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L'opposition boycotte les élections en Biélorussie

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Publié 24 septembre 2012, mis à jour 25 septembre 2012

En Biélorussie, les autorités ont annoncé un taux de participation élevé aux élections législatives d'hier (23 septembre) après que le président, Alexandre Loukachenko, a qualifié les dirigeants de l'opposition de « lâches » pour avoir inciter la population à boycotter les élections.

Les deux principaux partis de l'opposition ont exhorté la population à aller cueillir des champignons ou pêcher plutôt que de participer à un scrutin qui aboutirait de toute façon à un semblant de parlement dont le rôle serait d'approuver les directives de M. Loukachenko.

« Les élections ont donné lieu à l'élection de 109 députés [...] », a déclaré Lidya Yermochina, la présidente de la commission électorale, lors d'une conférence de presse tôt ce matin.

Elle a expliqué que le taux de participation avait été élevé à 74,3 %, mais elle n'a pas souhaité préciser si l'appel au boycott de l'opposition avait eu un effet quelconque.

Lorsque les journalistes lui ont demandé si des candidats de l'opposition avaient été élus, elle a répondu : « J'en doute fort. »

L'appel au boycott a suscité une réaction de mépris de la part de M. Loukachenko, un populiste qui dirige cette ancienne république soviétique de 9,5 millions d'euros d'une main de fer depuis 1994 et n'a de cesse de réprimer l'opposition (voir « Contexte »).

« Ce sont des lâches qui n'ont rien à dire au peuple », a-t-il affirmé à la presse dimanche après avoir voté à Minsk.

Pour le siège qui n'a pas encore été attribué, un candidat de l'opposition n'est pas parvenu à obtenir plus de la moitié des voix et un second tour est prévu, a expliqué Mme Yermochina.

Le Parti civil uni de Biélorussie et le Front populaire biélorusse, tous deux dans l'opposition, ont appelé au boycott du scrutin en raison de la détention de prisonniers politiques et des fraudes électorales.

Toutefois, les étudiants, les militaires et les forces de police avaient déjà voté cinq jours plutôt, amenant déjà le taux de participation à 26 %. Personne ne doutait donc que l'élection serait déclarée valide.

Le parlement, qui compte 110 sièges, est principalement composé de candidats indépendants et ses députés initient rarement des textes de loi.

Le résultat du scrutin pourrait permettre à M. Loukachenko de présenter ces élections comme un réel exercice démocratique. Les agences d'observation occidentales n'ont pas jugé les élections biélorusses libres et justes depuis 1995.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a envoyé 330 observateurs sur place.

Tentant de défendre ses 18 années de pouvoir et d'intolérance face à l'opposition, M. Loukachenko, un ancien patron de sovkhoze qualifié par l'ancienne administration Bush de dernier dictateur d'Europe, a déclaré dimanche : « Nous n'avons pas besoin de révolutions et de bouleversements. »

« Si cette fois-ci, certains doutent du choix du peuple biélorusse, je ne sais pas quelles normes nous devrons appliquer pour les futures élections », a-t-il expliqué.

Arrestations et détentions

Des organisations de défense des droits de l'Homme affirment que la période qui a précédé le scrutin a été marquée par l'arrestation et la détention de militants de l'opposition.

La télévision et la radio d'État n'ont fait aucune mention de l'appel au boycott. Les organisations liées à l'opposition n'ont pas pu manifester dans les rues ou distribuer des prospectus en soutien à leur action et certaines figures de l'opposition n'ont pas pu se porter candidats pour des raisons techniques.

« Tout ça, c'est interdit », s'est insurgé Anatol Liabiedzka, le président du Parti civil uni de Biélorussie, brandissant une pile de brochures sur son bureau qui appelaient la population à se rendre au parc, à aller cueillir des champignons, à aller à la pêche ou encore se promener dans les bois, plutôt que d'aller voter.

Le parti de M. Liabiedzka a publié une vidéo sur YouTube qui montre des militants cueillant des champignons, jouant aux échecs et lisant des livres dans un parc, au lieu de se rendre aux urnes.

Réactions : 

L'eurodéputé Elmar Brok qui préside la commission des affaires étrangères au Parlement européen, l'eurodéputé Jacek Protasiewicz, également vice-président du Parlement européen, et l'eurodéputé Filip Kaczmarek qui préside la délégation pour les relations avec la Biélorussie ont déclaré dans un communiqué commun : « Nous déplorons que les élections législatives en Biélorussie n'aient à nouveau pas respecté les normes démocratiques. Malgré quelques améliorations mineures dans le cadre juridique des élections, notamment l'augmentation du nombre de candidats présentés par les partis politiques, les autorités biélorusses n'ont pas saisi cette chance pour organiser des élections justes et transparentes. »

Catherine Ashton, la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, et le commissaire à l'élargissement et à la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, ont fait la déclaration suivante :

« Les élections législatives d'hier sont une nouvelle occasion manquée par la Biélorussie d'organiser des élections conformes aux normes internationales. »

« L'UE a suivi de près la période pré-electorale et le déroulement du scrutin. Certaines améliorations sont à noter dans le processus électoral, comme l'amélioration du Code électoral, mais malheureusement, les élections ont eu lieu sur fond de répression et d'intimidation. »

EurActiv.com avec Reuters - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Lukashenko: Denounces opponents as 'cowards'
Contexte : 

Le président Alexandre Loukachenko, à la tête de ce pays de 10 millions d'habitants depuis 1994, a toléré peu de dissidence, réprimandant les manifestations publiques et emprisonnant les leaders de l'opposition. Les militants des droits de l'Homme affirment que 15 personnes sont toujours détenues dans les prisons biélorusses pour des raisons politiques.

La réélection de M. Loukachenko pour un quatrième mandat en décembre 2010 a entraîné des manifestations de masse menées par l'opposition, qui se sont soldées par l'arrestation de plusieurs candidats de l'opposition qui avaient participé à la course à la présidence.

L'UE a imposé des sanctions à la Biélorussie, mais cela devrait isoler un peu plus le pays et le rendre encore plus dépendant face à son allié de longue date, la Russie, qui avait consenti à son renflouement au plus fort de la crise financière en 2011. M. Loukachenko dépend fortement du soutien financier de Moscou qui fournit au pays de l'énergie bon marché et lui fait bénéficier d'autres avantages, dans la mesure où la Biélorussie est considérée par la Russie comme une zone tampon entre l'OTAN et Moscou.

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