Les stratégies nationales devraient inclure des objectifs spécifiques pour accroître l’accès des Roms à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé, au logement et aux services essentiels, a déclaré la Commission.
Le but est de réduire les énormes écarts qui existent actuellement entre la communauté rom et le reste de la population, en particulier dans des pays où les Roms vivent en grand nombre, comme en Roumanie, en Bulgarie, en Espagne, en Hongrie, en Slovaquie, en France et en Grèce.
Des problèmes relatifs à l’intégration des Roms se sont présentés l’été dernier lorsque la France a instauré des mesures contre les camps de Roms, ce qui a mené à une confrontation entre le gouvernement français et la Commission européenne.
S’exprimant à Strasbourg mardi (5 avril), Viviane Reding, la commissaire européenne chargée de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, a expliqué aux journalistes pourquoi l’éducation avait été choisie comme priorité.
« Des enquêtes montrent que dans certains Etats membres, près de 42 % des enfants roms seulement finissent l’école primaire. La moyenne européenne est de 97 %. Notre but est de s’assurer que les enfants terminent au moins l’école primaire », a déclaré Mme Reding.
Plus d’un tiers de la communauté rom est composée d’enfants de moins de 15 ans, alors que moins d’un sixième de l’ensemble de la population est aussi jeune.
« Si nous voulons résoudre le problème pour la génération suivante, la génération actuelle d’enfants roms doit aller à l’école », a affirmé la vice-présidente de la Commission, admettant que cela était « plus facile à dire qu’à faire ».
Mme Reding a parlé d’une initiative conjointe de la Commission et du Conseil de l’Europe, dont le but est de former 1 000 médiateurs pour faciliter la communication et le dialogue entre les communautés roms et les autorités publiques dans différents pays européens.
La commissaire luxembourgeoise a déclaré que la Commission souhaitait « tendre la main » aux communautés roms et aux autorités nationales afin d'identifier les problèmes et travailler ensemble à la mise en œuvre de solutions efficaces, en prenant en compte les spécificités de chaque Etat.
Les gouvernements nationaux auront la possibilité de discuter des propositions de la Commission lors des prochaines réunions de ministres sur les affaires sociales et l’éducation.
Les leaders européens devraient adopter des conclusions sur l’intégration des Roms lors d'un sommet à Bruxelles le 24 juin.
Supprimer les disparités relatives à l’emploi
Sur le thème de l’emploi, la Commission mentionne les recherches effectuées par la Banque mondiale, qui a estimé que la pleine intégration des Roms sur le marché du travail apporterait des bénéfices économiques significatifs, qui pourraient s’élever à des millions d’euros par semaine pour certains pays.
« Si vous intégrez ces gens à la force de travail, cela améliore la productivité, réduit les charges sociales et augmente les recettes fiscales », a expliqué Mme Reding.
En ce qui concerne la santé, les Roms d’Europe pâtissent d’une mortalité infantile bien plus élevée et d’une espérance de vie plus courte que le reste de la population.
La Commission estime que la santé fragile des Roms est liée à un accès insuffisant à un logement adapté, ainsi qu’aux commodités de base comme l’électricité et l’eau potable.
Les Etats membres devront donc fixer des objectifs nationaux pour assurer l’accès aux soins de santé et améliorer les conditions de vie des communautés roms.
Améliorer l’utilisation des fonds européens
La Commission a promis de travailler avec les autorités nationales et régionales afin que les fonds européens soient mieux utilisés pour le financement des actions et des initiatives qui profitent directement à la population rom.
Selon la vice-présidente Reding : « Au niveau européen, 25,6 milliards d'euros de fonds pourraient être utilisés pour contribuer aux stratégies d’intégration des Roms dans les Etats membres ».
Cependant, elle a confié aux journalistes que moins de 5 % de cet argent (soit environ 100 millions d’euros) avaient déjà été attribués à des mesures en faveur des roms.
« Il est également très clair que 70 % de l’argent disponible pour aider à mettre en place des infrastructures pour travailler sur le terrain n’a pas été utilisé », a déclaré Mme Reding.
Elle a admis que « le financement ne peut résoudre la situation à lui seul » et a évoqué la nécessité de mettre l’accent sur l’engagement des décideurs politiques à l’échelle locale, nationale et européenne.
László Andor, le commissaire européen à l’emploi, la politique sociale et l’inclusion, a affirmé qu’il était réellement possible d'améliorer le fonctionnement des fonds structurels européens de manière à avoir un impact plus fort sur l’intégration des Roms.
« Le développement de meilleurs programmes relève particulièrement des Etats membres et des autorités régionales, qui décident de l’utilisation des fonds structurels sur le terrain », a déclaré M. Andor.
Le commissaire a déclaré que les réglementations pour la prochaine période de fonds structurels devraient être rédigées de manière à accorder « plus de latitude » aux projets en faveur de l’intégration des Roms.
Selon lui, cela implique des efforts accrus de simplification des procédures relatives à l’application des fonds européens, et un renforcement de la capacité des organisations de la société civile qui représentent les Roms.
Europe 2020
M. Andor a souligné que le soutien de la Commission pour les stratégies nationales en faveur de l'intégration des Roms devrait être considéré dans le contexte du cadre global de la stratégie « Europe 2020 », adoptée par le Conseil européen en juin 2010.
Il a notamment mentionné l'objectif qui vise à réduire de 20 millions le nombre de personnes qui vivent dans la pauvreté à travers l'UE et il a fait remarquer que le taux de pauvreté moyen pour l’ensemble de l'UE était d'environ 17 %, le taux de pauvreté des Roms étant au moins quatre fois plus élevé.
« Il ne s'agit pas uniquement des mauvaises conditions de vie, mais aussi des difficultés en termes de coexistence et de relations en général entre les minorités roms et la société. Nous devons analyser la situation et faire demi-tour si nous voulons que ça s'améliore », a déclaré M. Andor.
Le commissaire a expliqué que la stratégie « Europe 2020 » garantirait un contrôle adéquat et strict de l'évolution de la situation chaque année.
Il a fait référence aux initiatives phares développées au niveau de l'UE pour lutter contre le chômage et la pauvreté, et il a déclaré que ces deux initiatives reconnaissaient explicitement le besoin d'améliorer les opportunités disponibles pour les membres des communautés roms.
« A présent, nous devons nous assurer que dans la stratégie Europe 2020 ainsi que dans les programmes de réformes nationaux, les Etats membres soient explicites et que les stratégies pour les Roms soient connectées avec le suivi 2020 », a souligné M. Andor.
Tolérance zéro pour le racisme
Le commissaire Andor a dû commenter les activités du parti d'extrême droite hongrois, Jobbik, qui a été accusé d'encourager les actes de violence contre les Roms.
« Le renforcement de certaines tendances xénophobes et parfois explicitement racistes ces dernières années, également en Hongrie, est un problème majeur et cela entrave la stabilité sociale et politique dans certains quartiers et certaines régions », a-t-il déclaré.
« Bien entendu, il faut faire face à cet état de fait. Je pense que dans un système démocratique basé sur les droits de l'Homme, le racisme ne peut être toléré », a ajouté le commissaire hongrois.
« Nous devons travailler pour éliminer ce danger qui peut aussi menacer la survie d’une communauté ».



