EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU News »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

La Grande-Bretagne refuse de participer à la stratégie européenne pour l'emploi

Publié 08 mars 2011
Version imprimableEnvoyer à un ami

En refusant de fixer un objectif national pour l'emploi, le gouvernement britannique s'est lancé dans une confrontation avec la Commission européenne, et menace d'entraver la stratégie « Europe 2020 » pour la croissance qui avait été approuvée l'été dernier par les dirigeants des 27 Etats membres.

« Jusqu'à présent, seuls 24 Etats membres ont défini des objectifs nationaux pour l'emploi dans des projets de réformes, ce qui représente clairement un problème », a déclaré László Andor, le commissaire européen en charge de l'emploi, de la politique sociale et de l'inclusion.

S'adressant aux journalistes lundi (7 mars), M. Andor a identifié les trois pays qui n'avaient toujours pas établi leurs objectifs. Il s'agit de l'Irlande, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Dans le cas de l'Irlande, le commissaire a expliqué que le retard était dû à l'impact des récents troubles financiers et au fait que le nouveau gouvernement était encore en train de s'installer suite aux élections du 25 février.

En ce qui concerne les Pays-Bas, M. Andor a déclaré qu'il y avait eu des problèmes liés à des aspects méthodologiques mais qu'ils avaient été résolus. Il s'est dès lors dit « très confiant » quant à la définition d'un objectif national d'ici quelques semaines.

Royaume-Uni : une question de compatibilité

Toutefois, pour le Royaume-Uni, les raisons de ce retard semblent plus difficiles à surmonter. Selon M. Andor, « il s'agit d'une question de compatibilité ou de continuité avec les objectifs précédents ».

Lors du sommet du Conseil européen en juin 2010, les dirigeants de l'UE, y compris le premier ministre britannique, David Cameron, s'étaient mis d'accord sur le fait que les Etats membres devraient « rapidement finaliser leurs objectifs nationaux […] en fonction de leurs procédures nationales de prise de décision ».

EurActiv a cru comprendre que les Britanniques pensaient que la référence explicite aux « procédures nationales de prise de décision » signifiait que les Etats membres n'étaient pas obligés de fixer des objectifs quantitatifs.

Le gouvernement britannique avait utilisé des arguments similaires le mois dernier afin d'expliquer la raison pour laquelle il refusait d'établir des objectifs nationaux compatibles avec ceux pour l'éducation mentionnés dans la stratégie 2020.

Le ministre britannique chargé de l'emploi, Chris Grayling, s'est récemment insurgé contre ce qu'il qualifie de « programmes uniformes ». Il plaide pour une approche plus décentralisée pour aider les chômeurs, basée sur des encouragements financiers plutôt que sur des objectifs quantitatifs.

Il n'est pas encore certain que la Commission européenne se soit résignée à ne pas persuader les Britanniques de changer d'attitude vis-à-vis des objectifs nationaux dans le cadre d'Europe 2020.

Faisant référence aux Etats membres qui n'ont pas encore fixé leurs objectifs nationaux, M. Andor a déclaré : « Nous avons différents niveaux d'optimisme concernant la rapidité avec laquelle les chiffres arriveront ».

Le commissaire présentait alors les résultats d'une réunion du Conseil de l'UE à Bruxelles, à laquelle avaient participé les ministres responsables de l'emploi et de la politique sociale dans les Etats membres.

Des objectifs pour l'emploi « insuffisants »

Lors de leur réunion, les ministres ont discuté des mesures que prendraient leurs gouvernements nationaux pour lutter contre le chômage, surtout chez les jeunes (moins de 25 ans) et les travailleurs plus âgés (plus de 55 ans) qui sont plus susceptibles de ne pas trouver d'emploi.

Les Etats membres sont actuellement en train de rédiger leurs programmes nationaux de réforme qui établiront en détail comme ils travailleront pour atteindre les objectifs adoptés l'année dernière au niveau de l'UE.

En ce qui concerne l'emploi, les dirigeants de l'UE se sont clairement engagés à élever le taux d'emploi des hommes et des femmes (âgés de 20 à 65 ans) de 69 à 75 % d'ici la fin de la décennie.

Toutefois, le commissaire responsable de la coordination des actions entreprises dans ce domaine prévient que cet objectif ne sera pas atteint sans une hausse significative du niveau d'ambition exprimé par les gouvernements nationaux.

Selon M. Andor, les objectifs sur les taux d'emploi nationaux annoncés jusqu'à présent par les Etats indiquent que l'UE n'atteindra pas l'objectif de 75 % à mois que les Etats membres s'engagent davantage.

Etats membres : « pas assez ambitieux »

Outre l'emploi, la stratégie Europe 2020 inclut également l'objectif de la promotion de l'inclusion sociale avec, plus la première fois au niveau européen, un objectif quantitatif claire voué à réduire le nombre de personnes en situation précaire ou d'exclusion de 20 millions.

Mais la Commission n'est pas non plus satisfaite dans ce domaine, dans la mesure où quatre Etats membres n'ont pas encore fixé leurs objectifs nationaux pour la réduction du nombre de personnes dans cette situation qui, en moyenne, représentent 17 % de la population de l'UE.

M. Andor a nommé l'Espagne, la Suède, les Pays-Bas et, « dans une certaine mesure », le Royaume-Uni. Ces pays n'ont donc toujours pas fixé d'objectifs sur le nombre de personnes qui devront être sauvées de la pauvreté.

