La réaction la plus virulente a été celle du président polonais, Bronisław Komorowski, qui a déclaré hier (3 mai) qu'un boycott de l'Occident pousserait l'ancienne république soviétique dans les bras de la Russie.
Vladimir Poutine s'est toutefois opposé à un boycott, affirmant qu'il ne fallait en aucun cas « mélanger la politique et le sport ».
A l'instar de l'Allemagne, plusieurs dirigeants ont annulé leurs visites prévues en Ukraine pour l'Euro 2012, qui débutera dans un peu plus d'un mois, en signe de protestation contre le traitement infligé à Mme Timochenko sous la supervision du président, Viktor Ianoukovitch.
Le ministre autrichien des affaires étrangères, Michael Spindelegger, a annoncé mercredi qu'aucun fonctionnaire du gouvernement de son pays n'assisterait aux matchs en Ukraine.
L'UE a déploré la condamnation de Mme Timochenko, qu'elle considère comme un acte de justice sélective. L'Union a prévenu l'Ukraine que ses membres ne ratifieraient pas les accords d'association politique et de libre-échange tant que l'ancienne première ministre serait en prison.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, connu pour sa passion du football, ne se rendra pas en Ukraine, selon son porte-parole. Son équipe nationale portugaise doit pourtant affronter l'équipe allemande le 9 juin prochain à Lviv. Selon l'AFP, aucun des commissaires européens ne se rendra en Ukraine.
La Pologne tire la sonnette d'alarme
Les Polonais tentent également de mettre l'Ukraine en garde quant au fait que sa réputation « serait réellement mise à mal » si aucune solution humanitaire n'est trouvée à l'affaire Timochenko.
L'incarcération de Mme Timochenko, qui a contribué à organiser le championnat de football en question lorsqu'elle était en poste, a remis en question les efforts de Kiev pour se rapprocher de l'UE. Mme Timochenko est la principale rivale politique du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch.
« Je n'ai pas caché au premier ministre et au président ukrainiens que l'affaire [Timochenko] sert à tester la crédibilité des autorités ukrainiennes et que la réputation du pays serait réellement mise à mal si aucune solution satisfaisante n'est trouvée avant le championnat d'Europe », a expliqué le premier ministre polonais, Donald Tusk, cité par Reuters.
« Je ne pense pas qu'appeler à un boycott ne soit la bonne solution. Je comprends les dirigeants politiques qui compatissent avec Ioulia Timochenko, mais rien ne les empêche d'exprimer cette compassion lors du championnat », a-t-il ensuite commenté.
Sport et politique
Dans le même temps, le ministère ukrainien des affaires étrangères a décrit comme « destructives » ces tentatives de « politiser un évènement sportif ».
« En pratique, ce boycott menace l'image d’un grand évènement sportif et va à l'encontre des intérêts de millions de citoyens ukrainiens ordinaires, qui votent pour des partis différents et ne sont pas intéressés par la politique », a commenté le ministère.
Kiev souhaite séparer la politique et le sport, affirmant que le bon déroulement de cet évènement serait une victoire « pour tous les Ukrainiens et les Polonais, et non pour certains acteurs, partis ou idéologies politiques ». Dans le cas contraire, il s'agirait d'un échec « pour des millions de personnes ».
« Cette attaque ne vise pas uniquement la Pologne et l'Ukraine, mais tous les anciens membres du camp socialiste, qui manqueraient ainsi l'occasion de prouver que leur potentiel économique, humain et scientifique leur permettrait de devenir les moteurs du développement de l'Europe, et non plus ses débiteurs », selon le ministère des affaires étrangères.
Le terme de « camp socialiste » était utilisé sous la période du communisme pour désigner les pays membres du pacte de Varsovie. L'Ukraine était alors une république soviétique et la Pologne fut membre du pacte de Varsovie jusqu'à sa dissolution en 1991. Elle a ensuite rejoint l'OTAN en 1999.





