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Les élections en Ukraine constituent « un pas en arrière » selon les observateurs

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Publié 30 octobre 2012, mis à jour 31 octobre 2012

Les observateurs internationaux des élections législatives en Ukraine ont accusé les autorités d’ « abus de pouvoir » et ont révélé le « rôle excessif de l’argent » dans la campagne. Dans le même temps, l’UE a publié une déclaration plus soigneusement formulée.

Le parti du président ukrainien, Victor Ianoukovitch, semblait bien parti pour obtenir une nouvelle majorité parlementaire. Des résultats presque complets révélaient lundi (29 octobre) que le Parti des régions était en tête avec plus de 32 %.

Selon des prévisions, les résultats des votes dans les circonscriptions à mandat unique et le soutien attendu d'alliés comme le Parti communiste permettrait au parti de M. Ianoukovitch de diriger la majorité au parlement composé de 450 sièges.

Les résultats partiels révèlent que l'Opposition unie, le parti de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko emprisonnée, arrive en deuxième position, avec environ 24 %. Le Parti communiste est en troisième position avec 14 %, suivi d'Oudar (le parti du champion de boxe Vitali Klitschko) avec 13 % et de Svoboda (Liberté), un parti ultranationaliste, avec 9 % des voix.

De nombreux Ukrainiens doutent que le décompte des voix soit honnête. Le quotidien Kyiv Post a rapporté une affaire symbolique dans laquelle les autorités auraient tenté de donner l'avantage à un candidat du Parti des régions pendant le dépouillement.

Une source en Ukraine a indiqué à EurActiv qu'un surplus de bulletins avait été imprimé et que dans de nombreux cas, les autorités utilisaient ces bulletins supplémentaires pour remplir les urnes.

Ioulia Timochenko annonce une grève de la faim

Dans une déclaration écrite, Ioulia Timochenko a soutenu que les élections avaient été « falsifiées du début jusqu'à la fin » et elle a annoncé une grève de la faim.

Une équipe de contrôle de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a envoyé plus de 600 observateurs, a critiqué l'organisation des élections et l'emprisonnement de Ioulia Timochenko.

La coordinatrice spéciale de la mission de l'OSCE, Walburga Habsburg Douglas, a déclaré que les élections de dimanche constituaient « un pas en arrière ».

« En prenant en compte les abus de pouvoir et le rôle excessif de l'argent dans cette élection, il semble que les progrès démocratiques [...] reculent en Ukraine », aurait-elle déclaré. Mme Douglas a tenu en grande partie responsable le parti au pouvoir. Selon elle, il a utilisé des fonds publics pour financer ses activités de campagne tout en contrôlant la circulation des informations.

Comme l'a rapporté EurActiv récemment, les organisations de la société civile en Ukraine ont présenté des affaires dans lesquelles les autorités locales (les chefs de l'administration régionale de l'État et des provinces – oblasts ‑ ) apportaient leur soutien aux candidats ou aux partis politiques pendant les heures de travail et utilisaient du personnel et des ressources pour mettre sur pied des campagnes.

« Je ne pense pas que les électeurs doivent faire face à du harcèlement ou de l'intimidation de la part des employeurs ou du gouvernement. Il ne devrait pas falloir se rendre en prison pour s’entretenir avec des personnalités politiques dans le pays », a indiqué Mme Douglas.

Mark Toner, le porte-parole du département d'État des États-Unis a qualifié les élections de « pas en arrière ». Il a cité l'utilisation de ressources gouvernementales afin d'aider les candidats du parti au pouvoir, l’accès entravé aux médias pour les candidats de l'opposition et le harcèlement de ces derniers.

M. Toner a déclaré que Washington « s'inquiétait des allégations de fraude et de falsification dans la procédure de vote et le dépouillement ».

« Un bilan mitigé »

Dans une déclaration commune, Catherine Ashton, la haute représentante de l’UE, et Štefan Füle, le commissaire en charge de l'élargissement, ont été plus diplomatiques, parlant de « bilan mitigé » plutôt que de régression absolue.

« Le taux de participation témoigne de l'attachement des citoyens ukrainiens à une société démocratique et pluraliste. [...] Nous prenons bonne note des conclusions préliminaires de la mission d’observation sur l'organisation des élections. Elle dresse un bilan mitigé qui reprend plusieurs défauts et les difficultés rencontrées par les observateurs électoraux locaux. »

« L'évaluation définitive dépendra également des développements postélectoraux, que nous surveillerons de près.  Il est donc très important que les autorités ukrainiennes garantissent la bonne organisation des étapes suivantes de la procédure électorale, notamment en ce qui concerne le décompte des voix restantes, le dépouillement et le suivi des plaintes éventuelles concernant les élections. »

Mme Ashton et M. Füle ont indiqué que les peines de prison avaient empêché les représentants de l'opposition, tels que Mme Timochenko et son allié Yuri Lutsenko, de se présenter aux élections législatives. Ils ont appelé les autorités à « régler cette question et à prendre des mesures supplémentaires pour réformer le système judiciaire afin d'éviter que cela se reproduise ».

Il est difficile de déterminer l'impact des élections sur les relations entre l'UE et l'Ukraine, en déclin depuis décembre 2011 (voir « Contexte »).

« Notre engagement avec l'Ukraine en faveur d'une association politique et d'une intégration économique reste fondé sur son respect de nos valeurs communes. Nous nous engageons à continuer à utiliser tout le potentiel de nos relations dans l'intérêt des citoyens de l'Ukraine et de l'UE », ont expliqué Mme Ashton et M. Füle dans leur déclaration.

Les inquiétudes des juifs

Des groupes juifs se sont inquiétés de l'apparition pour la première fois au parlement du parti ultranationaliste et antisémitisme Svoboda.

Le Parti Svoboda a été créé en 2004. Il est issu d'un mouvement qui s'était qualifié jusqu'à présent de Parti social-national d'Ukraine.  

Le parti a organisé une marche contre des milliers de juifs hassidiques qui arrivent chaque année pour un pèlerinage sur la tombe du rabbin Nachman de Bratslav, au sud d'Uman, en Ukraine.

« Nous n'avons pas l'intention d'interférer dans les affaires intérieures de l'Ukraine et dans la décision de ses électeurs, mais nous sommes très inquiets quant à la sécurité des juifs en Ukraine et en Europe, à la lumière de l'augmentation des mouvements antisémites en Europe », a indiqué dans une déclaration le rabbin Menachem Margolin, le directeur général de l'Association juive européenne.

EurActiv.com - Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre, Ioulia Timochenko, que Bruxelles estime politiquement motivé.

Les négociations qui durent depuis cinq ans sur cet accord d'association ont été clôturées, mais les dirigeants européens ont affirmé qu'il ne serait pas signé tant que des améliorations ne seraient pas apportées à la qualité de la démocratie et de l'État de droit en Ukraine.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a quant à lui avancé que l'accord d'association, assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet, ne serait pas signé avant les élections législatives ukrainiennes qui auront lieu en octobre 2012.

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