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La réduction de la pauvreté est un objectif impossible, selon la Roumanie

Publié 22 avril 2010 - Mis à jour 05 mai 2010
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La Roumanie, l'un des pays les plus pauvres de l'UE, ne s'est jamais occupé de la réduction de la pauvreté depuis sa transition vers une économie de marché il y a plus de vingt ans, ce qui rend utopique tout engagement dans le cadre des objectifs de réduction de la pauvreté de l'UE pour 2020. Un reportage d'EurActiv Roumanie.

La plupart des Roumains associent les deux dernières décennies à un processus continu d'appauvrissement et de détérioration du niveau de vie, d'après le Romania's Life Quality Research Institute, cité par le quotidien Financiarul.

Alors que le taux de pauvreté officiel était de 7 % au début des années 1990, le nombre de personnes dans cette catégorie a triplé à partir de 2008, lorsque la crise économique a débuté.

Cette évolution a toutefois été inégale, révèle le document de recherche. En 2007, il y avait environ 2,1 millions de personnes pauvres enregistrées dans les statistiques officielles. Un an plus tard, leur nombre a diminué d'un million, principalement en raison de l'émigrationet de l'amélioration des niveaux de vie dans une moindre mesure, a affirmé l'institut.

Cette étudeidentifie plusieurs causes pour une telle pauvreté : le chômage, les taux de change non favorables pour les devises étrangères et les transferts d'argent roumain à l'étranger, ainsi que les faibles taux d'intérêt dans le secteur bancaire.

Le chômage est en hausse, le Fonds Monétaire International prédit un taux de 10 % d'ici la fin de l'année. En comparaison, le taux de chômage était de 6,1 % en 2007, 4,1 % en 2008, et 4,4 % en 2009.

De la même façon, le taux de change de la monnaie nationale, le leu (lei au pluriel), a changé de 3 lei pour 1 euro à 4 lei pour 1 euro en 2009. Ceci a conduit à une hausse des taux d'intérêts et à un plus grand nombre d'emprunteurs défaillants sur leur dette.

Le volume des transferts de devise vers le pays par les Roumains qui travaillent à l'étranger ne doit pas non plus être sous-estimé. Il représente jusqu'à 5 ou 6 % du PIB, maisson montant a considérablement baissé en raison de la restructuration massive dans les industries européennes de la construction et de l'agriculture suite à la crise.

En 2007, on considérait que l'un des groupes minoritaires les plus affectés par la pauvreté était les Roms, parmi lesquels le taux de pauvreté absolu était presque 5 fois plus élevé que la moyenne nationale.

Aujourd'hui, 75 % des Roumains souffrent de la pauvreté et vivent dans les zones rurales. Cependant, la pauvreté a considérablement augmenté dans les zones urbaines, principalement en raison de la hausse du chômage. Les enfants, les adolescents et les personnes âgées sont les plus vulnérables.

En l'absence d'une politique gouvernementale de soutien à la création d'emploi, le temps moyen pendant lequel les gens restent au chômage s'est étendu jusqu'à plus de deux ans.

Au niveau politique, l'absence de mesures pour combattre la pauvreté est frappante. Les programmes d'assistance sociale à grande échelle ne peuvent pas être mis en œuvre, car il faudrait davantage de financements, et des contraintes sur les dépenses publiques ont été imposées par le FMI.

Les programmes d'investissement public dans les secteurs tels que l'infrastructure, qui pourraient en théorie redonner vie au marché de l'emploi, ont échoué, et le niveau d'absorption des fonds de l’UE n'est pas à la hauteur des attentes.

Dans ces circonstances, l’impact des changements que le gouvernement serait capable de réaliser afin de réduire la pauvreté dans les dix ans à venir sera au mieux limité, selon les observateurs.

La réduction de la pauvreté n'a jamais fait partie des stratégies roumaines ces 20 dernières années, a dit le professeur Catalin Zamfir, directeur de l'Institute for Quality of Life Studies. Il n'existe pas de programme clair et ciblé ayant un tel objectif. Par conséquent, nous sommes témoins d'une grave détérioration sur le marché du travail, et d'une grande difficulté pour les gens à s'intégrer dans la société.

Concernant l'avenir, le professeur Zamfir a dit que les stratégies néo-libérales professées par l'élite du pays n'auraient jamais pour objectif de combler le fossé social. Par conséquent les espoirs du pays d'atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté de l'UE sont irréalistes, a-t-il affirmé.

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Réactions : 

D'après les données de l'UE, le taux de pauvreté relatif en Roumanie a fluctué entre 2000 et 2007 avec une tendance à la hausse entre 2003 et 2006, et a atteint son plus haut niveau en 2006 (18 %). En 2007, environ 18,5 % des citoyens roumains étaient considérés comme pauvres.

En 2006, les zones rurales ont fait face à un taux plus élevé de pauvreté (29,6 %) que dans les zones urbaines (9,6 %). Entre 2000 et 2007, la pauvreté absolue a diminué en substance, de 35,9 % à 9,8 %, ce qui représente l'année la plus basse enregistrée depuis 1995.

D'après les données d'Eurostat pour 2008, 76 % des Roumains (comparé aux 37 % des 27 de l'UE) n'avaient pas les moyens de partir une semaine en vacances. 49 % ne pouvaient pas acheter une voiture personnelle et 19 % ne pouvaient pas se permettre de manger de la viande, du poulet ou du poisson tous les deux jours (le chiffre moyen de l'UE est de 9 %, 30 % pour les Bulgares, 23 % pour les Lettons, 26 % pour les Hongrois, 21 % pour les Polonais et 29 % pour les Slovaques).

La Roumanie, La Bulgarie, la Hongrie et la Lettonie ont le taux le plus élevé de pauvreté matérielle. En 2008, 17 % de la population de l'UE était sujette à des privations matérielles, les taux les plus élevés concernaient la Bulgarie (51 %), la Roumanie (50 %), la Hongrie (37 %) et la Lettonie (35 %). Les taux les plus faibles (4 %) ont été enregistrés au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Suède.

Contexte : 

La lutte contre la pauvreté est l'une des cinq priorités d'un projet de stratégie économique sur 10 ans dévoilé par la Commission européenne en mars, appelé "Europe 2020" (EurActiv 03/03/10).

La stratégie définit 5 objectifs principaux au niveau de l'UE, que les Etats membres devront transposer dans leurs objectifs nationaux en fonction de leurs différents points de départ :

  • Augmenter le taux d'emploi de la population âgée de 20 à 64 ans de l'actuel taux de 69 % à 75 %.
  • Accroître les investissements dans la R&D à 3 % du PIB de l'UE.
  • Atteindre les objectifs "20/20/20" sur les réductions d'émissions de gaz à effet de serre et les énergies renouvelables.
  • Réduire la part de jeunes qui quittent prématurément l'école de l'actuel taux de 15 % à moins de 10 % et s'assurer qu'au moins 40 % des jeunes ont une licence ou un diplôme.
  • Réduire le nombre d'Européens vivant en dessous du seuil de pauvreté de 25 %, en sortant 20 millions sur les 80 millions actuels de la pauvreté.

Dans une série d'articles, le réseau EurActiv présentera l'état des lieux dans chaque pays de l'UE et sur chacun des objectifs. Les premières séries d'articles portent sur la réduction de la pauvreté, un objectif considéré comme prêtant à controverse par différents cercles (EurActiv 01/03/10 ; EurActiv 25/03/10).

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