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Les stades ukrainiens ne sont pas la scène d'actes racistes, affirme un diplomate

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Publié 06 juin 2012, mis à jour 08 juin 2012

Hier (5 juin), un diplomate ukrainien a vivement critiqué un documentaire de la BBC montrant des actes de racisme et de haine dans les stades de son pays. Ce documentaire a été diffusé quelques jours seulement avant le début vendredi du championnat de football Euro 2012 que l'Ukraine organise avec la Pologne.

Volodymir Rydvan, également colonel et représentant du ministère de l'intérieur ukrainien, n'a pas mâché ses mots, qualifiant de provocation le documentaire de la BBC, diffusé dans le cadre du prestigieux programme Panorama.

Lors d'un évènement public organisé par le European Policy Centre (EPC), un groupe de réflexion bruxellois, M. Rydvan a affirmé que ce documentaire était analysé par les autorités ukrainiennes qui estiment que l'équipe de tournage a demandé aux personnes montrées dans le reportage d'adopter un comportement particulier. Il a notamment cité les scènes montrant des Ukrainiens faisant le salut nazi et des enfants imitant des singes.

« Vous pouvez demander à n'importe quel enfant dans les rues de Bruxelles d'imiter un singe qui saute et ajouter cette séquence dans un reportage sur les stades et affirmer que cette attitude vise les joueurs de football de couleur », a-t-il expliqué.

Ce documentaire Panorama, intitulé « Euro 2012: Stadiums of Hate », a été diffusé le 28 mai dernier et a fait état d'actes racistes et antisémites dans les stades polonais et ukrainiens. Ce reportage est composé de plusieurs séquences vidéo montrant des supporters faisant le salut nazi lors de matches à Kiev et à Kharkiv (deux villes qui accueilleront le championnat), ainsi que des actes de violence de la part des fans. Il montre également un célèbre joueur britannique, Sol Campbell, qui recommande aux téléspectateurs de ne pas se rendre en Pologne et en Ukraine pour l'Euro 2012.

« Restez chez vous, regardez le championnat à la télévision. Ne prenez pas le risque [...] car vous pourriez finir entre quatre planches », expliqué M. Campbell aux journalistes dans le documentaire.

« Le racisme et la xénophobie sont punis par le Code pénal en Ukraine. Les actes racistes sont considérés comme des crimes [...] La population ukrainienne est tolérante envers les différentes ethnies et cette tolérance a été instaurée par la politique de l'Union soviétique il y a trente ans. Nous accueillions beaucoup d'étudiants étrangers lors de la période soviétique et nous continuons de le faire. Beaucoup d'étudiants africains et asiatiques étudient à Kiev », a-t-il martelé.

Agnieszka Wawrzyk, qui représente le ministère polonais de l'intérieur, a elle aussi affirmé que son pays n'était pas raciste.

Réactions mitigées en Pologne

Le documentaire de la BBC devait être diffusé par TVP, le diffuseur national polonais, et suivi d'un débat entre les journalistes, les joueurs et les représentants des organisations de fans de football.

Toutefois, dans la mesure où il fait déjà un tabac sur Internet, les commentaires vont déjà bon train en Pologne. Certains remercient la BBC d'avoir soulevé ce problème. D'autres critiquent le documentaire, le qualifiant de trompeur et de partial.

En avril, l'organisation anti-racisme basée à Varsovie « Never Again » a publié un rapport intitulé « Haineux » qui relate des actes racistes et discriminatoires en Pologne. Il couvre une période de 18 mois de septembre 2009 à mars 2011 et cite 195 incidents racistes impliquant le football en Pologne et en Ukraine. Sur ces 195 incidents, 133 ont eu lieu en Pologne et 62 en Ukraine, la majorité (105) étant de nature fasciste et d'extrême droite, 36 de nature antisémite et 20 de nature raciste. Les autres incidents sont résultats de comportements islamophobes, homophobes, anti-Roms et anti-handicapés.

Dans ce rapport, l'organisation affirme que ces incidents sont inquiétants et elle souligne le déni de ce problème dans la région.

