EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Une approche unique pour la 'flexicurité' ne fait pas mouche [FR]

Publié 08 juin 2007
Étiquettes
flexicurity
Version imprimableSend by email

La Commission a indiqué que la transposition du modèle nordique de 'flexicurité' aux autres Etats de l'UE ne fonctionnerait pas sans prise en compte des marchés nationaux du travail et des traditions sociales, et qu'elle recommanderait différentes voies à suivre pour la réforme courant juin 2007.

Présentant l'approche de la Commission dans une communication qui devrait être publiée d'ici la fin du mois de juin 2007, lors de la Semaine de l'emploi annuelle à Bruxelles le 6 juin 2007, un fonctionnaire de la Commission a indiqué que la flexicurité devait être considérée comme une stratégie politique et non un modèle. 

Au cours d'un panel intitulé "Flexicurité - Comment cela fonctionne-t-il en pratique?", le coordinateur politique de la direction Emploi de la Commission, Jos Kester, a déclaré que la flexibilité et la sécurité n'étaient pas antagonistes comme on avait l'habitude de le penser, et pouvait au contraire être combinées. Il a indiqué que la stratégie contribuerait à résoudre les problèmes de pénurie de main d'oeuvre qualifiée sur le marché du travail ainsi que les problèmes d'insécurité de l'emploi dûs au démantèlement ou à la fermeture des entreprises, et qu'elle serait ainsi dans l'intérêt mutuel des employeurs et des travailleurs.

Le fonctionnaire de la Commission a cependant reconnu que les Etats membres de l'UE partaient de positions très différentes et avaient des traditions sociales diverses qui ne pouvaient pas être ignorées. La prochaine communication de la Commission, recommandera donc différentes voies à suivre pour surmonter les obstacles qui empêchent aux pays de combiner flexibilité et sécurité. Alors que ces recommandations prendront en compte les différences entre les Etats, elles ne seront pas adressées à chaque pays individuellement, mais aborderont plutôt les différents types de problèmes structurels et souligneront les meilleures pratiques qui peuvent se trouver dans chaque Etat membre. Il a également souligné l'importance de l'implication des partenaires sociaux dans les décisions et dans la transposition des mesures sur la flexicurité, sans lesquels, a-t-il indiqué, de tels systèmes ne pourraient bénéficier d'une confiance suffisante, ce qui atténuerait leur succès.

Réactions : 

Le Professeur Ton Wilthagen, directeur du programme de recherche sur la flexicurité à l'Université de Tilburg aux Pays-Bas et rapporteur du groupe d'experts sur la flexicurité, à l'origine de l'initative sur la flexicurité de la Commission, a vivement recommandé de lancer un débat sur la flexicurité qui doit devenir aujourd'hui "plus concrète et orientée vers la pratique". 

Il a décrit la flexicurité comme une forme de "gestion des risques commune et mutuelle pour les employeurs et les travailleurs" : Les entreprises font face au double risque de la fragilisation de leur position sur le marché et de la disparité qualitative et quantitative de l'offre de main d'oeuvre; les travailleurs risquent de perdre leur emploi et la sécurité de l'emploi et pourraient avoir des difficultés à trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Selon Ton Wilthagen, le but de la flexicurité est d'aider l'autre partie respective à gérer ses risques tout en gérant ses propres risques. 

Le représentant de l'emploi et des affaires sociales à Bruxelles du groupe Air France - KLMEmmanuel Jahan, a précisé que la flexicurité allait bien au delà des frontières habituelles des politiques sociales établies, rendant nécessaire l'établissement de réseaux au niveau national et transnational, rassemblant les régions, les Etats membres, les partenaires sociaux et les entreprises. Citant l'exemple de sa propre entreprise, il a indiqué que les entreprises flexibles rencontraient encore des obstacles importants, notamment :

