EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Les tensions politiques atteignent de nouveaux sommets en amont des élections géorgiennes

Version imprimable
Send by email
Publié 26 septembre 2012, mis à jour 27 septembre 2012

EXCLUSIF : Des organisations de défense des droits des citoyens ont accusé les autorités géorgiennes de préparer une fraude massive dans le but de remporter les élections législatives le 1er octobre prochain. En réponse à ces accusations, un diplomate géorgien a affirmé à EurActiv que le gouvernement disposait de preuves sur des liens entre certains acteurs politiques de l’opposition et des figures du crime organisés qui prépareraient un coup d’Etat.

Des militants des droits civiques en Géorgie et dans les pays voisins ont accusé le président du pays, Mikheïl Saakashvili de préparer une fraude massive en amont des élections législatives du 1er octobre (voir « Contexte »).

Les militants de l'organisation GUAM (d'après le nom des États participants, à savoir la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie) ont plaidé leur cause à Bruxelles hier (25 septembre) et ont accusé les institutions européennes de fermer les yeux sur la situation en Géorgie.

Mikhail Malkov, un expert ukrainien des conflits transfrontaliers, a souligné que l'organisation ne soutenait pas particulièrement le leader de l'opposition Bidzina Ivanishvili et qu'elle représentait plusieurs courants politiques.

Les membres de l'organisation, qui ont donné une conférence hier au Brussels Press Club, ont déclaré qu'ils rejetaient le stéréotype promu par les autorités géorgiennes, selon lequel l'opposition, principalement représentée par la coalition Rêve géorgien de M. Ivanishvili, était pro-russe.

La plupart de leurs déclarations se sont toutefois révélées en faveur du camp de M. Ivanishvili.

George Khutsishvili, le directeur de l'International Centre on Conflict and Negotiation à Tbilissi, a affirmé que la réaction des autorités face aux récentes manifestations, déclenchées par la diffusion à la télévision d'images de détenus torturés et sexuellement agressés dans les prisons du pays, augurait le pire. Une vingtaine de manifestants auraient été arrêtés et s'ajoutent donc aux 100-120 prisonniers politiques dont l'UE n'aurait pas reconnu l'existence.

Nana Devdariani, l'ancienne présidente de la commission électorale géorgienne, a déclaré que la mission de GUAM était de plaider pour la société civile et les droits de l'Homme, ainsi que de prévenir de l'organisation probable d'une fraude électorale majeure.

Mme Devdariani a expliqué que des données datant du 1er août montraient que le nombre d'électeurs, 3 621 256, dépassait le nombre de 1990, 3 440 000, alors que la population du pays en 1990 était plus importante, à savoir 5 424 400 contre 4 497 600 en janvier 2012. Elle a avancé que ces chiffres laissaient présager des bourrages d'urnes.

L'UE accusée de parti pris pour Mikheïl Saakashvili

Mme Devdariani a qualifié d'« incroyable » la répression qui s'est mise en place après la révolution des roses de 2003 qui a permis à l'actuel président d'arriver au pouvoir. Elle a également fustigé les institutions de l'Union européenne pour ne pas avoir réagi. Elle a accusé le commissaire européen en charge de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, d'avoir demandé à M. Ivanishvili de promettre qu'il reconnaîtrait les résultats du scrutin contre une rencontre avec lui.

La réunion en question n'a jamais eu lieu. Selon des sources d'EurActiv, MM. Füle et Ivanishvili étaient tous deux présents à la conférence qui s'est tenue dans la station balnéaire de la mer Noire de Batumi en juillet. M. Ivanishvili a demandé à pouvoir rencontrer M. Füle à Bruxelles, apparemment dans le but de se faire de la publicité en amont des élections.

Selon les médias géorgiens, M. Füle aurait accepté de le rencontrer à la condition que la coalition Rêve géorgien de M. Ivanishvili ne conteste pas les résultats électoraux s'ils étaient reconnus justes par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. L'autre condition était que l'opposition souscrive à un code de conduite proposé par GYLA, une ONG locale. Aucun parti politique participant au scrutin n'a souscrit à ce code.

Ucha Nanuashvili, le directeur exécutif du Centre des droits de l'Homme à Tbilissi, a accusé l'ambassadeur de l'UE en Géorgie, Philip Dimitrov, de prendre parti pour M. Saakashvili. Il a affirmé que M. Dimitrov, ancien premier ministre bulgare, n'entretenait des contacts qu'avec les ONG pro-gouvernement et que de nombreux faits étayaient cette accusation. Il a également accusé un fonctionnaire géorgien de la représentation de l'UE à Tbilissi en charge de l'assistance de l'Union à la société civile de n'aider que les ONG qui seraient en possession d'une lettre de recommandation du gouvernement.

La Commission et les autorités répondent aux accusations

Les fonctionnaires européennes ont vivement rejeté ces accusations.

