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La Hongrie met les Roms au travail

Publié 21 septembre 2011
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La Commission européenne a déclaré hier (20 septembre) qu'elle ignorait que les autorités locales hongroises faisaient travailler des Roms dans ce qui, selon l'opposition, ressemble fort à des camps de travail nazis ou soviétiques. 

Un projet approuvé par le parlement hongrois en juillet dernier stipule que toute personne recevant des indemnités sociales doit travailler sur des sites de construction, nettoyer les rues ou entretenir les parcs et forêts. En cas de refus, le versement des indemnités peut être interrompu. Une certaine flexibilité est toutefois prévue pour les personnes âgées et malades, ainsi que pour les parents seuls avec enfants.

Quelque 300 000 personnes effectueraient ces « travaux d’utilité publique ». En outre, même si ce programme vise officiellement les chômeurs, il aurait des implications ethniques et viserait directement la population rom selon les détracteurs du projet.

Les personnes qui participent au programme perçoivent l’équivalent de 200 euros par mois, une somme supérieure au montant des indemnités sociales de base, mais inférieure au salaire minimum.

Un reportage de la chaîne télévisée belge RTBF, diffusé le 19 septembre, montrait des Roms dans la ville de Gyöngyöspata en train d'enlever du bois mort dans une forêt. Environ trente personnes auraient travaillé dur pendant plusieurs jours pour réaliser une tâche qu'un tracteur aurait pu effectuer en quelques heures.

Bloomberg a cité Károly Lakatos, un père de trois enfants âgé de 38 ans, licencié de son poste d'opérateur de chariots élévateurs chez un fournisseur automobile, qui a qualifié les conditions de travail de « dégradantes ».

Gyöngyöspata est dirigée par le parti Jobbik d'extrême droite. Il y a quelques mois, des extrémistes de la « Garde hongroise » ont défilé dans les rues de la ville en uniforme paramilitaire noir pour intimider la population rom. Un représentant officiel du Jobbik à Gyöngyöspata aurait affirmé que la population non rom soutenait cette mesure, étant donné que les vols avaient diminué.

La Hongrie ne versera plus « d'indemnités à des gens capables de travailler, alors qu'il y a tant de travail à faire », a déclaré en juin le premier ministre hongrois, Viktor Orbán.

Le Parti socialiste dans l'opposition a affirmé que ce programme était « fondé sur la peur et la force, rappelant une autre de période de terreur », allusion aux centaines de milliers de Hongrois qui avaient été enrôlés de force dans les camps nazis et soviétiques, selon Bloomberg.

Un diplomate hongrois de la représentation permanente du pays à l'UE a déclaré qu'actuellement, ces projets pilotes impliquaient des travaux d'aménagement forestier près de Gyöngyöspata (abattage, nettoyage et plantation de nouveaux arbres), le nettoyage du lit et des berges des rivières locales aux alentours du même village, des travaux d'aménagement forestier près de Gyöngyösoroszi, la construction de pistes cyclables sur un barrage de la rivière Tisza et l'entretien des routes secondaires (nettoyage des caniveaux, ramassage des déchets sur le bord des routes, réparation des arrêts de bus, etc.) dans plusieurs endroits répartis sur les sept comtés.

Les projets d'entretien des routes sont surtout réalisés dans les zones rurales, où les opportunités d'emploi sont maigres, voire inexistantes. Pour l'instant, ces projets emploient plus de 1 000 personnes en tout, 8 heures par jour, pour un salaire qui n'est pas inférieur au salaire national minimum, a insisté le diplomate.

« Ces projets sont trop récents pour tirer des conclusions définitives, mais l'expérience se révèle positive jusqu'à présent », a-t-il expliqué, ajoutant qu'au vu des résultats des projets pilotes, « le programme devrait se développer pour couvrir un plus grand nombre de personnes actuellement en dehors du marché du travail ».

La « garde nationale » hongroise à Gyöngyöspata
Contexte : 

Suite aux élections générales d'avril 2010, Viktor Orbán, premier ministre hongrois, a affirmé que les électeurs avaient opéré une « révolution » en donnant à son parti, le Fidesz (affilié au PPE) deux tiers des sièges au parlement pour reconstruire la Hongrie, qui était au bord d’un effondrement financier.

La Hongrie a pris les rênes de la présidence tournante de l'UE le 1er janvier 2011 pour six mois. Ses six premières semaines ont été marquées par une controverse au sujet de loi sur les médias adoptée avant Noël par la majorité au pouvoir.

Le 16 février, le problème semblait largement résolu, dans la mesure où la Commission européenne saluait les amendements que la Hongrie s’était engagée à effectuer.

Les analystes affirment toutefois que cette loi n’est « que la partie émergée de l’iceberg », en ce qui concerne la direction prise par la Hongrie sous le gouvernement du Fidesz.

En avril, la Hongrie a adopté une nouvelle constitution, qu’Attila Mesterhazy, le leader de l’opposition socialiste, a qualifiée de « constitution du Fidesz ». Elle a été vivement critiquée par les groupes de défense des libertés civiles et par Guy Verhofstadt, qui est à la tête du parti libéral du Parlement européen et l’a qualifiée de « cheval de Troie d'un système politique plus autoritaire en Hongrie, fondé sur la perpétuation d'un parti unique ».

Le nouveau gouvernement hongrois a également adopté des lois rétroactives et des « taxes spéciales » qui ont poussé des entreprises occidentales à engager des poursuites auprès de la Commission européenne. 

Apparemment déçus par l'incapacité de l'UE à défendre la démocratie en Ukraine, les intellectuels hongrois ont récemment demandé aux Etats-Unis de prendre position contre ce qu'ils qualifient de « système autocratique » dans leur pays.

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