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Elargissement : Štefan Füle met l'Ukraine en garde

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Publié 22 septembre 2011, mis à jour 28 septembre 2011

Štefan Füle, le commissaire européen en charge de l'élargissement et de la politique de voisinage, a déclaré hier (21 septembre) qu'il n'existait pas de limites à l'intégration potentielle de l'Ukraine à l'UE. Il a toutefois précisé que le procès politique contre les dirigeants de l'opposition risquait de mettre un frein aux perspectives européennes du pays.

Lors d'un discours très politisé prononcé à l'occasion du 20e anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine à Bruxelles, M. Füle a déclaré que le pays était sur le point de signer un accord d'association assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet (DCFTA) avec l'UE.

Une fois cette étape passée, selon l'article 49 du traité de Lisbonne, l'Ukraine pourrait demander son adhésion à l'UE.

Le pays est dans la dernière ligne droite de la conclusion de ce DCFTA, dans la mesure où le président, Viktor Ianoukovytch, a prévu une visite à Bruxelles et où un sommet UE-Ukraine est prévu du 14 au 16 décembre à Kiev. A cette occasion, l'accord d'association, qui inclut le DCFTA, devrait être signé.

Comme l'a dit M. Füle, cet accord ferait de l'Ukraine le pays le plus avancé en termes d'intégration européenne parmi les pays du Partenariat oriental, à savoir l'Azerbaïdjan, l'Arménie, le Bélarus, la Géorgie et la Moldavie.

A plus long terme, l'UE espère mettre en place avec tous ses partenaires de l'Est un accord de libre-échange similaire à l'Association européenne de libre-échange (AELE). Les pays membres de l'AELE actuellement sont le Liechtenstein, l'Islande, la Norvège et la Suisse.

L'Ukraine aspire cependant à devenir un membre à part entière de l'UE, a récemment déclaré M. Yanukovich. Bruxelles n'exclut pas l'adhésion de l'Ukraine et de la Moldavie à long terme, mais selon l'UE, toute discussion à ce propos serait prématurée avant la signature des accords d'association.

Soulignant qu'il s'adressait à l'Ukraine en tant qu'« ami », M. Füle a déclaré que le pays s'était récemment fait de la « mauvaise publicité » avec les procès « politiques » intentés contre des leaders de l'opposition, et surtout contre Ioulia Timochenko, l'ancienne première ministre.

Justice de style soviétique

Le commissaire a avancé qu'une partie du problème résidait dans son système judiciaire dépassé, hérité de la période soviétique, dans lequel, selon lui, il n'existe pas de distinction entre la responsabilité politique et criminelle.

« Suite à des discussions avec mes homologues ukrainiens, je suis convaincu que les dirigeants du pays ont compris la gravité de la situation et qu'ils sont capables de trouver une solution et d'emprunter une voie différente », a affirmé le commissaire. Il a également appelé à une réforme profonde du système judiciaire de l'Ukraine.

De nombreux observateurs ukrainiens pensent que Mme Timochenko sera condamnée à une peine de prison. Une telle condamnation pourrait gravement entraver les relations qu'entretiennent l'UE et l'Ukraine.

Guy Verhofstadt, le dirigeant du groupe libéral au Parlement européen qui a organisé la conférence à Bruxelles, a déclaré que l'accord d'association devrait permettre à l'Ukraine de devenir un pays candidat, mais à la seule condition que Kiev s'engage à construire une « réelle démocratie ».

Le premier vice-premier ministre de l'Ukraine, Andrii Kliouyev, a souligné la volonté de son pays de finaliser les négociations relatives au DCFTA, insistant également sur les tendances économiques positives dans son pays.

Lors d'un récent entretien accordé à EurActiv Allemagne, Pavlo Klimkin, le vice-ministre ukrainien des affaires étrangères, a déclaré que le procès de Mme Timochenko n'était pas politique, et a plaidé pour que l'UE n'associe pas cette question à un gel possible des négociations sur le DCFTA.

Réactions : 

La fondation ukrainienne pour la démocratie, People First, a critiqué l'UE en affirmant que « d'un côté, les hommes et femmes politiques européens cherchent à réfréner l'autoritarisme de M. Ianoukovitch, et de l'autre ils l'encouragent à user de méthodes autoritaires [pour intervenir dans une affaire juridique] ».

« Les européens ne devraient pas punir tous les Ukrainiens, les priver de toute perspective d'adhésion à l'Union en raison d'actions non démocratiques de la part du gouvernement », a-t-il ajouté.

A la place, la fondation propose des interdictions de voyager et des gels d'actifs pour les dirigeants coupables à l'étranger -- comme pour certains représentants bélarussiens et syriens récemment -- afin de disposer d'un « outil plus efficace pour convaincre les dirigeants autoritaires de l'inadmissibilité de la violation des droits de l'Homme ». 

Prochaines étapes : 
  • 29-30 sept. : sommet du Partenariat oriental à Varsovie.
  • 20 oct. : visite du président Viktor Yanukovich à Bruxelles.
  • 14-16 déc. : sommet UE-Ukraine à Kiev.
M. Füle: "Je m'exprime en ami"
Contexte : 

L'Ukraine négocie actuellement un accord de libre-échange avec l'UE, mais demeure en même temps sous la pression de la Russie, qui souhaite qu'elle rejoigne son Union douanière avec le Bélarus et le Kazakhstan.

Ces deux accords sont incompatibles. Karel De Gucht, commissaire européen au commerce, a récemment affirmé que si l'Ukraine rejoignait et adhérait pleinement à l'Union douanière entre la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan, par l'essence même d'une telle union douanière, elle ne pourrait plus travailler unilatéralement avec l'UE dans le cadre d'un accord de libre-échange. 

Les relations entre l'Ukraine et l'UE sont actuellement réglementées par un Accord de partenariat et de coopération (APC), qui devrait être remplacé par un accord d'association plus complet et ambitieux, qui s'est dans de nombreux cas révélé être un premier pas vers une réelle adhésion à l'UE.

Viktor Ianoukovytch, le président ukrainien, a exprimé à de nombreuses reprises sa position pro-européenne, mais il a également resserré ses liens avec Moscou. En avril 2011, il a autorisé la marine russe à continuer d'utiliser la péninsule de Crimée comme base jusqu'en 2045, une position contraire de celle son prédécesseur, Viktor Iouchtchenko.

Le procès actuel contre l'ancienne première ministre et leader de l'opposition, Ioulia Timochenko, est également perçu par beaucoup comme un procès politique, ce qui n'aide pas M. Ianoukovytch à offrir une image de dirigeant moderne et démocratique.

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