  • Pas de "convergence" entre les différents droits du travail d'un pays à l'autre 
  • Un manque de certitude sur la léglaité des accords entre les partenaires sociaux dans différents pays
  • Mesures administratives difficiles pour les travailleurs établis dans un autre Etat membre
  • Quels droits sont applicables en cas de différends au niveau juridique 
  • L'accès difficile aux fonds européens supposés faciliter la flexibilité et la mobilité 

Annemarie Muntz, présidente d'Eurociett, la confédération européenne des agences privées pour l'emploi, a évoqué la déclaration commune entre son organisation (qui représente les agences pour l'emploi telles que Manpower, Adecco, Randstad) et le syndicat UNI-Europa, précisant qu'elle constituait le seul accord avec les parteniares sociaux d'un secteur, déplorant par ailleurs le fait qu'aucun représentants des organisations syndicales n'ait été invité à faire partie d'un des panels de la Semaine de l'Emploi. Elle a appelé à la suppression de ce qu'elle qualifie de "barrières injustifiées", comme les interdictions sectorielles pour le travail temporaire, et a demandé que les agences d'intérim soient mentionnées dans les lignes directrices pour les politiques de l'emploi de Lisbonne.

Le commissaire à l'emploi Vladimír Špidla s'est exprimé lors de la Semaine de l'Emploi : "Je pense que la Commission a stimulé le débat sur la flexicurité grâce à son initiative encourageant la mobilité des travailleurs et facilitant le passage d'un emploi à l'autre. Bien entendu, il n'y a pas de réponse simple et unique à toutes ces questions. Mais le but est de placer le capital humain au centre de nos efforts. C'est précisément le sens du débat sur la flexicurité".

Le secrétaire d'Etat à l'emploi et la formation continue du Portugal, Fernando Medina, a indiqué lors de la Semaine de l'Emploi : "Je pense que la flexicurité est un concept extrêmement complexe et honnêtement nous ne pourrions pas dissocier cette approche des réalités nationales et culturelles". Il a mentionné l'exemple du Portugal, qui selon lui, est soumis à une des législations du travail les plus contraignantes d'Europe, tout en bénéficiant d'un des plus forts taux d'emploi : "Si nous essayons d'importer, sans critique aucune, une sorte de modèle danois, ce sera un échec dans chaque pays, à l'exception du Danemark".

Prochaines étapes : 
  • 20 avril 2007: La conférence des parties prenantes de la Commission sur la flexicurité.
  • 18 juin2007: La commission Emploi du Parlement doit voter un rapport intitulé "Moderniser le droit du travail pour relever les défils du XXIème siècle". Le vote en plénière est prévu pour le 21 juin 2007.
  • Fin juin 2007 : La Commission devrait publier une communication sur la flexicurité
  • 5 - 6 juillet 2007: Réunion informelle du conseil Emploi (Guimarães, Portugal) pour aborder le thème de la flexicurité.
  • 13 - 14 septembre 2007: Conférence de la présidence portugaise sur la flexicurité.
Contexte : 

Les économies appliquant une approche de flexicurité à leur marché du travail se caractérisent par les éléments suivants :

  • Des modalités de travail flexibles 
  • Des politiques actives sur le marché du travail
  • Des systèmes fiables et adaptables de formation et d’éducation tout au long de la vie
  • Des systèmes modernes de sécurité sociale 
  • Dialogue social

Le Danemark est généralement considéré comme l'exemple-type du pays appliquant la flexicurité, mais la Finlande, la Suède, les Pays-Bas et l'Autriche répondent également à suffisament de critères pour prétendre appartenir au club. En raison du succès de ces pays en matière de création d'emplois et de maintien d'un niveau de sécurité sociale élevé, alors que des pays comme la France et l'Allemagne restaient à la traîne, les discussions ont commencé en 2005 dans les économies moins performantes, qui se sont efforcées de tirer les leçons de la flexicurité.

La présidence autrichienne de l'UE, lors du premier semestre 2006, a ajouté la flexicurité à l'agenda européen au cours d'une conférence ministérielle sur le sujet le 20 janvier 2006. La Commission met actuellement la touche finale à une communication approuvant la stratégie de flexicurité au niveau européen.

More in this section

Publicité