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Viktor Ianoukovitch accusé de bâillonner la presse en amont des élections

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Publié 23 juillet 2012, mis à jour 25 juillet 2012

Quatre mois avant les élections législatives en Ukraine, le président du pays, Viktor Ianoukovitch, a fermé deux médias indépendants, dont Lb.ua, un site d'informations en ligne qui entretient des relations éditoriales avec EurActiv depuis de nombreux mois.

Sonia Koshkina, considérée comme l'une des meilleures journalistes d'Ukraine, a expliqué à EurActiv que son équipe éditoriale avait choisi l'exile, car chacun d'entre eux risquait une peine de sept ans de prison, la même que celle que purge actuellement l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko.

Les médias ukrainiens ont annoncé la semaine dernière que Mme Ianoukovitch avait demandé au procureur général d'ouvrir une enquête criminelle sur Lb.ua (Levyi bereg, la rive gauche en français) et TVi.

Le 12 juillet, des enquêteurs du fisc ont mené des perquisitions dans les bureaux de TVi et le patron de la chaîne, Mykola Knyazhitsky, est aujourd'hui accusé de fraude fiscale, bien qu'il nie ces accusations. Des organisations qui militent en faveur de la liberté de la presse ont expliqué que les inspecteurs du fisc harcelaient la chaîne télévisée depuis des mois.

M. Ianoukovitch a accusé Lb et TVi, deux médias reconnus pour leur indépendance, de ne pas réaliser une couverture équilibrée de l'actualité.

« Le pluralisme des avis dans la presse sera la garantie de l'expression démocratique dans les prochaines élections. Les autorités doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre les médias et les droits des électeurs », a déclaré M. Ianoukovitch, cité sur le site Internet Rbc.ua.

Lb.ua affiche actuellement sur sa page d'accueil les photos de quatre fonctionnaires du gouvernement : le chef de l'administration présidentielle, Sergueï Lavochkin, le premier procureur général adjoint, Renat Kouzmine, le premier vice-premier ministre, Valery Khoroshkovsky, et le conseiller présidentiel Andreï Portnov, avec l'inscription : « Demandez-leur où est passé Lb.ua ».

« Si vous vous rendez sur notre page d'accueil, vous verrez ceux qui, selon nous, sont les oppresseurs directs de notre site », a déclaré Mme Koshkina à EurActiv.

Trop risqué de rentrer en Ukraine

Mme Koshkina (un nom de plume, son vrai nom étant Ksenia Vasilenko) a expliqué que son équipe tentait à présent de relancer le site de l'étranger, probablement dans un pays de l'UE.

« Trois membres dirigeants de l'équipe éditoriale et moi-même sommes des réfugiés à l'étranger. Il serait trop risqué pour nous de rentrer en Ukraine. Si nous traversons la frontière ukrainienne, il est plus que probable que nous serons arrêtés à l'aéroport, que nous passeports seront confisqués et que nous ne pourrons plus quitter le pays », a avancé Mme Koshkina.

« Nous risquons tout de même une peine de sept ans de prison, la même que celle que purge actuellement Ioulia Timochenko. Il est clair pour nous et nos collègues ukrainiens que ces accusations sont factices et sont motivées sur le plan politique. Elles sortent de nulle part », a-t-elle affirmé.

Selon elle, la seule explication à cette oppression des médias est l'arrivée des élections législatives le 28 octobre.

« Les autorités ukrainiennes veulent éliminer les médias indépendants. Notre situation reflète les pressions que les médias subissent pour peu qu'ils ne soient pas sous le contrôle des autorités », a-t-elle déploré.

Protestation

Vendredi, une série de députés ont protesté contre les mesures de répression prises contre Lb.ua. Ils ont clamé que ce site Internet, l'un des plus célèbres d'Ukraine, était reconnu pour sa couverture équilibrée, dans la mesure où il présentait à la fois l'avis du gouvernement et de l'opposition.

Les députés ont annoncé qu'ils se tourneraient vers le Conseil de l'Europe et les ONG Reporters sans frontières, Freedom House et la communauté internationale pour défendre la liberté de la presse en Ukraine. Reporters sans frontières a condamné le 19 juillet dernier les perquisitions dans les locaux de TVi.

Cette déclaration a été signée par les députés Alexander Abdulin, Elena Kondratyuk, Iouri Stets et Viktor Ukolov.

Mme Koshkina était à Bruxelles l'année dernière à l'occasion d'un événement organisé par le Business Council UE-Ukraine auquel ont participé des diplomates ukrainiens. Elle s'était alors exprimée sur ce qu'elle qualifiait de ploutocratie ukrainienne.

