Sonia Koshkina, considérée comme l'une des meilleures journalistes d'Ukraine, a expliqué à EurActiv que son équipe éditoriale avait choisi l'exile, car chacun d'entre eux risquait une peine de sept ans de prison, la même que celle que purge actuellement l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko.
Les médias ukrainiens ont annoncé la semaine dernière que Mme Ianoukovitch avait demandé au procureur général d'ouvrir une enquête criminelle sur Lb.ua (Levyi bereg, la rive gauche en français) et TVi.
Le 12 juillet, des enquêteurs du fisc ont mené des perquisitions dans les bureaux de TVi et le patron de la chaîne, Mykola Knyazhitsky, est aujourd'hui accusé de fraude fiscale, bien qu'il nie ces accusations. Des organisations qui militent en faveur de la liberté de la presse ont expliqué que les inspecteurs du fisc harcelaient la chaîne télévisée depuis des mois.
M. Ianoukovitch a accusé Lb et TVi, deux médias reconnus pour leur indépendance, de ne pas réaliser une couverture équilibrée de l'actualité.
« Le pluralisme des avis dans la presse sera la garantie de l'expression démocratique dans les prochaines élections. Les autorités doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre les médias et les droits des électeurs », a déclaré M. Ianoukovitch, cité sur le site Internet Rbc.ua.
Lb.ua affiche actuellement sur sa page d'accueil les photos de quatre fonctionnaires du gouvernement : le chef de l'administration présidentielle, Sergueï Lavochkin, le premier procureur général adjoint, Renat Kouzmine, le premier vice-premier ministre, Valery Khoroshkovsky, et le conseiller présidentiel Andreï Portnov, avec l'inscription : « Demandez-leur où est passé Lb.ua ».
« Si vous vous rendez sur notre page d'accueil, vous verrez ceux qui, selon nous, sont les oppresseurs directs de notre site », a déclaré Mme Koshkina à EurActiv.
Trop risqué de rentrer en Ukraine
Mme Koshkina (un nom de plume, son vrai nom étant Ksenia Vasilenko) a expliqué que son équipe tentait à présent de relancer le site de l'étranger, probablement dans un pays de l'UE.
« Trois membres dirigeants de l'équipe éditoriale et moi-même sommes des réfugiés à l'étranger. Il serait trop risqué pour nous de rentrer en Ukraine. Si nous traversons la frontière ukrainienne, il est plus que probable que nous serons arrêtés à l'aéroport, que nous passeports seront confisqués et que nous ne pourrons plus quitter le pays », a avancé Mme Koshkina.
« Nous risquons tout de même une peine de sept ans de prison, la même que celle que purge actuellement Ioulia Timochenko. Il est clair pour nous et nos collègues ukrainiens que ces accusations sont factices et sont motivées sur le plan politique. Elles sortent de nulle part », a-t-elle affirmé.
Selon elle, la seule explication à cette oppression des médias est l'arrivée des élections législatives le 28 octobre.
« Les autorités ukrainiennes veulent éliminer les médias indépendants. Notre situation reflète les pressions que les médias subissent pour peu qu'ils ne soient pas sous le contrôle des autorités », a-t-elle déploré.
Protestation
Vendredi, une série de députés ont protesté contre les mesures de répression prises contre Lb.ua. Ils ont clamé que ce site Internet, l'un des plus célèbres d'Ukraine, était reconnu pour sa couverture équilibrée, dans la mesure où il présentait à la fois l'avis du gouvernement et de l'opposition.
Les députés ont annoncé qu'ils se tourneraient vers le Conseil de l'Europe et les ONG Reporters sans frontières, Freedom House et la communauté internationale pour défendre la liberté de la presse en Ukraine. Reporters sans frontières a condamné le 19 juillet dernier les perquisitions dans les locaux de TVi.
Cette déclaration a été signée par les députés Alexander Abdulin, Elena Kondratyuk, Iouri Stets et Viktor Ukolov.
Mme Koshkina était à Bruxelles l'année dernière à l'occasion d'un événement organisé par le Business Council UE-Ukraine auquel ont participé des diplomates ukrainiens. Elle s'était alors exprimée sur ce qu'elle qualifiait de ploutocratie ukrainienne.





