qui peuvent totalement traverser les lignes des partis et sont plus distributifs, ouverts, latéraux et possèdent une approche horizontale », a-t-il dit.

En citant quelques exemples d’endroits où la révolution a déjà commencé, M. Rifkin avance qu’il est fondamental de repenser l’éducation et de préparer les jeunes à établir des infrastructures distribuées, collaboratives et intelligentes, mais aussi de les préparer à un capital social décentralisé et collaboratif dans la société civile.

Pour lire cet article dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

Réactions : 

Cinq eurodéputés, les Portugaises Maria Carvhalho (Parti populaire européen) et Marisa Matias (GUE/NGL), l’Allemand Jo Leinen (Socialistes & démocrates), la Britannique Fiona Hall (ALDE) et le Luxembourgeois Claude Turmes (Verts/Alliance libre européenne), ont publié une « Déclaration de Bruxelles », appelant à une troisième révolution industrielle avec l’UEAPME, Cooperatives Europe, le BEUC et Jeremy Rifkin.

« Le sommet énergétique du 4 février doit ouvrir la voie à une nouvelle révolution industrielle dans la manière de produire, de transporter et de consommer l’énergie dans l’UE », ont exigé les eurodéputés issus de cinq groupes politiques différents.

L’UE dispose d’une « chance unique » de combiner la stratégie climatique avec des objectifs économiques et sociaux et des investissements sont d’ailleurs en attente d’un cadre politique, selon eux. Une stratégie basée sur cinq piliers pourrait fournir un leadership en matière de technologie, créer des millions d’emplois et réduire l’insécurité des importations d’énergie, ont-il avancé.

La priorité doit être donnée aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, et les voitures et les bâtiments ne doivent plus émettre de carbone et fournir des capacités de stockage de l’électricité, ont-il déclaré. La Commission européenne devrait présenter un projet complet pour une « troisième révolution industrielle » dans le secteur de l’énergie, ont déclaré les eurodéputés.

Andrea Benassi, secrétaire général de l’association de PME, l’UEAPME, voit la troisième révolution industrielle comme une « extraordinaire opportunité » pour les petites et moyennes entreprises, qui vont devenir « utilisatrices, installatrices et créatrices de nouvelles technologies, conseillères en matière d’efficacité énergétique et micro-génératrices d’énergie renouvelable ».

Les crises économique et climatique actuelles vont nous obliger à passer à ce nouveau système, qui doit être promu au niveau local, national mais aussi européen, a-t-il avancé.

Monique Goyens, directrice générale de l’organisation des consommateurs européens, le BEUC, a déclaré que cette révolution « deviendra une réalité seulement si l’énergie et les nouvelles technologies de la communication sont prises en compte par les consommateurs, les PME, les coopératives et les syndicats ».

« Les entreprises co-opératives sont issues de la première révolution industrielle et contribuent à créer une économie plus équitable et plus centrée sur les individus », a déclaré Klaus Niederländer, directeur de Cooperatives Europe.

« La troisième révolution industrielle est en accord avec ces principes de base, visant à créer un marché énergétique plus résistant et durable pour tous les citoyens d’Europe. Tous devrait pouvoir bénéficier de ces nouvelles technologies en participant activement à la co-création, la co-production et la co-diffusion », a-t-il indiqué.

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