« Il est effarant de voir que même en avançant de telles preuves incontestables, les militants se retrouvent encore trop souvent face à des gens qui refusent d'admettre l'existence d'un problème aussi évident », peut-on lire dans ce rapport.

Rafal Pankowski, un représentant de Football contre le racisme en Europe (FARE), a affirmé que les statistiques mentionnées dans ce rapport ne représentaient que la pointe de l'iceberg, ajoutant qu'elles démontraient l'ampleur des problèmes de racisme et d'intolérance auxquels l'Europe de l'Est est confrontée.

Ce documentaire de la BBC n'a pas seulement été critiqué par les pays qui accueilleront l'Euro 2012. Louis Jacob, journaliste pour le journal irlandais Sunday Independent, a affirmé qu'en termes de crédibilité, ce reportage était du niveau du film populaire Borat de Sacha Baron Cohen. Il s'agit d'une parodie de documentaire qui décrit le Kazakhstan de manière caricaturale et outrageuse et qui ne dépeint pas la réalité du pays.

Réactions : 

Le problème du racisme n'est pas plus important en Ukraine que dans les pays de l'UE, explique Roman Rukomeda, un analyste politique de la Fondation ukrainienne pour la démocratie People First.

« Plus de 100 nationalités cohabitent sur le territoire de l'Ukraine depuis des siècles. Elles ont trouvé un modus vivendi parmi les Ukrainiens il y a bien longtemps. Les médias européens pourraient se rendre plus utiles en accordant de l'attention à des problèmes plus sérieux en Ukraine dans le cadre de l'Euro 2012. »

« L'un de ces problèmes est l'incapacité des autorités ukrainiennes à mettre en place les infrastructures nécessaires pour le championnat à temps. Par exemple, les représentants des hautes autorités ukrainiennes ont affirmé que 100 % des sites étaient prêts pour l'Euro 2012. La réalité est pourtant bien différente. Premier exemple, le site de camping  censés accueillir quelque 5000 supporters suédois à Kiev (sur l'une des îles du Dniepr). L'état de ce camping est lamentable comme vous pouvez en juger d'après ces photos.

« Second exemple, le joyau touristique de Kiev, la descente Saint-André, a été partiellement détruit par les bulldozers d'entreprises de construction privées suite à un accord tacite passé avec les autorités il y a quelques mois. Grâce aux efforts des militants de la société civile locale, les autorités ont abandonné leur projet de construire un centre de bureaux dans le coeur historique de Kiev. Ils avaient promis de finir la reconstruction juste avant le début de l'Euro 2012. Ils ont ouvert la descente Saint-André une semaine seulement avant l'Euro 2012... et l'ont immédiatement fermée. La raison en est qu'au centre de cette rue historique, des canalisations d'eau ont éclaté et donné lieu à une fontaine improvisée. »

« Troisième exemple : les routes ukrainiennes pour lesquelles ils ont dépensé une bonne partie du budget et qui ne sont toujours pas totalement terminées. Tous les touristes européens qui voyagent en voiture pourront vivre une expérience unique. »

« Pour résumer, la critique constructive et non politique des autorités ukrainiennes sur l'Euro 2012 peut avoir un effet bien plus important que l'exagération artificielle de problèmes moins pertinents », a-t-il conclu.  

Georgi Gotev et Daniel Rzasa, boursier de la Robert Bosch Stiftung chez EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

L'Ukraine et la Pologne coorganiseront le championnat de football Euro 2012 du 6 juin au 1er juillet prochain. L'organisation de l'événement a été ternie par la condamnation à sept ans de prison de l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko suite à des accusations d'abus de pouvoir liées à des accords gaziers signés avec la Russie en 2009.

Ce procès était « politiquement motivé » et n'a pas respecté les normes internationales, a affirmé l'UE, ajoutant que cela se reflèterait dans la politique de l'Union envers l'Ukraine.

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre.

Le 30 mars dernier, le document a été finalisé, mais il ne sera mis en oeuvre que lorsque l'Ukraine aura revu son système de « justice sélective » et pas avant que les élections législatives n'aient eu lieu le 28 octobre 2012.

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