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Vladimir Poutine gagne une bataille contre les opposants européens à South Stream

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Publié 25 février 2011, mis à jour 28 février 2011

En marge de la visite du premier ministre russe, Vladimir Poutine, à Bruxelles hier (24 février), Moscou a reçu la bénédiction de l'Union européenne pour organiser un évènement promotionnel à Bruxelles voué à exposer les avantages du projet de gazoduc South Stream, considéré comme un important concurrent du projet favori de l'UE, Nabucco.

Le ministre russe à l'énergie, Sergueï Shmatko, a confié à EurActiv en marge de la visite de M. Poutine qu'il s'était mis d'accord avec le commissaire européen en charge de l'énergie, l'Allemand Günther Oettinger, sur l'organisation en avril prochain d'une présentation du projet de gazoduc South Stream à Bruxelles.

M. Shmatko a ajouté que cet évènement promotionnel aurait lieu à la Commission européenne et que de nombreuses personnalités y prendraient part, dont les ambassadeurs des pays participants ainsi que les représentants des entreprises qui font partie du projet et celles qui s'y intéresseraient. « Je pense que ce sera un évènement très intéressant », a-t-il dit à EurActiv.

La porte-parole du commissaire Oettinger, Marlene Holzner, a confirmé que l'accord avait été conclu, ajoutant qu'elle devait encore vérifier si l'évènement aurait bel et bien lieu au sein de l'exécutif de l'UE.

M. Shmatko a déploré que South Stream ne bénéficie pas du même statut que Nord Stream, l'autre grand gazoduc du géant de l'énergie russe, Gazprom, qui est déjà en construction et devrait approvisionner l'Allemagne en gaz russe.

La nature paneuropéenne de Nord Stream est mise en valeur par le statut de son projet qui entre dans le cadre des orientations pour les réseaux transeuropéens d'énergie. Ce statut a été confirmé en 2006.

Devant la presse européenne à Bruxelles, M. Poutine a affirmé que si Nord Stream et South Stream étaient opérationnels, le risque d'interruption de l'approvisionnement énergétique en Europe serait grandement réduit.

Commentant la crise libyenne et l'envolée des prix du pétrole, qui selon ses experts atteindraient bientôt les 220 dollars le baril, M. Poutine a réfuté l'accusation selon laquelle son pays, le second plus grand exportateur de pétrole, se réjouirait des derniers évènements.

M. Poutine a déclaré que les industries russes, surtout celles qui dépendent fortement des exportations comme le secteur chimique, devraient réduire leur production à cause de la conjoncture. « Tout est lié. Nous espérons que cela n'arrivera pas », a-t-il déclaré.

Appel à des accords à long terme

M. Poutine a vivement défendu la conclusion d'accords à long terme sur les livraisons de gaz russe dans l'UE, ainsi que la signature d'une « feuille de route » sur l'approvisionnement de gaz naturel jusqu'en 2050 avec l'Union européenne.

Le premier ministre russe a déclaré que ce n'était pas dans l'intérêt de l'UE de modifier l'actuel système de paiement du gaz qui s'effectue dans le cadre de contrats à long terme pour des ventes sur le marché spot comme le demandait récemment E. ON Ruhrgas AG.

« Aujourd'hui, les prix sur le marché spot sont encore plus élevés que ceux des contrats à long terme. Je suis convaincu que les intérêts fondamentaux des économies européennes pour l'avenir résident dans des contrats stables de longue durée », a expliqué M. Poutine.

Actuellement, les autorités allemandes n'acceptent pas que le transport du gaz russe soit effectué par des sociétés russes, prétextant les termes du troisième paquet sur l'énergie.

L'entreprise allemande fonde son argumentation sur le troisième paquet de propositions visant à libéraliser davantage le marché européen de l'énergie, selon lequel les exportateurs de gaz devraient vendre leur gaz aux frontières de l'UE.

Vladimir Poutine a affirmé qu'il avait essayé d'expliquer à ses interlocuteurs que le troisième paquet sur l'énergie n'améliorerait pas, mais au contraire aggraverait les conditions de travail des entreprises russes qui opèrent sur le marché européen. Il a ajouté que cela résulterait en des prix plus élevés pour les consommateurs européens.

« Faisons connaître notre position au grand public. Il n'y a pas de secret. Vous nous dites : vendez aux portes de l'UE, laissez le marché du transport à d'autres entreprises. Ce marché du transport est très peu rentable, de 8 à 10 %, et si de petites entreprises s'en chargent, les prix augmenteront », a mis en garde M. Poutine.

Des discussions énergiques

Le premier ministre russe a également affirmé que le troisième paquet sur l'énergie équivalait à une confiscation de biens. En effet, la Lituanie prévoirait de diviser en deux parties la compagnie de gaz Lietuvos Dujos, détenue par l'Etat et dans laquelle Gazprom détient des parts. L'entreprise comporterait dès lors une filiale pour le transport et un autre pour le commerce, cette dernière restant aux mains du gouvernement. Gazprom est persuadé que le gouvernement lituanien cherche simplement une excuse pour nationaliser l'entreprise.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a insisté sur le fait que le troisième paquet sur l'énergie n'était pas discriminatoire dans la mesure où l'UE avait demandé à des sociétés étrangères d'appliquer les mêmes règles que celles qui s'appliquent aux entreprises dans les Etats membres.

