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Angela Merkel pourrait boycotter le championnat d’Europe de football en Ukraine

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Publié 30 avril 2012, mis à jour 02 mai 2012

La chancelière allemande, Angela Merkel, pourrait annuler sa visite en Ukraine prévue pour le championnat d’Europe de football en juin prochain, si l’ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko n’est pas libérée de prison d’ici là. C’est ce qu’a rapporté le quotidien Der Spiegel hier (29 avril).

« Si Mme Timochenko n'est pas libérée avant le début de l'Euro 2012 en juin, les footballers allemands joueront sans doute sans que Mme Merkel ne soit présente », affirme le magazine sans citer de sources.

En octobre dernier, l’Union européenne avait considéré que l'incarcération de Mme Timochenko était motivée par des raisons politiques et critiqué sa condamnation (voir « contexte »). L'Ukraine organise en collaboration avec la Pologne le championnat de football qui se déroulera entre le 8 juin et le 1er juillet.

Mme Merkel assiste habituellement aux matchs importants de l'équipe nationale allemande, rapporte Reuters. Selon Der Spiegel, si Mme Merkel refusait de se rendre en Ukraine, d'autres membres du son gouvernement suivraient certainement son exemple. Un porte-parole du gouvernement allemand s'est refusé à tout commentaire.

Quant au président de l'Allemagne, Joachim Gauck, il a fait savoir la semaine dernière qu'il avait annulé sa visite en Ukraine prévue le mois prochain. L'ancien militant des droits de l'homme devait participer à une réunion des chefs d'État d'Europe centrale dans la station balnéaire ukrainienne de Yalta, sur la côte de la mer Noire.

Vendredi dernier, le porte-parole de la chancelière Steffen Seibert a annoncé que la décision de Mme Merkel d'assister ou non aux matchs en Ukraine dépendrait de la situation.

« Il est évident que les évènements en Ukraine et l'affaire Timochenko pèseront sur cette décision », a-t-il précisé.

D'autres États de l'UE se disent également alarmés. Le ministre italien des affaires étrangères, Giulio Terzi, a déclaré dimanche qu'il était « de plus en plus préoccupé » par cette affaire.

« L'annonce [...] selon laquelle Mme Timochenko a récemment été victime de violences physiques lors d'un transfert de la prison à un hôpital nous inquiète de plus en plus », a-t-il affirmé dans un communiqué.

Berlin n'a eu de cesse de proposer de soigner Mme Timochenko, qui souffre de maux de dos, dans l'un de ses hôpitaux.

Selon un sondage réalisé par le journal Bild am Sonntag, 52 % des Allemands pensent que Mme Merkel et ses ministres ne devraient pas se rendre en Ukraine.

Quelque 50 % des citoyens allemands se disent également opposés au fait que les matchs de l'Euro 2012 se déroulent en Ukraine.

Une menace terroriste ?

L'annonce d'une série d'attentats à la bombe en Ukraine n'a fait qu'accentuer les tensions. Quatre bombes placées dans des poubelles ont explosé dans la journée de vendredi, faisant 30 blessés, dont 11 enfants, dans la ville de Dnipropetrovsk, un centre industriel de l'Est du pays qui compte environ 1 million d'habitants.

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a promis une enquête rapide sur ces explosions que les procureurs du pays ont qualifié d'« acte de terrorisme ».

Le président polonais, Bronisław Komorowski, a quant à lui fait part de son inquiétude quant au championnat de football que son pays accueille en collaboration avec l'Ukraine.

« Ces faits sont bien entendu inquiétants, y compris pour la Pologne, à l'approche du championnat de l'Euro 2012 [...] L'atmosphère est de plus en plus tendue dans le pays avec lequel nous organisons ce grand évènement sportif », a déclaré M. Komorowski, dont les propos ont été relayés par Voice of Warsaw.

L'agence de sécurité nationale du pays ne recommande pas pour l'instant que les autorités polonaises augmentent le niveau d'alerte du pays en matière de menace terroriste. Elle a ajouté dans un communiqué qu'il n'y avait pas lieu de lier les attaques en Ukraine avec le niveau de menace terroriste en Pologne.

Les médias polonais pensent que les explosions de vendredi sont imputables à des groupes criminels.

Selon le directeur de la fédération ukrainienne de football, Hryhory Surkis, ceux qui ont commandité cette attaque sont « complices d'une attaque de l'image [du] pays en amont de l'Euro 2012 ». Les matchs de l'Euro 2012 n'auront pas lieu à Dnipropetrovsk.

L'UEFA, l'Union européenne des associations de football, a fait savoir qu'elle restait convaincue que les mesures de sécurité prises par l'Ukraine assureraient le bon déroulement du championnat, malgré les attaques à la bombe de vendredi.

Réactions : 

Sigmar Gabriel, le leader des sociaux-démocrates allemands de centre-droit et Claudia Roth, la dirigeante des verts, ont déclaré que la présence des dirigeants allemands en Ukraine alors que Mme Timochenko est en prison serait une grande erreur.

« Les décideurs politiques doivent rester vigilants pour éviter de passer pour des partisans du régime en place lors des championnats européens », a déclaré M. Gabriel. « Car il est tout à fait possible qu'ils soient assis dans le stade à côté de gardiens de prison ou de membre de la police secrète. »

Mme Roth a quant à elle déclaré à la presse réunie à Lübeck : « Les dirigeants politiques [allemands] ne devraient pas se poser en invités d'une dictature. »

Le média Deutsche Welle a repris les propos de Gudrun Kopp, la secrétaire d'État à la coopération économique et au développement, qui pense que les matchs de l'Euro 2012 organisés en Ukraine devraient être déplacés en Pologne ou dans un pays tiers. Le match d'ouverture du championnat aura lieu en Pologne, mais la finale est prévue à Kiev le 1er juillet.

Prochaines étapes : 
  • June 8-July 1: Ukraine is co-hosting Euro 2012 football tournament together with neighbouring Poland.
EurActiv.com — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'Union européenne s'est dite « déçue » de la condamnation à sept ans de prison de l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko suite à des accusations d'abus de pouvoir liées à des accords gaziers signés avec la Russie en 2009.

Ce procès était « politiquement motivé » et n'a pas respecté les normes internationales, a affirmé l'UE, ajoutant que cela se reflèterait dans la politique de l'Union envers l'Ukraine.

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre.

Le 30 mars dernier, le document a été signé, mais il ne sera mis en oeuvre que lorsque l'Ukraine aura revu son système de « justice sélective » et pas avant que les élections législatives n'aient eu lieu le 28 octobre 2012.

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