Maja Kocijančić, la porte-parole de la haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, a déclaré que M. Dimitrov avait tout le soutien de la Commission et qu'il menait sa mission de manière professionnelle et avec dévouement.

Sur la question des ONG approuvées par le gouvernement qui seraient les seules à pouvoir coopérer avec l'UE, elle a répondu : « Ce n'est absolument pas vrai, c'est tout le contraire. Nous tentons de répartir notre soutien manière égale et nous avons même fait l'objet de critiques de la part du gouvernement pour cette approche. »

La mission géorgienne auprès de l'UE a nié l'existence de prisonniers politiques dans le pays. « Si vous portez de telles accusations, nous souhaiterions que vous nous donniez des noms pour que nous puissions vous répondre sur des affaires concrètes », a déclaré Salome Imnadze, une diplomate géorgienne.

Lors des manifestations sur les abus en prison, elle a affirmé que 13 personnes avaient été arrêtées, 12 la semaine dernière et une hier (25 septembre). Elle a précisé que les autorités n'excluaient pas de procéder à de nouvelles arrestations, mais que les personnes arrêtées étaient soupçonnées d'être impliquées dans la torture et le traitement inhumain des détenus.

Concernant les listes électorales, elle a expliqué qu'aucune des organisations internationales spécialisées n'avait émis de doutes à ce sujet. Elle a ajouté qu'un groupe de travail spécial, mené par l'homme politique de l'opposition Mamuka Katsitadze, vérifiait l'exactitude des listes depuis plusieurs mois.

« Nous sommes donc plus confiants quant à l'exactitude des listes électorales que jamais auparavant », a-t-elle affirmé.

Mme Imnadze a en outre annoncé que les autorités géorgiennes avaient présenté des preuves concernant des liens entre certains membres de l'opposition et des figures du crime organisé qui prévoiraient de renverser le gouvernement dans le cas où le parti au pouvoir remporterait les élections.

Réactions : 

Le parti de l'opposition Rêve géorgien a déclaré dans un communiqué :

« L'affirmation de la diplomate géorgienne selon laquelle il n'existerait aucun prisonnier politique dans ce pays ne tient pas debout. Les prisons géorgiennes sont pleines de détenus emprisonnés suite à de fausses accusations. Ces derniers jours, les autorités ont arrêté plus de 60 militants de Rêve géorgien pour des délits mineurs et sans fondement. »

« Le président de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE, Riccardo Migliori, s'est récemment dit très inquiet quant à la probable arrestation de nombreux militants politiques. »

« La diplomate géorgienne a demandé des noms et des exemples. Nous pouvons lui en fournir »

« Parmi les détenus emprisonnés depuis longtemps se trouve Tamaz Tamasashvili, le père d'un éminent conseiller du leader de Rêve géorgien, Bidzina Ivanishvili, et un ancien chef de la police. Il a été arrêté en octobre 2011, quatre jours après que M. Ivanishvili a annoncé la création de la coalition Rêve géorgien. M. Tamasashvili a été arrêté pour de fausses accusations liées à des armes et n'a pas bénéficié d'un procès équitable. Il demeure un otage politique du régime de M. Saakashvili, et ce malgré une crise cardiaque et des menaces d'autres prisonniers qu'il avait arrêtés lorsqu'il était encore chef de la police », a ajouté le parti.

« Le gouvernement géorgien doit reconnaître que son système judiciaire est souvent injuste et brutal, il doit arrêter de l'utiliser pour détourner les élections », a déclaré la coalition Rêve géorgien.

Prochaines étapes : 
 
  • 1er oct. 2012 : élections législatives.
  • Octobre 2013 : élections présidentielles.
Georgi Gotev - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Mikheïl Saakashvili, président depuis 2004, est parvenu à se maintenir au pouvoir malgré une guerre de cinq jours avec la Russie en août 2008, suite à laquelle Tbilissi a perdu le contrôle de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

 Bidzina Ivanishvili, dont la revue Forbes estime la fortune à 4 milliards d'euros, a annoncé l'an dernier qu'il avait l'intention d'entrer en politique, de remporter les élections et de renouer avec la Russie les liens qui ont été détruits lors du conflit de 2008.

Il a dans le même temps créé une coalition politique, le Rêve géorgien, considérée comme la plus grande rivale du Mouvement national démocrate.

La puissance médiatique de M. Ivanishvili s'est construite autour de la chaîne télévisée TV9, qui a été transformée par des professionnels américains en une sorte de CNN géorgienne. TV9 est en compétition avec les trois chaînes nationales qui sont accusées de promouvoir le gouvernement de M. Saakshivili.

Le climat pré-électoral a été marqué par des tensions suite à la diffusion de vidéos de l'opposition montrant des gardiens de prison maltraiter et abuser sexuellement des détenus [plus d'infos].

A lire aussi

More in this section

Publicité

Sponsors

Vidéos

Europe's East News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Europe's East Promoted

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité