EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

La Commission veut que les enfants roms aillent à l'école

Version imprimable
Send by email
Publié 06 avril 2011, mis à jour 07 avril 2011

S'assurer que tous les enfants roms aillent à l'école est une des priorités de la Commission européenne, qui a présenté des propositions hier (5 avril) afin que chaque Etat membre développe une stratégie nationale pour l'intégration des Roms d'ici la fin de l'année.

Les stratégies nationales devraient inclure des objectifs spécifiques pour accroître l’accès des Roms à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé, au logement et aux services essentiels, a déclaré la Commission.

Le but est de réduire les énormes écarts qui existent actuellement entre la communauté rom et le reste de la population, en particulier dans des pays où les Roms vivent en grand nombre, comme en Roumanie, en Bulgarie, en Espagne, en Hongrie, en Slovaquie, en France et en Grèce.

Des problèmes relatifs à l’intégration des Roms se sont présentés l’été dernier lorsque la France a instauré des mesures contre les camps de Roms, ce qui a mené à une confrontation entre le gouvernement français et la Commission européenne.

S’exprimant à Strasbourg mardi (5 avril), Viviane Reding, la commissaire européenne chargée de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, a expliqué aux journalistes pourquoi l’éducation avait été choisie comme priorité.

« Des enquêtes montrent que dans certains Etats membres, près de 42 % des enfants roms seulement finissent l’école primaire. La moyenne européenne est de 97 %. Notre but est de s’assurer que les enfants terminent au moins l’école primaire », a déclaré Mme Reding.

Plus d’un tiers de la communauté rom est composée d’enfants de moins de 15 ans, alors que moins d’un sixième de l’ensemble de la population est aussi jeune.

« Si nous voulons résoudre le problème pour la génération suivante, la génération actuelle d’enfants roms doit aller à l’école », a affirmé la vice-présidente de la Commission, admettant que cela était « plus facile à dire qu’à faire ».

Mme Reding a parlé d’une initiative conjointe de la Commission et du Conseil de l’Europe, dont le but est de former 1 000 médiateurs pour faciliter la communication et le dialogue entre les communautés roms et les autorités publiques dans différents pays européens.

La commissaire luxembourgeoise a déclaré que la Commission souhaitait « tendre la main » aux communautés roms et aux autorités nationales afin d'identifier les problèmes et travailler ensemble à la mise en œuvre de solutions efficaces, en prenant en compte les spécificités de chaque Etat.

Les gouvernements nationaux auront la possibilité de discuter des propositions de la Commission lors des prochaines réunions de ministres sur les affaires sociales et l’éducation.

Les leaders européens devraient adopter des conclusions sur l’intégration des Roms lors d'un sommet à Bruxelles le 24 juin.

Supprimer les disparités relatives à l’emploi

Sur le thème de l’emploi, la Commission mentionne les recherches effectuées par la Banque mondiale, qui a estimé que la pleine intégration des Roms sur le marché du travail apporterait des bénéfices économiques significatifs, qui pourraient s’élever à des millions d’euros par semaine pour certains pays.

« Si vous intégrez ces gens à la force de travail, cela améliore la productivité, réduit les charges sociales et augmente les recettes fiscales », a expliqué Mme Reding.

En ce qui concerne la santé, les Roms d’Europe pâtissent d’une mortalité infantile bien plus élevée et d’une espérance de vie plus courte que le reste de la population.

La Commission estime que la santé fragile des Roms est liée à un accès insuffisant à un logement adapté, ainsi qu’aux commodités de base comme l’électricité et l’eau potable.

Les Etats membres devront donc fixer des objectifs nationaux pour assurer l’accès aux soins de santé et améliorer les conditions de vie des communautés roms.

Améliorer l’utilisation des fonds européens

La Commission a promis de travailler avec les autorités nationales et régionales afin que les fonds européens soient mieux utilisés pour le financement des actions et des initiatives qui profitent directement à la population rom.

Selon la vice-présidente Reding : « Au niveau européen, 25,6 milliards d'euros de fonds pourraient être utilisés pour contribuer aux stratégies d’intégration des Roms dans les Etats membres ».

Cependant, elle a confié aux journalistes que moins de 5 % de cet argent (soit environ 100 millions d’euros) avaient déjà été attribués à des mesures en faveur des roms.

« Il est également très clair que 70 % de l’argent disponible pour aider à mettre en place des infrastructures pour travailler sur le terrain n’a pas été utilisé », a déclaré Mme Reding.

Elle a admis que « le financement ne peut résoudre la situation à lui seul » et a évoqué la nécessité de mettre l’accent sur l’engagement des décideurs politiques à l’échelle locale, nationale et européenne.

László Andor, le commissaire européen à l’emploi, la politique sociale et l’inclusion, a affirmé qu’il était réellement possible d'améliorer le fonctionnement des fonds structurels européens de manière à avoir un impact plus fort sur l’intégration des Roms.

« Le développement de meilleurs programmes relève particulièrement des Etats membres et des autorités régionales, qui décident de l’utilisation des fonds structurels sur le terrain », a déclaré M. Andor.

Le commissaire a déclaré que les réglementations pour la prochaine période de fonds structurels devraient être rédigées de manière à accorder « plus de latitude » aux projets en faveur de l’intégration des Roms.

Selon lui, cela implique des efforts accrus de simplification des procédures relatives à l’application des fonds européens, et un renforcement de la capacité des organisations de la société civile qui représentent les Roms.

Europe 2020

M. Andor a souligné que le soutien de la Commission pour les stratégies nationales en faveur de l'intégration des Roms devrait être considéré dans le contexte du cadre global de la stratégie « Europe 2020 », adoptée par le Conseil européen en juin 2010.

Il a notamment mentionné l'objectif qui vise à réduire de 20 millions le nombre de personnes qui vivent dans la pauvreté à travers l'UE et il a fait remarquer que le taux de pauvreté moyen pour l’ensemble de l'UE était d'environ 17 %, le taux de pauvreté des Roms étant au moins quatre fois plus élevé.

« Il ne s'agit pas uniquement des mauvaises conditions de vie, mais aussi des difficultés en termes de coexistence et de relations en général entre les minorités roms et la société. Nous devons analyser la situation et faire demi-tour si nous voulons que ça s'améliore », a déclaré M. Andor.

Le commissaire a expliqué que la stratégie « Europe 2020 » garantirait un contrôle adéquat et strict de l'évolution de la situation chaque année.

Il a fait référence aux initiatives phares développées au niveau de l'UE pour lutter contre le chômage et la pauvreté, et il a déclaré que ces deux initiatives reconnaissaient explicitement le besoin d'améliorer les opportunités disponibles pour les membres des communautés roms.

« A présent, nous devons nous assurer que dans la stratégie Europe 2020 ainsi que dans les programmes de réformes nationaux, les Etats membres soient explicites et que les stratégies pour les Roms soient connectées avec le suivi 2020 », a souligné M. Andor.

Tolérance zéro  pour le racisme

Le commissaire Andor a dû commenter les activités du parti d'extrême droite hongrois, Jobbik, qui a été accusé d'encourager les actes de violence contre les Roms.

« Le renforcement de certaines tendances xénophobes et parfois explicitement racistes ces dernières années, également en Hongrie, est un problème majeur et cela entrave la stabilité sociale et politique dans certains quartiers et certaines régions », a-t-il déclaré.

« Bien entendu, il faut faire face à cet état de fait. Je pense que dans un système démocratique basé sur les droits de l'Homme, le racisme ne peut être toléré », a ajouté le commissaire hongrois.

« Nous devons travailler pour éliminer ce danger qui peut aussi menacer la survie d’une communauté ».

Réactions : 

L'eurodéputée hongroise Lívia Járóka (Parti populaire européen), qui a rédigé le récent rapport du Parlement européen sur l'intégration des Roms, a salué les propositions de la Commission qui incluent de nombreuses propositions présentes dans son rapport. « Le document comporte bien entendu certaines lacunes et pourrait être plus audacieux à certains niveaux, mais c'est un pas considérable dans la bonne direction », a-t-elle déclaré.

« A partir de maintenant, ce sera aux Etats membres de tenir leurs promesses en adoptant la stratégie et en réalisant ces objectifs sous le contrôle du Parlement et de la Commission », a ajouté Mme Járóka, la seule eurodéputée d'origine rom.

« Ce vendredi, nous célèbrerons la 40e Journée internationale des Roms à Budapest lors de la cinquième session de la Plateforme européenne pour l'intégration des Roms, et je pense que cet anniversaire représentera une étape importante dans le processus de développement de plans d'action coordonnés par l'UE et mis en œuvre au niveau local pour l'intégration sociale des Roms ».

L'eurodéputé conservateur britannique, Timothy Kirkhope (Conservateurs et Réformistes européens) s'est montré moins enthousiaste face aux propositions de la Commission. « Je crains que la Commission n'outrepasse ses compétences, au détriment des droits des Etats membres à définir leurs propres politiques pour l'enseignement, la santé et le logement », a-t-il déclaré.

« Les droits de la population Rom sont extrêmement importants et nous devrions encourager tous les gouvernements de l'UE à promouvoir une meilleure intégration. Toutefois, je crains vraiment que nous ne glissions dangereusement vers une interférence de l'UE dans des domaines qui appartiennent aux gouvernements nationaux », a-t-il ajouté.

« La Commissaire Reding doit revenir à l'essentiel avec cette stratégie. L'accent n'est pas mis sur les bons points. L'UE peut faire beaucoup de choses dans le cadre de ses attributions sans empiéter sur la souveraineté des gouvernements nationaux », a-t-il insisté.

L'eurodéputée hongroise Kinga Göncz (Socialistes & Démocrates) a critiqué la Commission européenne car selon elle, celle-ci n'irait pas été assez loin dans les actions proposées pour gérer le problème auquel font face les communautés roms. « Cette proposition de stratégie n'aborde pas un certain nombre de problèmes cruciaux pour aboutir à une stratégie efficace pour l'intégration des Roms dans l'UE », s'est-elle plainte.

 

L'eurodéputée regrette le manque de détails sur la manière dont les fonds structurels de l'UE pourraient être utilisés pour financer des projets qui bénéficieraient aux communautés roms. « Il n'y a pas de propositions spécifiques sur la manière d'amender les règles sur les fonds de cohésion afin de s'assurer qu'ils servent aussi à améliorer les conditions de vie des Roms et à mettre un terme à leur ségrégation », a-t-elle déclaré.

 

Mme Göncz a demandé que des actions soient menées pour lutter contre la haine et les actes de violence perpétrés par des groupes racistes et xénophones, notamment en Hongrie. « La milice anti-Roms du Jobbik et d'autres groupes similaires ne seraient presque pas inquiétés par cette stratégie », a-t-elle insisté.

S'exprimant pour les Verts, l'eurodéputée française Hélène Flautre a salué le cadre proposé et l'a qualifié d'important pas en avant, mais elle a aussi critiqué le fait que la Commission « n'attaque pas frontalement la question de la discrimination».

« Alors que les Etats membres doivent encore présenter leurs propres stratégies, il est crucial pour la Commission de rester vigilante dans son rôle de garante des traités et des droits fondamentaux qui y sont énoncés tout en faisant respecter la législation applicable dans l'UE », a déclaré Mme Flautre.

« Les récentes actions anti-Roms menées par des groupes d'extrême droit en Hongrie, et l’incapacité du gouvernement à intervenir, ont souligné le fait que la discrimination à l'encontre des Roms reste un sérieux problème dans l'UE », a-t-elle ajouté.

L'eurodéputée allemande de gauche Cornelia Ersnt (GUE/NGL) s'est plainte que la Commission n'ait pas géré de manière adéquate les questions telles que les droits fondamentaux, la non-discrimintation et la lutte contre les préjugés anti-Roms.

« Tant que nous ne combattons pas l'hostilité répandue contre les Roms et tant que leur situation ne change pas, et si, en plus, les Etats membres ne mettent pas la stratégie en pratique, l'ensemble du projet sera inutile car aucune sanction n'est prévue », a-t-elle dit.

La ministre hongroise aux affaires européennes, Enikő Győri, qui représentait la présidence hongroise au Conseil de l'UE, a salué la proposition de la Commission.

Elle a affirmé que la proposition serait discutée par les gouvernements nationaux au cours d'au moins quatre réunions ministérielles différentes au niveau européen, et également au Conseil européen en juin. Elle a insisté sur le fait que les stratégies nationales pour l'intégration des Roms aideraient également les Etats membres à atteindre les objectifs de la stratégie « Europe 2020 ».

« Au vu du contexte économique et démographique actuel, la promotion du statut économique et social des Roms peut amener de nouvelles ressources humaines, contribuant ainsi à la croissance économique sur le long terme », a-t-elle affirmé.

La Coalition pour une politique européenne à l'égard des Roms (ERPC), qui rassemble 10 organisations de la société civile, a déclaré que les propositions de la Commission représentaient « un grand pas en avant », mais elle s'est plaint du fait que « le cadre n'aborde pas vraiment les défis de l'exclusion ides Roms qui sont intimement lié à l'hostilité et à la discrimination dont sont victimes les populations roms ».

Ils ont expliqué dans une déclaration commune : « L'ERPC est profondément déçue de voir que même si le cadre reconnaît le besoin de lutter contre la discrimination des Roms et de leur assurer un accès égal à tous les droits fondamentaux, il ne spécifie pas de mesures pour combattre la discrimination, l'intimidation, l'esprit anti-Gitans, les discours haineux et les actes de violence à l'encontre des Roms ».

L'ERPC demande à la Commission d'accorder une attention particulière à la manière dont les Etats membres mettent en place la participation active des Roms dans leurs stratégies nationales d'intégration de leur communauté.

Prochaines étapes : 
  • 7-8 avril : 5e réunion de la Plateforme européenne pour l'intégration des Roms à Budapest.
  • 19 mai : Conseil des ministres de l'emploi, de la politique sociale, de la santé et des consommateurs à Gödöllő (Hongrie).
  • 23 mai : les ministres des affaires étrangères se réuniront lors d'une réunion du Conseil « Affaires générales » à Bruxelles.
  • 24 juin : les dirigeants de l'UE devraient adopter des conclusions sur l'intégration des Roms lors d'un sommet à Bruxelles.
Contexte : 

Le terme « Rom » se rapporte à une variété de groupes de personnes qui se décrivent comme Roms, Gitans, Voyageurs, Manouches, Ashkali et Sinti entre autres.

Les Roms sont reconnus comme la plus grande minorité ethnique de l’UE, avec entre 10 et 12 millions de personnes, dont la plupart sont des citoyens de l’UE, vivant dans les 27 Etats membres.

Les membres de la communauté rom sont confrontés à des discriminations et à l’exclusion sociale, basées sur des préjugés raciaux et des stéréotypes négatifs, qui sont parfois relayés par les hommes politiques et les médias.

Le résultat de cette discrimination et de l’exclusion est que les Roms sont plus susceptibles d’être touchés par la pauvreté et le chômage, ainsi que des niveaux d’éducation insuffisants et de mauvaises conditions de logement.

Le 7 avril 2010, la Commission européenne a adopté une communication sur l’intégration sociale et économique des Roms en Europe.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Social Europe News videos

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Social Europe Promoted videos

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité