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Alors que la présidence française prépare ses propositions pour une approche européenne exhaustive de l’immigration de la main d’œuvre, les entreprises et les syndicats européens ont profité de l’édition 2008 de la Employment Week pour demander à l’UE de ne pas présenter un visage « xénophobe » au reste du monde.
Les analystes conviennent qu’il est nécessaire d'attirer des immigrants hautement qualifiés de pays tiers afin de combler le déficit de l’Union en terme de démographie, de main d'oeuvre et de compétences (lire le LinksDossier d’EurActiv sur les immigrants hautement qualifiés).
En septembre 2007, la Commission a présenté sa proposition
de carte bleue européenne, dont le but est d’attirer 20 millions de travailleurs principalement hautement qualifiés de pays tiers.
Un « pacte européen pour l’immigration » est l’une des priorités de la présidence française. Il vise à intégrer les politiques des Etats membres de l’UE sur des questions allant de l’immigration de travailleurs hautement qualifiés et du travail au noir au retour des immigrants illégaux.
Parallèlement, les travailleurs de toutes qualifications restent confrontés à d’importants problèmes quand ils veulent s’établir et travailler dans un Etat membre différent (lire aussi notre LinksDossier sur la libre circulation des travailleurs dans l’UE des 27).
Alors que la mondialisation et l’évolution démographique pèsent de plus en plus sur les marchés du travail de l’Europe, les questions de l’immigration et de la mobilité des travailleurs dans l’UE étaient les priorités de l’agenda de l’édition 2008 de la Employment Week
.
Sverker Rudeberg, le président du groupe de travail sur l’immigration de Businesseurope, a rejeté la notion répandue selon laquelle l’immigration de ressortissants de pays tiers nuit à l’emploi de la main d’œuvre locale. Il a souligné que les employeurs cherchent de nouveaux travailleurs dans des cercles concentriques de plus en plus étendus. Selon cette approche, s’il ne peuvent pas trouver un travailleur pour combler un poste vacant, ils chercheront d’abord au niveau local, puis national, et européen voire mondial.
Par conséquent, M. Rudeberg souhaite qu’un signal soit envoyé aux pays tiers : l’Union européenne n’est pas xénophobe. Il a affirmé que les possibilités d’immigration légale peuvent contribuer à lutter contre l’immigration illégale, qui survient quand il est impossible de répondre légalement aux demandes du marché du travail local. Cependant, d’après lui, les entreprises préfèrent ne pas avoir de sans-papiers.
Il a conclu que pour prospérer à l’avenir, il faut un système pour gérer l’immigration de manière adéquate. Il s’est dit outré du fait qu’il n’y ait toujours aucun cadre pour l’immigration légale au niveau européen et que les travailleurs migrants souhaitant se déplacer d’un pays à un autre, dans une entreprise européenne transnationale par exemple, sont confrontés à d’importantes difficultés.
La secrétaire de la Confédération européenne des syndicates (CES), Catelene Passchier, a insisté sur la responsabilité des gouvernements qui, selon elle, exploitent souvent la peur latente des travailleurs immigrants en faveur de politiques populistes. Elle a déclaré qu’il est donc important que les syndicats adoptent une position claire : nous ne croyons pas à la fermeture des frontières, nous ne pensons pas que fermer les frontières protège les travailleurs, a-t-elle ajouté.
Mme Passchier a fait référence aux discussions actuelles concernant la carte bleue européenne, où la tendance est de favoriser l’immigration temporaire ou « circulaire » sur l’immigration permanente. Selon elle, l’immigration temporaire ne peut pas remplacer l’immigration permanente. C’est un concept qui sera toujours moins attractif pour certains travailleurs ».
Concernant la présidence française et son initiative visant à encourager l’immigration de travailleurs hautement qualifiés tout en freinant l’immigration de travailleurs peu qualifiés, elle se demande si une telle approche est possible et désirable. Elle affirme que les travailleurs peu qualifiés sont également nécessaires – huit millions de travailleurs en situation irrégulière employés dans des postes à faibles qualification le prouve, a-t-elle illustré.
Mais elle a indiqué que la concurrence transfrontalière pour les bas salaires qui a émergé en Europe, entraînant des salaires d’à peine 2€ par heure pour les ramasseurs de tomates, devient un problème majeur.
Pour les syndicats, la confusion entre la libre circulation des services et la libre circulation des personnes est un autre problème car les règles sur les services sont généralement transgressées, une situation qui conduit à la détérioration des normes sociales. D’après Mme Passchier, la circulation des services impliquant uniquement de la main d’oeuvre n’est rien d’autre que la circulation des travailleurs et devrait être couverte par des règles s’appliquant à la mobilité des travailleurs.
Emmanuel Jahan de Air France, qui s’exprimait au nom du CEEP, l’organisation des employeurs du service public, a indiqué qu’au-delà des problèmes bien connus comme l’absence de mobilité de la population européenne (à peine 2% de la population se considère mobile), les langues et les différences dans les systèmes juridiques et les retraites, les employeurs sont également confrontés à des défis considérables concernant le statut juridique des travailleurs migrants. Un aspect essentiel est que dans de nombreux Etats membres, la loi les oblige à vérifier si un travailleur est en situation régulière dans ce pays.
Pour ce qui est de la portabilité des droits à pension, M. Jahan affirme que les Etats membres de l’UE n’ont même pas été capables de résoudre la question, il estime donc qu’il faudra beaucoup de temps avant qu’une solution puisse être envisagée pour les travailleurs migrants.