M. Barroso a admis que certains pays de l'UE avaient adopté le plus strict des trois modèles possibles de dégroupage, qui implique de séparer complètement la production de la distribution. « Je comprends la raison pour laquelle le premier ministre Poutine se montre si vif sur cette question, mais notre législation n'est pas discriminatoire. Elle s'applique aussi aux entreprises norvégiennes et européennes », a déclaré M. Barroso.

Dans le cadre du modèle le plus strict de dégroupage, les fournisseurs devraient vendre leur gaz à des entreprises de transport. La deuxième possibilité est que les entreprises ne soient pas divisées mais qu'un opérateur indépendant se charge du transport dans un seul pays. Enfin, la troisième possibilité n'implique pas non plus la division de l'entreprise, mais qu'un conseil spécial prenne la responsabilité d'un processus de prise de décision « indépendant ».

M. Barroso a insisté sur le fait que le troisième paquet sur l'énergie comportait des instruments visant à répondre à certaines des inquiétudes exprimées par la Russie. Il n'a pas développé.

Un porte-parole de la Commission a expliqué que neuf pays de l'UE avaient opté pour le modèle de dégroupage le plus strict mais a refusé de les nommer.

Le ministre russe à l'énergie, M. Shmatko, a dit à EurActiv que le commissaire Oettinger avait déclaré qu'il était possible d'« interpréter » le troisième paquet sur l'énergie.

Il a également donné une idée de quelle pourrait être cette interprétation : « Il n'est pas très contradictoire que certaines exceptions soient faites pour les gazoducs transnationaux. Ils pourraient être considérés comme faisant partie d'un système de transport transnational. Et nous pourrions exclure la possibilité d'acteurs tiers interférant dans des segments du territoire de l'UE à court terme », a expliqué M. Shmatko.

M. Shmatko a affirmé que la Russie avait fait des propositions similaires à la Commission et qu'il espérait que tout le monde se mette d'accord d'ici juillet.

Ne pas interférer dans les affaires nationales

M. Poutine a également fait savoir que le message de l'Occident ne devrait pas interférer dans les affaires des autres pays, faisant évidemment allusion au fait que cela s'appliquait aussi à la Russie où des élections législatives auront lieu en décembre.

Il a déclaré que l'Occident avait échoué en soutenant l' Ayatollah Khomeini, qui a vécu à Paris jusqu'en 1979, ainsi que les élections dans les territoires palestiniens qui furent remportées par le Hamas.

« Donnez aux gens la possibilité de déterminer leur avenir, à leur manière, sans interférence extérieure », a-t-il demandé.

M. Barroso n'a pas mentionné les droits de l'Homme en Russie dans sa déclaration et a simplement laissé entendre qu'ils « pourraient ne pas être complètement d'accord » sur ce sujet. Les journalistes n'ont pu poser que quelques questions et aucune n'abordait le thème des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en Russie.

M. Barroso a décrit la visite de Vladimir Poutine à Bruxelles comme « la plus grande réunion exécutif à exécutif que la Commission ait jamais eue ». Selon ses propres mots, 13 ministres russes y ont participé aux côtés de « presque toute la Commission ».

Contexte : 

South Stream est un projet de pipeline de gaz naturel contournant l'Ukraine, se déployant sous la Mer Noire vers la Bulgarie, avec une branche vers la Grèce et l'Italie et une autre vers la Roumanie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l'Autriche. La Russie a récemment annoncé sa volonté de doubler les capacités prévues de 31 milliards de mètres cubes par an (mmc/a) à 63 mmc/a.

Selon le site officiel du projet, South Stream a pour but de « renforcer la sécurité énergétique européenne » en éliminant les « risques liés au transport » grâce à « un autre pas vers l'exécution de la stratégie de Gazprom visant à diversifier les itinéraires de livraison du gaz naturel russe ».

Par conséquent, Gazprom considère South Stream non pas comme un concurrent mais comme le meilleur projet du corridor sud pour le gaz dans l'UE.

L'itinéraire prévu de South Stream démarre de la station de compression de Pochinki sur la côte russe de la mer Noire. La partie offshore du gazoduc, qui est d'une longueur d'environ 900 km et d'une profondeur maximale de 2000 m, connectera les côtes russes et bulgares sous la mer Noire. La société pétrolière italienne Eni est le partenaire de Gazprom dans la construction de la partie offshore de South Stream.

Pour la section sur la terre ferme, Gazprom affirme qu'il y a « plusieurs routes possibles à travers les Etats membres et qu'elles sont analysées en ce moment ».

Tout comme Nabucco, South Stream devrait être terminé pour 2015.

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