Réactions : 

En réponse aux articles parus dans la presse sur les poursuites contre LB.ua, le premier vice-premier ministre, Valery Khoroshkovsky, a déclaré : « Je pense sincèrement que les récentes accusations et insinuations à mon sujet dans la presse concernant le portail Internet LB reflètent une provocation politique orchestrée et injustifiée. La liberté d'expression et de la presse sont des éléments fondamentaux des valeurs démocratiques de tout Etat européen. C'est la raison pour laquelle je demeurerai un fervent partisan de la presse libre et indépendante en Ukraine. [...] J'insiste pour que le bureau du procureur général d'Ukraine prenne des mesures de toute urgence pour vérifier la légalité et la pertinence des poursuites judiciaires entames contre le portail Internet LB. Les services qui ont entamé ces poursuites devraient s'abstenir de continuer tant que cette vérification n'aura pas eu lieu. »

L'opposition unie en Ukraine a déclaré qu'avec le bâillonnement de la presse dans le pays, les autorités avaient franchi la frontière entre la démocratie et le totalitarisme.

« Les poursuites judiciaires contre des journalistes en Ukraine sont un signal pour tous les médias indépendants, les experts politiques et les militants qui se doivent aujourd'hui de réaliser que toute personne se considérant comme libre, chérissant les principes de la démocratie et de la liberté d'expression peut faire l'objet de poursuites criminelles sous n'importe quel prétexte. »

L'organisation qui milite pour la liberté de la presse Reporters sans frontières a déclaré dans un communiqué le 19 juillet : « Cette nouvelle forme de pression contre la chaîne indépendante TVi est absolument inacceptable. Bien que nous comprenions l’importance des contrôles fiscaux, nous condamnons la manière avec laquelle la police fiscale a mené son opération dans les locaux de TVi. Nous demandons à ce qu’une enquête soit ouverte pour questionner la légalité de cette opération et nous appelons au respect de l’indépendance des médias à l’approche de l’échéance électorale. » 

La Commission européenne surveille de près toutes les questions impliquant les médias, a déclaré aujourd'hui (23 juillet) Peter Stano, le porte-parole du commissaire à l'élargissement et à la politique européenne de voisinage, Štefan Füle.

« Je n'entrerai pas dans les détails de cette affaire, dans la mesure où une enquête est apparemment en cours [...] Mais ce que je peux vous dire sur l'affaire TVi et les perquisitions menées par les inspecteurs du fisc il y a quelques jours, c'est que nous estimons que ce genre de contrôle fiscal doit être mené avec une attention particulière, dans la mesure où les élections approchent. Dans ce contexte, nous souhaiterions rappeler la position de la Verhovna Rada (le parlement ukrainien) adoptée en février de cette année, qui a recommandé que les organes du gouvernement, donc également le fisc, la télévision nationale ukrainienne et le Conseil de radiodiffusion, n'enquêtent pas sur les médias en pleine période pré-électorale. »

M. Stano a expliqué que la Commission prendrait en considération les avis des organisations journalistiques pertinentes sur les affaires LB.ua et TVi.

« Nous ne nous fondons pas uniquement sur l'avis des autorités officielles », a-t-il affirmé.

« Cette situation, surtout dans le contexte des prochaines élections législatives et des problèmes actuels concernant le système judiciaire ukrainien, préoccupe à juste titre la communauté internationale. L'image de l'Ukraine en souffre. En raison de ce type d'événements, les citoyens ukrainiens ne peuvent pas tirer profit de l'accord d'association », a souligné l'eurodéputé Pawel Kowal, président du comité parlementaire pour la coopération entre l’Ukraine et l’Union européenne.

« Je souhaiterais également rappeler la résolution adoptée par le parlement ukrainien qui garantit la liberté des médias durant la campagne électorale de 2012, et ce à partir du 9 février 2012. Cette résolution recommande que l'administration publique, le fisc et le Conseil national de la radiodiffusion ne mènent pas d'enquêtes sur les médias au cours de la période précédant les élections », a ajouté M. Kowal.

Prochaines étapes : 
  • 28 oct. : les élections législatives auront lieu sous la surveillance de la communauté internationale.
Georgi Gotev - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Sonia Koshkina
Contexte : 

L'Union européenne s'est dite « déçue » de la condamnation à sept ans de prison de l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko suite à des accusations d'abus de pouvoir liées à des accords gaziers signés avec la Russie en 2009.

Ce procès était « politiquement motivé » et n'a pas respecté les normes internationales, a affirmé l'UE, ajoutant que cela se reflèterait dans la politique de l'Union envers l'Ukraine.

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre.

Le 30 mars dernier, le document a été paraphé, mais il ne sera mis en oeuvre que lorsque l'Ukraine aura revu son système de « justice sélective » et pas avant que les élections législatives n'aient eu lieu le 28 octobre 2012.

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