Les dirigeants des deux partis politiques de l'actuel gouvernement britannique ont publiquement approuvé l'objectif visant à éradiquer la pauvreté chez les enfants pour qu'aucun enfant ne vive plus dans la pauvreté d'ici 2020.

Même si la Commission ne nie pas le fait que l'éradication de la pauvreté des enfants mènera très certainement à une réduction significative de la pauvreté en général, elle n'a pas encore trouver le moyen de quantifier cet impact pour qu'il puisse être comparé aux objectifs nationaux des autres Etats membres.

« Comment interpréter le pauvreté des enfants dans le contexte de la pauvreté en général dans la société semble être une question méthodologique et n'a pas encore été totalement résolue », a déclaré M. Andor.

La Commission s'inquiète aussi du fait que les objectifs nationaux présentés par les 23 Etats membres soient insuffisants pour atteindre l'objectif de 20 millions au niveau de l'UE.

« Je pense que ce n'est pas suffisamment ambitieux car 20 millions de personnes ne représentent que 4 % de la population de l'UE, et nous devons démontrer notre capacité à changer les conditions de vie de ces personnes », a insisté M. Andor.

Pousser les Etats membres à aller plus loin

Le commissaire a admis qu'il faisait pression sur les Etats membres pour qu'ils révisent leurs programmes d'action nationaux et qu'ils amendent leurs objectifs sur l'emploi et la pauvreté.

« Nous n'attendons pas uniquement que les retardataires nous envoient leurs chiffres », a déclaré M. Andor. « Nous discutons également avec tous les autres Etats afin de rendre certains d'entre eux plus ambitieux ».

« Si nous voyons un fossé majeur entre ce qui est entrepris réellement et ce qui serait raisonnable pour la Commission, nous continuons à dialoguer avec l'Etat membre jusqu'à ce que les documents soient finalisés ».

La Commission devrait adopter des recommandations politiques spécifiques pour chaque Etat membre de l'UE au second semestre de 2011. Mais elle n'émettra ces recommandations que lorsque les objectifs nationaux auront été adoptés et que les programmes de réformes nationaux auront été soumis, ce qui devrait se faire en avril.

Réactions : 

Eurociett, la confédération européenne des agences d'emploi privées, a salué les principales conclusions de la réunion du 7 mars 2001 du Conseil de l'emploi et des affaires sociales de l'UE, surtout la reconnaissance du rôle des politiques de « flexicurité », dont les arrangements contractuels flexibles, qui selon la confédération pourront permettre d'assurer un emploi à davantage de jeunes.

Un porte-parole du Réseau européen des associations de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (REALPES) a déclaré à EurActiv qu'il trouvait les conclusions du Conseil de l'emploi et des affaires sociales « très faibles en termes d'accent sur le besoin d'un impact social ».

Le REALPES estime que les propositions de la Commission pour une plateforme européenne contre la pauvreté et l'exclusion sociale sont « utiles ». Toutefois, le réseau prévient que si des actions spécifiques ne sont pas prises pour assurer la cohérence de l'approche globale, surtout en ce qui concerne les propositions sur la gouvernance économique et le pacte de compétitivité forçant la consolidation budgétaire et une réduction des salaires, l'objectif de pauvreté ne sera pas atteint et les inégalités continueront à se développer.

« Le fait que plusieurs Etats membres n'aient pas fixé d'objectifs et que les objectifs des autres soient insuffisants montre le manque d'ambition pour opérer un réel impact sur la pauvreté », a déclaré Sian Jones, coordinateur des politiques pour le REALPES.

La Confédération européenne des syndicats (CES) s'est montré déçue des conclusions du rapport conjoint sur l'emploi adopté par le Conseil de l'emploi et des affaires sociales, expliquant que les ministres en charge de l'emploi devraient arrêter de mettre la politique du marché de l'emploi au seul service d'objectifs de compétitivités étriqués ».

Joël Decaillon, secrétaire général adjoint de la CES, a déclaré : « L'Europe est obsédée par la compétitivité des salaires. Considérer les bénéfices comme quelque chose que l'on peut activer et stopper à tout moment entravera la fiabilité structurelle des prestations et, par la même occasion, la sécurité globale du marché du travail ».

Prochaines étapes : 
  • 24-25 mars 2011 : les dirigeants de l'UE se rencontreront à Bruxelles pour discuter des questions économiques et sociales (Conseil européen de printemps).
  • Avril 2011 : les Etats membres soumettront leurs programmes de réformes nationaux à la Commission européenne.
  • Second semestre de 2011 : la Commission développera des recommandations politiques spécifiques pour chaque Etat membre.
'This is clearly a problem': Andor
Contexte : 

En juin 2010, les dirigeants européens ont adopté la stratégie « Europe 2020 », dont le but est de créer des emplois et de promouvoir une « croissance intelligente, durable et solidaire ». Elle fait suite à la stratégie de Lisbonne, qui avait été lancée en 2000.

La stratégie pour 2020 se base sur une série d’objectifs principaux qui ont été établis au niveau européen. Ces objectifs comprennent :

  • L’augmentation du taux d'emploi de 69 à 75%;
  • La réduction du nombre de personnes vivant dans la pauvreté de 20 millions.

Les Etats membres sont censés aligner les objectifs nationaux sur les objectifs européens, en prenant en compte leur point de départ.

La Commission européenne a promis de mettre en place sept initiatives phares dans le cadre de la stratégie 2020. Elles comprennent : « jeunesse en mouvement », « une stratégie pour les nouvelles compétences et les nouveaux emplois » et « la plateforme européenne contre la pauvreté et l’exclusion sociale ».

A lire aussi

More in this section

Publicité