Des militants des droits civiques en Géorgie et dans les pays voisins ont accusé le président du pays, Mikheïl Saakashvili de préparer une fraude massive en amont des élections législatives du 1er octobre (voir « Contexte »).
Les militants de l'organisation GUAM (d'après le nom des États participants, à savoir la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie) ont plaidé leur cause à Bruxelles hier (25 septembre) et ont accusé les institutions européennes de fermer les yeux sur la situation en Géorgie.
Mikhail Malkov, un expert ukrainien des conflits transfrontaliers, a souligné que l'organisation ne soutenait pas particulièrement le leader de l'opposition Bidzina Ivanishvili et qu'elle représentait plusieurs courants politiques.
Les membres de l'organisation, qui ont donné une conférence hier au Brussels Press Club, ont déclaré qu'ils rejetaient le stéréotype promu par les autorités géorgiennes, selon lequel l'opposition, principalement représentée par la coalition Rêve géorgien de M. Ivanishvili, était pro-russe.
La plupart de leurs déclarations se sont toutefois révélées en faveur du camp de M. Ivanishvili.
George Khutsishvili, le directeur de l'International Centre on Conflict and Negotiation à Tbilissi, a affirmé que la réaction des autorités face aux récentes manifestations, déclenchées par la diffusion à la télévision d'images de détenus torturés et sexuellement agressés dans les prisons du pays, augurait le pire. Une vingtaine de manifestants auraient été arrêtés et s'ajoutent donc aux 100-120 prisonniers politiques dont l'UE n'aurait pas reconnu l'existence.
Nana Devdariani, l'ancienne présidente de la commission électorale géorgienne, a déclaré que la mission de GUAM était de plaider pour la société civile et les droits de l'Homme, ainsi que de prévenir de l'organisation probable d'une fraude électorale majeure.
Mme Devdariani a expliqué que des données datant du 1er août montraient que le nombre d'électeurs, 3 621 256, dépassait le nombre de 1990, 3 440 000, alors que la population du pays en 1990 était plus importante, à savoir 5 424 400 contre 4 497 600 en janvier 2012. Elle a avancé que ces chiffres laissaient présager des bourrages d'urnes.
L'UE accusée de parti pris pour Mikheïl Saakashvili
Mme Devdariani a qualifié d'« incroyable » la répression qui s'est mise en place après la révolution des roses de 2003 qui a permis à l'actuel président d'arriver au pouvoir. Elle a également fustigé les institutions de l'Union européenne pour ne pas avoir réagi. Elle a accusé le commissaire européen en charge de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, d'avoir demandé à M. Ivanishvili de promettre qu'il reconnaîtrait les résultats du scrutin contre une rencontre avec lui.
La réunion en question n'a jamais eu lieu. Selon des sources d'EurActiv, MM. Füle et Ivanishvili étaient tous deux présents à la conférence qui s'est tenue dans la station balnéaire de la mer Noire de Batumi en juillet. M. Ivanishvili a demandé à pouvoir rencontrer M. Füle à Bruxelles, apparemment dans le but de se faire de la publicité en amont des élections.
Selon les médias géorgiens, M. Füle aurait accepté de le rencontrer à la condition que la coalition Rêve géorgien de M. Ivanishvili ne conteste pas les résultats électoraux s'ils étaient reconnus justes par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. L'autre condition était que l'opposition souscrive à un code de conduite proposé par GYLA, une ONG locale. Aucun parti politique participant au scrutin n'a souscrit à ce code.
Ucha Nanuashvili, le directeur exécutif du Centre des droits de l'Homme à Tbilissi, a accusé l'ambassadeur de l'UE en Géorgie, Philip Dimitrov, de prendre parti pour M. Saakashvili. Il a affirmé que M. Dimitrov, ancien premier ministre bulgare, n'entretenait des contacts qu'avec les ONG pro-gouvernement et que de nombreux faits étayaient cette accusation. Il a également accusé un fonctionnaire géorgien de la représentation de l'UE à Tbilissi en charge de l'assistance de l'Union à la société civile de n'aider que les ONG qui seraient en possession d'une lettre de recommandation du gouvernement.
La Commission et les autorités répondent aux accusations
Les fonctionnaires européennes ont vivement rejeté ces accusations.
Maja Kocijančić, la porte-parole de la haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, a déclaré que M. Dimitrov avait tout le soutien de la Commission et qu'il menait sa mission de manière professionnelle et avec dévouement.
Sur la question des ONG approuvées par le gouvernement qui seraient les seules à pouvoir coopérer avec l'UE, elle a répondu : « Ce n'est absolument pas vrai, c'est tout le contraire. Nous tentons de répartir notre soutien manière égale et nous avons même fait l'objet de critiques de la part du gouvernement pour cette approche. »
La mission géorgienne auprès de l'UE a nié l'existence de prisonniers politiques dans le pays. « Si vous portez de telles accusations, nous souhaiterions que vous nous donniez des noms pour que nous puissions vous répondre sur des affaires concrètes », a déclaré Salome Imnadze, une diplomate géorgienne.
Lors des manifestations sur les abus en prison, elle a affirmé que 13 personnes avaient été arrêtées, 12 la semaine dernière et une hier (25 septembre). Elle a précisé que les autorités n'excluaient pas de procéder à de nouvelles arrestations, mais que les personnes arrêtées étaient soupçonnées d'être impliquées dans la torture et le traitement inhumain des détenus.
Concernant les listes électorales, elle a expliqué qu'aucune des organisations internationales spécialisées n'avait émis de doutes à ce sujet. Elle a ajouté qu'un groupe de travail spécial, mené par l'homme politique de l'opposition Mamuka Katsitadze, vérifiait l'exactitude des listes depuis plusieurs mois.
« Nous sommes donc plus confiants quant à l'exactitude des listes électorales que jamais auparavant », a-t-elle affirmé.
Mme Imnadze a en outre annoncé que les autorités géorgiennes avaient présenté des preuves concernant des liens entre certains membres de l'opposition et des figures du crime organisé qui prévoiraient de renverser le gouvernement dans le cas où le parti au pouvoir remporterait les élections.





