Les deux représentants de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) ont condamné l'action du gouvernement suite aux plaintes exprimées par l'opposition géorgienne. Une porte-parole de l'opposition a annoncé aujourd'hui que le gouvernement avait saisi le 17 août dernier tous les fonds de la coalition « Rêve géorgien ».
L'homme fort de cette coalition est le milliardaire Bidzina Ivanishvili, qui a quitté le monde des affaires pour se lancer en politique, affirmant qu'il remporterait les élections législatives et renouerait des liens avec la Russie. Les relations entre les deux pays se sont en effet détériorées depuis le bref conflit qui les a opposés en août 2008 (voir « Contexte »).
Maia Panjikidze, la porte-parole, a annoncé que le week-end dernier, le gouvernement avait saisi tous les fonds des comptes bancaires de la coalition « Rêve géorgien » et de ses six partis membres, ainsi que ceux du Georgian Dream Civic Movement, une ONG.
Le gouvernement saisit toutes les nouvelles contributions aux campagnes électorales envoyées à ces partis, ce qui empêche la coalition de mener à bien ses activités en amont des élections, a-t-elle précisé. Il est également possible d'offrir ses services pour la campagne, mais ceux qui le souhaitent s'exposent à des amendes et à des saisies d'actifs, a-t-elle ajouté.
« Avec cette action, il est clair que le gouvernement géorgien utilise ses lois sur le financement des campagnes, non pas comme un mécanisme pour garantir des dépenses équitables, mais bien comme une arme pour détruire l'opposition démocratique et viser les partisans de la coalition « Rêve géorgien », ainsi que toute entité supposée être associée à la campagne », a expliqué Mme Panjikidze.
« Rêve géorgien » a publié un document dans lequel il affirme que le gouvernement a imposé près de 100 millions d'euros d'amendes à la coalition et à ses dirigeants, à des entreprises lui ayant proposé leurs services et à des dizaines de contributeurs.
Excessives et disproportionnées
Les co-rapporteurs de l'APCE pour la Géorgie, Michael Aastrup Jensen (Danemark, ADLE) et Boriss Cilevics (Lettonie, SOC), ont semblé prendre au sérieux les accusations de l'opposition.
« Les amendes excessives et disproportionnées prélevées par le Service d'audit de l'Etat mettent à mal les activités politiques d'un parti de l'opposition. C'est inquiétant, surtout dans le contexte d'accusations fréquentes de parti pris au sein du Service d'audit de l'Etat et de rapports rédigés par des organisations crédibles, comme l'Association géorgienne des jeunes juristes qui remet en question l'équité des décisions de justice en la matière » ont-ils déclaré dans un communiqué.
MM. Jensen et Cilevics, qui devraient se rendre en Géorgie les 11 et 12 septembre prochains, ont demandé aux autorités géorgiennes « de faire preuve d'un maximum de retenue et de s'assurer que tous les partis, y compris la coalition « Rêve géorgien », puissent participer à la campagne électorale ».
Après qu'EurActiv lui a demandé de commenter la situation, la mission géorgienne auprès de l'UE a publié un communiqué rejetant vivement les accusations de gels d'actifs.
« Aucun compte de parti n'a été gelé », peut-on lire dans cette déclaration. « Rêve géorgien a échafaudé une toile complexe de réseaux illégaux afin d'amasser des fonds pour sa campagne en outrepassant la législation géorgienne sur le financement des campagnes. »
Il est comme toujours difficile de démêler le vrai du faux dans les accusations que se portent mutuellement les autorités de Tbilissi et Bidzina Ivanishvili. Lors d'une récente visite à Bruxelles, le vice-premier ministre géorgien, Giorgi Baramidze, a accusé M. Ivanishvili d'avoir utilisé son immense fortune pour acheter des médias et corrompre des électeurs en leur fournissant gratuitement des antennes paraboliques.
L'empire médiatique de M. Ivanishvili s'articule autour de la chaîne télévisée TV9 qui s'est plainte d'être harcelée par le gouvernement, d'arrestations arbitraires et de destructions de son matériel par les autorités nationales. TV9 a été développée par des professionnels américains comme une sorte de CNN géorgienne.
EurActiv a demandé à la Commission de commenter la situation. Un porte-parole a déclaré que l'exécutif européen suivait les événements de près et déplorait que le climat politique empire à la veille du scrutin.





