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Un milliardaire pro-russe se met à la politique en Géorgie

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Publié 17 octobre 2011, mis à jour 20 octobre 2011

Le milliardaire géorgien Bidzina Ivanishvili, qui passe des affaires à la politique, a déclaré qu'il remporterait les élections législatives l'an prochain et qu'il était prêt à réparer les liens que son pays entretenait avec la Russie qui avaient été mis à rude épreuve lors du conflit de 2008.

Bidzina Ivanishvili, dont la fortune est estimée à 5,5 milliards de dollars (4 milliards d'euros) par le magazine américain Forbes, a fait part de ses ambitions dans une lettre ouverte la semaine dernière. Il a également demandé au président de son pays, Mikheïl Saakashvili, le leader pro-Occident de la révolution des roses en 2003, de démissionner.

Cet homme d'affaires solitaire, également connu sous son prénom russe, Boris, développe de nombreuses activités commerciales en Russie. Il a d'ailleurs été rapidement qualifié par Tbilissi de « larbin du Kremlin » et s'est vu retirer sa nationalité géorgienne.

Lors de son premier entretien accordé à la presse depuis 2005, M. Ivanishvili a affirmé à Reuters ce week-end qu'il rassemblerait les éléments « sains » de l'opposition géorgienne divisée et qu'il ferait tomber le parti de Saakashvili lors des élections législatives à l'automne de l'année prochaine.

« Nous sommes sûrs à au moins 90 pour cent que nous entrerons au parlement avec une majorité absolue », a déclaré M. Ivanishvili.

« Il est trop tôt pour dire si nous créerons une union ou s'il ne s'agira que d'un parti », a-t-il précisé. « Des consultations avec certaines des forces saines de l'opposition en Géorgie sont en cours ».

M. Ivanishvili représente un défi pour l'approche pro-occidentale adoptée par M. Saakashvili en huit ans de pouvoir à la tête de la Géorgie, une nation au sud de la Russie qui compte 4,7 millions d'habitants et qui représente un corridor stratégique pour les exportations de pétrole de la mer Caspienne vers l'Europe.

Un homme mystérieux

Depuis longtemps une figure énigmatique, même dans son propre pays, M. Ivanishvili est un homme mince aux yeux verts avec des paupières tombantes et les cheveux bruns assortis d'une touche de gris. Il portait un costume italien noir et une montre Rado.

Ce passionné d'art a réalisé cette interview dans sa demeure d'une valeur de 50 millions de dollars (36 millions d'euros) située en haut d'une colline qui a été qualifiée de forteresse par l'architecte japonais qui l'a conçue, Shin Takamatsu. Elle peut aisément être comparée au château californien du magnat américain des médias, William Randolph Hearst.

Des œuvres de Damien Hirst et de Roy Liechtenstein sont accrochées dans les couloirs tout de verre et d'acier de la partie réservée aux invités et aux discussions d'affaires, où se trouve une cour parsemée de sculptures de Zaha Hadid, d'Anish Kapoor et d'Henry Moore.

M. Ivanishvili a déclaré qu'il avait décidé d'entrer en politique après avoir tergiversé pendant une semaine, otage de ses promesses passées de rester en dehors de la vie publique.

« J'ai hésité jusqu'au bout », a-t-il affirmé. « Mais à présent, je pense que ma position va se renforcer de jour en jour et que la leur va faiblir », a-t-il affirmé à propos du gouvernement de M. Saakashvili.

« Ils ont essayé de m'exclure du processus politique, mais je ne vais pas m'arrêter », a-t-il précisé quant à la décision de lui retirer sa nationalité géorgienne, car il avait acquis un passeport français en 2010.

« Il ne serait pas légitime qu'ils m'empêchent de participer à ces élections », a ajouté M. Ivanishvili qui a aussi la nationalité russe. La Géorgie ne permet pas à ses citoyens de détenir plusieurs nationalités.

Boris Ivanishvili s'apprête à vendre ses biens

M. Ivanishvili, qui a fondé la Rossiysky Kredit Bank en 1990 avec Vitaly Malkin et qui possède une chaîne de pharmacies russes ainsi que des biens immobiliers à Moscou, a déclaré qu'il était prêt à vendre ses biens pour se concentrer sur la politique.

