La coalition de l'opposition, dirigée par le milliardaire Bidzina Ivanichvili (voir « Contexte »), a crié victoire à l'issue des élections législatives géorgiennes.
« Je pense avoir remporté au moins 100 sièges au sein du nouveau parlement [qui en compte 150] », a déclaré M. Ivanichvili devant une foule en délire. « Je suis parvenu à ce pourquoi je me bas depuis longtemps », a-t-il affirmé, selon Reuters.
Des milliers de partisans de la coalition Rêve géorgien du milliardaire ont fait la fête dans les rues de la capitale, Tbilissi, faisant retentir leur klaxon et brandissant des bannières bleues à l'effigie du parti, ainsi que des drapeaux géorgiens.
Les résultats du scrutin risquent toutefois d'être contestés, car selon le système électoral géorgien, les sièges sont alloués en fonction des deux listes de parti et des victoires dans les circonscriptions. En théorie du moins, le MND pourrait encore détenir la majorité au parlement et avoir le droit de nommer le premier ministre.
Les sondages à la sortie des urnes ont révélé que la coalition de M. Ivanichvili était en tête du scrutin de liste qui détermine 77 des 150 sièges du parlement. Le parti de M. Saakachvili a affirmé quant à lui avoir remporté le scrutin uninominal par circonscription qui détermine les 73 autres sièges.
Le Wall Street Journal a expliqué que ces résultats jetaient le doute sur l'héritage politique de M. Saakachvili, qui avait été propulsé au pouvoir par la révolution des roses en 2003 et était depuis lors un loyal allié des États-Unis.
De retour dans l'orbite de Moscou ?
Selon M. Saakachvili, la coalition Rêve géorgien éloignera la Géorgie de l'Occident et la replacera dans l'orbite de Moscou. Il a ajouté que M. Ivanichvili suivait les ordres du Kremlin après avoir bâti sa fortune en Russie.
Certains experts estiment toutefois qu'il n'est pas juste de qualifier M. Ivanichvili de « larbin » de la Russie.
Zaal Anjaparidze, un politologue géorgien, a récemment écrit que les deux grandes figures de la campagne électorale étaient alliées par le passé.
« Ce n'est un secret pour personne dans les cercles politiques géorgiens que M. Ivanichvili était un soutien financier majeur des réformes du gouvernement de M. Saakachvili », a-t-il expliqué. Selon lui, après la révolution des roses, M. Ivanichvili est devenu le principal contributeur d'un fonds dont l'objectif était d'augmenter le salaire des fonctionnaires pour lutter contre la corruption.
M. Ivanichvili a en outre contribué au financement de l'équipement et de l'armement des forces de police, en plus de financer des projets socioéconomiques par la suite promus comme des succès du MND.
M. Ivanichvili a publiquement coupé les ponts avec M. Saakachvili en 2008, criant à la fraude lors des élections présidentielles et législatives cette année-là et blâmant son ancien allié pour des échecs politiques et la guerre d'août 2008 avec la Russie. D'après M Anjaparidze, grâce à sa fortune et à son image positive de philanthrope le plus généreux du pays, en plus d'une place vide dans le camp des anti-Saakachvili, M. Ivanichvili est facilement devenu le visage de l'opposition.
Tedo Japaridze, ancien ministre géorgien des affaires étrangères et conseiller en chef pour la politique étrangère de la coalition Rêve géorgien, a récemment écrit sur EurActiv que M. Saakachvili, un héros à l'époque de la révolution des roses, avait fait de son pays « un régime autoritaire, remplis de cages et de bourreaux ».
La diffusion par des chaînes télévisées de l'opposition d'images montrant des détenus torturés et sexuellement maltraités dans les prisons du pays a en effet déclenché une vague de manifestations deux semaines avant les élections. La Géorgie enregistre l'un des plus hauts taux d'incarcération au monde, selon l'International Centre for Prison Studies à Londres.
Ces images ont terni l'image de M. Saakachvili qui se voulait un réformateur ayant imposé l'État de droit et enrayé la corruption. Mikheïl Saakachvili, président depuis 2004, est parvenu à se maintenir au pouvoir malgré une guerre de cinq jours provoquée avec la Russie en août 2008, suite à laquelle Tbilissi a perdu le contrôle de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.
Le mandat du président expirera à l'automne 2013. Conformément à la constitution, M. Saakachvili ne pourra pas être élu pour un troisième mandat.