« L'estimation de mes biens est déjà en cours », a-t-il déclaré. « Je réalise que je ne pourrai pas les vendre au prix maximum, mais je suis prêt ».

M. Ivanishvili a affirmé que ses priorités, après avoir remporté les élections, que ce soit en tant que président du parlement ou premier ministre, seraient de lancer des réformes constitutionnelles et judiciaires, de réduire le fardeau administratif qui pèse sur les entreprises et de protéger la liberté de la presse.

La Géorgie a approuvé une réforme de la constitution l'an dernier, transformant son système d'ex-république soviétique en une république « mixte » avec un premier ministre plus puissant et un parlement à partir de 2013, date à laquelle le second mandat de M. Saakashvili expirera selon la constitution.

Les opposants de M. Saakashvili affirment que ce dirigeant de 43 ans, élu après la révolution sanglante de 2003, prévoit de devenir premier ministre à la tête de son parti, le Mouvement national démocrate, qui détient une large majorité au parlement.

« Je sais qu'il [M. Saakashvili] veut rester au pouvoir », a expliqué M. Ivanishvili. « On ne devrait pas le laisser faire ».

Il a avancé que deux ou trois années seraient suffisantes pour mettre en oeuvre son programme radical, après quoi il quitterait la scène politique.

« J'espère impressionner l'Europe avec le niveau de démocratie que j'atteindrai en Géorgie », a-t-il révélé. « Notre démocratie sera telle que même les Européens voudront investir en Géorgie ».

Les détracteurs du pouvoir actuel accusent M. Saakashvili de ne pas respecter les libertés individuelles et d'avoir provoqué le conflit avec la Russie en août 2008. Les forces géorgiennes avaient à l'époque été délogées en cinq jours et Moscou avait reconnu l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie sécessionnistes en tant qu'Etats indépendants.

M. Ivanishvili a accusé la Russie d'avoir mené une « agression sans précédent » contre la Géorgie, mais il a précisé que la politique étrangère téméraire de M. Saakashvili avait provoqué ce conflit.

Il a affirmé que la Géorgie, qui dispose de facto d'un droit de veto contre l'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce, devrait se définir un rôle qui soit « sécurisant pour les Etats-Unis et l'Europe, et acceptable pour la Russie ».

La Russie n'est pas « le pire exemple d'Etat non démocratique », a-t-il assuré, dans la mesure où le premier ministre, Vladimir Poutine, qui a annoncé son projet de redevenir président, est un leader très populaire.

« La population russe aime cet homme. Ce sont leurs affaires, leur choix, même si une Russie plus démocratique serait plus intéressante pour l'Europe et les Etats-Unis », a-t-il expliqué.

« Il est très probable que le prochain gouvernement russe lance une lutte contre la corruption, cherche un rapprochement avec l'Occident et met en oeuvre de réelles réformes démocratiques ».

EurActiv avec Reuters – Article EurActiv traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Bidzina Ivanishvili
Contexte : 

La Russie et la Géorgie se sont affrontées lors d'une guerre de cinq jours en août 2008. Pendant ce conflit, les troupes russes ont repoussé une attaque dans la région séparatiste pro-russe d'Ossétie du Sud qui s'est départie du pouvoir de Tbilissi au début des années 1990. 

La Russie a ensuite reconnu l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, l'autre région séparatiste de la Géorgie, comme des Etats indépendants. La Russie dispose de milliers de soldats stationnés dans les deux régions. 

Vladimir Poutine, le premier ministre russe, cité à l'époque par un diplomate français, aurait déclaré qu'il souhaitait voir le président géorgien, Mikheïl Saakashvili, pendu. 

En privé, les représentants de l'UE reconnaissent généralement que le président géorgien, Mikheïl Saakashvili, est responsable du conflit du mois d'août. Il continue toutefois du jouir du soutien de l'Occident en tant que symbole de la « révolution des roses » dans le pays.

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